Albéric Bichot, « enchères » et en os

Il fait la « Une » du dernier Dijon-Beaune Mag. Premier acheteur de la Vente des Hospices, Albéric Bichot aime sa famille, Beaune et la Bourgogne. Il se livre en chair et en os pour les besoins de l’interview.

Par Dominique Bruillot
Photo : Jean-Luc Petit

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Albert Bichot fonctionne aujourd’hui comme une union de domaines. « C’est humain à la base, transporter du raisin cela ne rime à rien, de plus, un responsable investi de sa mission de la culture de la vigne jusqu’à l’élevage c’est mieux », assure Albéric Bichot, son dirigeant.

Entreprise militante de la Bourgogne, présente sur les événements locaux (Livres en vignes notamment, le Festival du film policier à Beaune), cette maison atypique, quasi irréductible dans un monde viticole en mouvement, entretient délibérément la notion de circuit court du vin avec des sites de vinification décentralisés dans chacun des terroirs où elle est présente. Elle affirme son ancrage en étant au premier plan de la Vente des Hospices de Beaune chaque année. En toute décontraction (c’est aussi son style) et sans langue de bois, Albéric Bichot se livre en chair et en os en marge de ces enchères.

Le Secret de famille est le nom d’une cuvée particulière chez Bichot, le reflet d’une certaine réalité ?

C’est la bonne entente en famille qui nous guide. Nous sommes là après six générations, mon père a eu 7 sœurs, nous avons toujours eu la préoccupation des valeurs communes générationnelles et transgénérationnelles.

C’est pas un peu démodé tout ça?

La preuve que non. Une bouteille de vin c’est une promesse, une marque, une signature, un acte de confiance. La famille fait le lien. Comme chez le maquignon, un regard franc dans les yeux, ça vaut beaucoup d’autres contrats de 45 pages.

Le rapport entre la famille Bichot et la vente des hospices de Beaune date de quand?

Pas tout à fait des origines, mais depuis plus de cent ans, ce menu le démontre (ndlr: il brandit un menu de 1934 avec des bouteilles du millésime 1906 !).

Quels ont été les rapports entre les Bichot et André Boisseaux, qui fut le meneur de la Vente des Hospices pendant de nombreuses années?

Il a tenu la vente, certes, mais dans un esprit différent. Aujourd’hui, nous sommes « leaders », mais pas dans les mêmes proportions. La Vente n’est pas une fin en soi. On s’en donne la peine depuis une quinzaine d’années, on achète au maximum 15% des volumes proposés. Il suffit d’aller chercher des amateurs un peu partout dans le monde.

Ah bon, comment?

On prend sa « valoche », on fait le tour de la Terre, nous sommes plusieurs à le faire chez Bichot. Nous avons un bureau à New York, un autre à Shanghaï avec mon frère. Mais les Hospices c’est à la marge de nos affaires. Quand on achète une centaine de pièces, cela représente 30 000 bouteilles sur un volume total de 2 millions.

Mais le ticket moyen est beaucoup plus élevé?

Oui, le prix du vrac aux Hospices est à peu près équivalent à 2,5 à 3 fois le prix « normal », ceci dit, on contrebalance par une marge qui n’est pas du tout la même. Une bouteille des Hospices est plutôt à 60 euros en moyenne contre 10 pour une autre.

C’est donc un véritable apport de notoriété pour la maison Bichot?

Nous sommes Bourguignons, qui plus est de Beaune: si nous ne nous occupons pas de cela, qui le ferait? Christie’s (ndlr : le gestionnaire de la Vente! fait un magnifique travail, mais si personne ne s’en occupe localement, en poussant un peu plus loin le bouchon, toutes les transactions se feront par internet ou au téléphone.

D’où l’idée d’une souscription ouverte au grand public?

C’est cela. Ce qui concerne une pièce, mais on a des demandes de plus en plus importantes de particuliers et de restaurateurs qui ne peuvent pas, on les comprend, investir seuls sur de tels volumes. Donc on sélectionne 4 ou 5 pièces mutualisées, on se fixe un prix maximum avec un rendu TTC maîtrisé, qu’on retrouve sur notre site (www.hospices-beaune.com). On va retrouver ces acquéreurs potentiels jusqu’au dimanche.

Et pour quelles cuvées?

Cette année on a un corton Docteur Peste, un pouilly-fuissé, un meursault premier cru Les Charmes, un pommard. Ce qui revient pour le client à une fourchette allant de 55 à 100 euros TTC pour une bouteille servie dans un coffret en bois. Pour célébrer un anniversaire, tu as ta bouteille avec ton nom dessus: cela démocratise l’image des Hospices, qui ne sont donc pas réservés à l’élite internationale.

Elle ne serait pas peu médiévale cette vente, avec tous ces nez de curieux écrasés contre la vitre des halles par grand froid, regardant les gros « richards » faire monter les enchères?

Il y a quand même jusqu’à 900 personnes sous les halles. Ce constat fait peut-être partie du mythe, du folklore, mais ça me dépasse. Il y a cinquante ans, la vente se déroulait dans la Salle du Roy, aux Hospices, avec seulement 70 places.

Finalement, quelles sont les cuvées préférées de la maison?

D’un point de vue affectif, la cuvée volnay Blondeau et la cuvée beaune Rousseau Deslandes, deux familles apparentées directement à la famille Bichot. On s’y intéresse systématiquement.

Pour autant, tout ça n’est une partie de poker…

Non, on se fixe des montants en amont. 50 euros ça n’est pas 55 euros. Pour nos invités et nos clients, je les vois avant, je prends leurs ordres et on s’entend sur les enchères maximales. 

Bichot 2

Voir l’intégralité du dossier consacré aux « rois de la vente » des Hospices de Beaune dans Dijon-Beaune Mag

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