Art in situ : 43 œuvres contemporaines à découvrir sur la Route des Grands Crus

En installant chaque année l’art contemporain au sein des domaines viticoles de la Route des Grands Crus, le parcours itinérant Art in Situ propose un dialogue patrimonial original. Son fondateur Jean-Marc Bassand est un « vitigaleriste » convaincu. Il s’en explique… in situ.

Jean-Marc Bassand, fondateur du parcours Art in Situ sur la Route des Grands Crus, au sein du domaine Perrot-Minot à Morey-Saint-Denis, où trône Ma colonne d’Issoire, œuvre signée Alessandro Montalbano
Jean-Marc Bassand, fondateur du parcours Art in Situ sur la Route des Grands Crus, au sein du domaine Perrot-Minot à Morey-Saint-Denis, où trône Ma colonne d’Issoire, œuvre signée Alessandro Montalbano © Jean-Luc Petit / DBM

Une statue épouse la pierre blonde d’une cuverie. L’ombre d’une cave change la perspective d’un tableau. Des courbes en bronze offrent une grâce nouvelle au jardin d’un domaine… Depuis cinq ans, Art in Situ cultive l’art de la rencontre entre créations contemporaines et paysage viticole. Le parcours imaginé par Jean-Marc Bassand et Sébastienne Julin-Fourreau investit la Route des Grands Crus avec un certain charme.

Vingt artistes et quarante-trois œuvres prennent place dans huit domaines viticoles et un hôtel, de Gevrey-Chambertin à Chassagne-Montrachet. « Ce parcours évolue constamment, fidèle à sa volonté première : créer des rencontres entre des univers, des sensibilités, des regards, explique le fondateur d’Art in Situ. Les viticulteurs deviennent des relais des artistes que nous aimons défendre. Les œuvres créent des passerelles entre l’art du vin, le patrimoine architectural et la création contemporaine. »

Culture alternative

Ce goût de l’autre ne date pas d’hier. Avant les galeries et les installations artistiques, ce professionnel du service formé à l’école hôtelière de Poligny – « promotion 1996, avec monsieur Bernard Loiseau comme parrain » – a passé une dizaine d’années dans la restauration. « Je connais très bien les enjeux de l’accueil et ce qu’attendent les vignerons et les artistes », glisse-t-il.

Le détour par les cultures alternatives fera le reste. Le tatouage guide Jean-Marc vers l’art contemporain. À Besançon, il développe La Main Noire, puis dirige une galerie en Suisse et une agence événementielle. En 2020, il lance Art Fair Dijon, première foire internationale d’art contemporain de Bourgogne-Franche-Comté. La pandémie stoppe net l’initiative. Plutôt que de se résoudre à une foire virtuelle, Jean-Marc imagine alors un autre format : sortir les œuvres des murs et les installer au cœur des domaines viticoles.

« Au départ, nous voulions naïvement exposer directement dans les vignes », reconnaît-il avec le sourire, stoppé avec bienveillance par l’association des Climats du vignoble de Bourgogne, et vite convaincu de la nécessité de se rapprocher des vignerons.

50 à 60 artistes en cinq ans

Porté par l’association La Route des arts, le projet a trouvé sa place dans le paysage local. Certains domaines sont devenus des piliers, comme Patriarche Père & Fils ou le domaine Maurice Chapuis. D’autres rejoignent l’aventure, séduits par ce dialogue original.

« En cinq ans, cinquante à soixante artistes ont participé au parcours. Nous avons tissé des liens privilégiés. Beaucoup veulent revenir tant ils apprécient l’organisation, la visibilité et le rapport humain du projet », apprécie le fondateur, qui savoure au passage la multitude d’histoires croisées que permet l’art.

Au domaine Chapuis, une sculpture de Vladimír Škoda intégrant un ensemble de tire-bouchons intrigue autant qu’elle fascine. « Les clients nous parlaient de l’œuvre à chaque dégustation… nous avons fini par l’acheter ! », confirme Claire Chapuis. Même histoire au domaine Jean-Noël Gagnard, où sa gérante Caroline Lestimé est tombée sous le charme de peintures exposées lors du parcours.

La colonne de Morey

Cette année, certaines installations semblent avoir été conçues pour dialoguer avec leur décor. Au domaine Perrot-Minot, le monumental Ma colonne d’Issoire de l’artiste italien Alessandro Montalbano répond directement à l’architecture du domaine de Morey-Saint-Denis.

Inspirée des colonnes peintes de l’abbatiale Saint-Austremoine d’Issoire, l’œuvre prolonge la verticalité du lieu tout en y injectant une vibration très méditerranéenne. « Christophe (ndlr, Perrot-Minot) s’est pris au jeu depuis quelques éditions, l’œuvre répond bien à l’architecture du domaine », apprécie le viti-galeriste.

Ailleurs, les œuvres s’insèrent avec plus de discrétion : les lignes topographiques de Isolignes au domaine Méo-Camuzet, les oiseaux de Luke James au domaine Maurice Chapuis ou encore les six créations installées dans le bel hôtel Le Cep de Beaune.

Projet Hospices 2027

Art in Situ regarde désormais vers des institutions majeures. L’édition 2027 devrait ainsi intégrer l’Hôtel-Dieu des Hospices de Beaune. Un appel à projets spécifique doit être lancé cet été, « avec un cahier des charges inspiré de l’histoire des Hospices et une sélection des artistes prévue à l’automne ».

À l’aube des 90 ans de la Route des Grands Crus, l’événement permet de regarder autrement notre patrimoine viticole, les pieds dans le terroir et pourquoi pas un verre à la main. On ne peut plus in situ, en tout cas.

Les artistes et les domaines

Domaine Drouhin-Laroze (Gevrey-Chambertin) : Olivier-Cyr Nöel, Femme au collier. Domaine Perrot-Minot (Morey-Saint-Denis) : Alessandro Montalbano, Ma colonne d’Issoire.
Domaine Hubert Lignier (Morey-Saint-Denis) : Cécile Dupont, Signature chromatique du terroir 3 ; Stéphane Desmaris, Grandis Nodulus.
Domaine Méo-Camuzet (Vosne-Romanée) : Gaëlle Pinard, Isolignes.
Domaine Maurice Chapuis (Aloxe-Corton) : Luke James, Birds.
Hôtel Le Cep (Beaune) : Florence Lafourcade, L’heure bleue ; Jean-Charles Stora, Planète ère 2 ; Jocelyne Santos, Diapason ; Patrick Lang, Faïence ; Richard Goupil, Dans la brèche ; Sylvie Schepens, Le sang de la vigne.
Caves Patriarche Père et Fils (Beaune) : Alice Charton, De temps en temps, je ferme les yeux pour mieux habiter ta bouche ; Caroline Wheaton, Contemplation ; Jean-Yves Gosti, Sans titre ; Vincent Gild, Undressedcode.
Maison Prosper Maufoux (Saint-Aubin) : Christophe Faure Fontenille, Cube des millésimes ; José Aguirre, Cosmos de fer.
Domaine Jean-Noël Gagnard (Chassagne-Montrachet) : Anthony Gralhien, La grande serre ; Odile Bouxirot, Anature 6.