Beaunois pur jus, Guillaume Laboureau a vu en 50 ans se transformer la rue d’Alsace, où siège son magasin de jouets Guigone créé par ses parents. Retour sur ce Beaune ouvert et accueillant. Tout l’esprit de la fondatrice des hospices.

Pour Guillaume Laboureau, 51 ans, jouer n’a pas attendu le nombre des années. Le commerçant a fréquenté la rue d’Alsace dès son enfance, avant de reprendre Guigone, le magasin de jouets de ses parents, une des plus vieilles enseignes de la rue. © Michel Joly

Guillaume Laboureau est né à Beaune. Il y a passé toute son enfance et sa jeunesse. À cinq ans près, sa date de naissance aurait pu coïncider avec l’inscription sur son magasin « Guigone depuis 1964 », année où ses parents ont ouvert leur boutique de cadeaux sous le vocable de Guigone de Salins. À la même adresse et à la même enseigne, Guillaume anime un magasin de jouets, voitures à pédales, doudous, jeux de toute sorte… surtout dans la cave aménagée en caverne de vente. « C’est un vrai paradis  ! », confirment en chœur ses propres enfants de 5 et 8 ans au moment de se rendre à l’école, la même que fréquentait papa.

Le petit train de l’Ouche

Ce paradis du jouet l’a happé, lui aussi, dès l’enfance, à l’époque où son père conduisait le petit train touristique de la vallée de l’Ouche. Un vrai jouet grandeur nature qu’il a aussi pratiqué : départ en gare de Bligny-sur-Ouche et terminus à Pont-d’Ouche, 7 km plus loin. « Dès l’âge de 12 ans, je l’ai accompagné sur la locomotive qu’il conduisait bénévolement tous les dimanches. Ma mère était en gare, à la billetterie, souvent avec ma sœur », rembobine Guillaume. Cette année, la double suspension de ses activités lui a fait reconsidérer l’importance vitale des réseaux sociaux comme outil commercial. « Je suis de la génération qui n’a pas appris le métier avec Internet », confesse celui qui a travaillé en boutique dès l’âge de 16 ans, puis a été initié au numérique par la formation continue. Désormais praticien du click and collect, Guillaume publie volontiers ses images de restauration de meubles patiemment chinés, de doudous et autres petits bonheurs ludiques. Son audience s’en régale.

La place aux enfants

Originaires de Saône-et-Loire, les Laboureau sont liés à une autre mémorable famille de commerçants, les Laronze. Six oncles et tantes de Guillaume se sont installés autour de la place Carnot, où la maison d’art ménager Laronze a pignon sur rue. « En rentrant de l’école, je passais chez ma tante fleuriste qui tenait le magasin Les Violettes, chez les uns et les autres. » Les joies et les chamailleries de l’enfance avaient la petite place Carnot pour décor. Pas de 400 coups, mais « plein de copains partout et des rondes en vélos autour des vasques fleuries ». Cette vie de quartier a un peu changé. « Tout gosse, nous n’allions jamais rue Carnot : il y avait trop de voitures », poursuit-il. Entre copains, les jeux de billes s’entrechoquaient aussi sur le chemin des remparts. « J’allais faire mes devoirs chez le fils des pharmaciens, nos voisins de la rue d’Alsace, du temps où les familles vivaient au-dessus de leur commerce », dit encore Guillaume, premier concerné puisqu’il occupe avec les siens l’appartement laissé par les parents.

Rue d’Alsace, une chose ne change pas

Ses grands-parents, eux, sont arrivés à Beaune en 1942. Ils ont tenu une droguerie au rez-de-chaussée de l’élégant hôtel Gauvain occupé aujourd’hui par le fromager Alain Hess. Juste à côté, à l’emplacement d’un spécialiste de la salle de bain, il y avait une galerie d’art. « La première de Beaune », se souvient Guillaume. Plus loin, faisant angle avec la rue d’Alsace, la plus que centenaire brasserie Le Parisien, récemment agrandie. Et en face, une autre institution locale, Le Vigneron (vins de domaines et souvenirs bourguignons) fondé par le vigneron Marcel Louis, toujours dans la même famille. 

En cinquante ans, évidemment, le Beaunois aura vu sa rue aux pavés historiques se transformer. Quelques enseignes ont disparu, heureusement remplacées par un fonds d’indépendants, cavistes et restaurateurs en tête, plus que par des boutiques franchisés. À côté de son magasin de jouets, le bar à manger La Superb est celui d’un Beaunois pur jus lui aussi, le chef Bruno Monnoir. En face, l’ancien magasin de chaussures Philippon, cher aux plus aînés, est devenu Les Pôpiettes, un restaurant que la cheffe Giada Scarton pigmente de son accent italien. Et l’ancien restaurant F and B est passé au 8 Clos, la table bistronomique du chef Stéphane Léger, de retour en terres saintes il y a tout juste un an. Il faut dire que dans cette ville, en dehors de l’esprit de Guigone, une chose ne changera pas : dès le petit matin, les rayons tendres du soleil réchauffent la rue d’Alsace. Pour tous ses commerçants, un éternel et lumineux recommencement.   

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