En marge de sa conférence de rentrée, l’antenne côte-d’orienne de la Fédération Française du Bâtiment dresse un état des lieux préoccupant. Les PME qu’elle représente sont confrontées au paradoxe du carnet de commandes plein mais impossible à absorber. La confiance s’effrite, personne ne s’en cache, mais la FFB 21 entend bien refixer le cap.

Frédéric Demongeot, président de la FFB 21 © Jonas Jacquel

« Quand le Bâtiment va, tout va. » La formule béton est attribuée (et raccourcie) au célèbre maçon creusois Martin Nadaud, lors d’un discours à la Chambre des députés en 1850. La formule ressort souvent de la benne à poncifs mais elle dit finalement tout. Car le Bâtiment en France, l’air de rien, pèse 1,4 million d’actifs hors intérim (6% de l’emploi total), fait figure de premier contributeur de TVA avec près de 70 milliards d’euros (plus que l’impôt sur le revenu) et met à pied d’œuvre 95% de TPE locales parmi ses travailleurs. Dans notre département, 10 000 emplois non délocalisables sont concernés, ce qui donne une petite idée des effets d’entrainement du secteur. 

Quand le Bâtiment va, tout va, donc. À son échelle, la FFB Côte-d’Or suggère que rien ne va plus. Réunis à Dijon pour la traditionnelle conférence de rentrée, son président Frédéric Demongeot (réélu pour trois ans en novembre dernier), Stéphane Gazelle (trésorier) et Valérie Bernard (secrétaire générale) ont d’abord dressé le constat édifiant d’un arbre qui cache la forêt : « La construction en France est énergique, en Côte-d’Or aussi, tout va bien pour les promoteurs immobiliers et les majors du Bâtiment, se réjouit le président Demongeot. Mais nos PME n’en profitent pas ou si peu, confrontées au paradoxe du carnet de commandes plein mais impossible à absorber. Nos adhérents refusent des commandes car beaucoup vivent la croissance comme un piège mortel. » Le Bâtiment serait donc victime d’un mal du siècle, comme d’autres pans de l’économie. « C’est un peu comme la grande distribution qui s’enrichit de la vente de camemberts pendant que les producteurs de lait meurent étouffés dans l’indifférence générale. »

Valérie Bernard (secrétaire générale), Frédéric Demongeot (président) et Stéphane Gazelle (trésorier).

Qualité low-cost

Tel est le lot des entreprises aux trésoreries tendues, écartelées entre « l’augmentation généralisée des coûts, la difficulté de trouver une main d’œuvre qualifiée, et la fragilité des rapports de force donneur d’ordre/entreprise d’exécution ». Les signes sensibles de cet état des lieux vont au-delà de la difficulté de recrutement et de la stigmatisation d’un secteur en proie à tous les fantasmes et autres reportages sulfureux. « Tout cela entretient un climat suspicieux et fausse notre image, alors que nous recensons de nombreux cas de réussites, que l’ascenseur social veut encore dire quelque chose et que dans la majorité des cas le travail est très bien fait », tempère la fédé, inquiète de voir poindre une « qualité low-cost » de toute part.
Car face à ces marges « quasi inexistantes en 2019, car les prix ont augmentés de 1% mais les coûts de production de 2% d’après une moyenne nationale » les tentations sont là et bien là. Un employé du Bâtiment coûte en moyenne 26 euros de l’heure, charges comprises. Deux fois plus qu’un travailleur détaché de Pologne. Il convient alors de rappeler des attitudes élémentaires aux donneurs d’ordre et au consommateur : Le logement que j’achète a-t-il été construit par des entreprises de mon territoire ? Ou s’arrête notre choix de société entre la quête du prix bas et le progrès ? Quels savoir faire transmis par les générations précédentes sommes-nous prêts à abandonner au dumping social ?

Pas devenir millionnaires

Ces questions, la FFB 21 les aborde avec le recul de l’humilité, renforcée par une résilience propre au chef d’entreprise. 2020 doit être l’année de la détermination, « dans un contexte où se fédérer ne va pas de soi ». Sa campagne de communication baptisée « Bâtissons équitable » a déjà dessiné les grandes lignes d’une économie vertueuse et soucieuse des équilibres, car tout le monde ici « refuse de se résigner, cultive la passion de son métier, de l’acte d’entreprendre et de construire ».

Que les maçons creusois en soient témoins, ces bonnes intentions ne seront pas de trop pour mener les batailles des normes protectrices, des lois LME sur les délais de paiement, du durcissement du contrôle des autoentrepreneurs, de la revalorisation des filières de formation, des échanges nourries entre les acteurs publics et privés et le « facilitateur en chef » qu’est une fédération, d’une politique fiscale souple et intelligente.

« Au bout du compte, nous ne voulons pas devenir millionnaires, encore moins faire pleurer dans les chaumières. Mais simplement absorber nos coûts, faire vivre nos familles et celles de nos collaborateurs, continuer à être un maillon fort du paysage économique et social. Telle est la raison d’être du Bâtiment. » Quand il va, devinez quoi, tout va.

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