Beaune. Les Guidot, l’art d’entreprendre en famille

Figure de l’entrepreneuriat beaunois, Stéphane Guidot évolue plus que jamais entre vin, gastronomie, sport et événementiel. Une aventure ancrée dans la ville et portée par le plaisir de travailler en famille. 2026 est un grand cru, entre l’arrivée d’une halle et quatre nouveaux restaurants. L’occasion d’une radioscopie intime de la « TPE Guidot ».

Stéphane Guidot le patriarche entrepreneur entouré de ses enfants Grégoire et Joséphine, responsables du nouveau projet de halle événementielle le Clos-Saint-Jacques à Beaune. ©Jean-Luc Petit

Ne pas s’y fier. Les Guidot ont beau être indissociables de la vie beaunoise, leur cep généalogique a été planté en plaine dijonnaise, du côté de Brazey-en-Plaine. « Je suis Beaunois par ma mère, de la famille des fondeurs Paget, dont le nom est encore inscrit sur les sols de la ville », pose Stéphane. 

Ce millésime 68, « né aux Hospices à l’époque du préfabriqué sur le parking Louis Véry », a grandi dans le pavillon familial du quartier des Échaliers, à un jet de bouteille du lac Joigneaux. Il est aussi le fils de son père, Gérard, charismatique adjoint aux sports et à la jeunesse ayant participé à la création du semi-marathon en 1986. 

Une figure centrale dans la destinée des Guidot. Ce chef d’entreprise, ingénieur électronique de formation, était en réalité plus passionné par les relations publiques et la vie associative. « Papa a fini par délaisser son activité et a connu deux dépôts de bilan. À sa mort en 2002, nous avons dû refuser la succession. Mais il nous a donné le goût de Beaune », dit sans fausse pudeur le fils reconnaissant, évacuant au passage l’idée d’une dynastie entrepreneuriale tracée d’avance.

La bosse du commerce

L’art du commerce ne coule donc pas de source. « Il ne s’apprend pas », lui avait dit le grand André Boisseaux, au cours d’un banal stage mené chez Patriarche. « Je voulais aller au lycée viticole, en BTS commerce vins et spiritueux ; il m’a ordonné d’avoir les bases techniques avec un parcours viti-œno », se souvient l’étudiant « pas bien brillant » de la Viti au milieu des années 80. 

Après son service à la BA102 de Longvic, le jeune courtier s’installe à son compte, le 1er février 1991. Version Vin, créé un an plus tard, peine dans un marché atrophié par la crise du Golfe. Des dizaines de courriers envoyés aux négociants locaux, une seule réponse lui parvient. « La maison Joseph Drouhin, pour me souhaiter bonne chance », sourit l’intéressé, dont la première affaire se conclura finalement avec Louis Jadot, « des pommards de chez Georges Glantenay à Volnay, que j’achetais deux fois moins cher que le millésime précédent. Une autre époque… ». 

Version Vin est aujourd’hui un navire amiral solide. Une belle PME de 15 collaborateurs pour 15 millions d’euros de volume d’affaires, grâce à laquelle Stéphane le courtier est devenu le fournisseur de Stéphane le restaurateur. Implacable. « 90% de la carte est signée Version Vin, nos tables sont une grande source de diffusion », estime le propriétaire de trois établissements au cœur de la ville (21 Boulevard, L’Ecrit’Vin, Lazare-Carnot) et bientôt… sept (lire encadré ci-dessous).

Une centaine de collaborateurs

Au bout du compte, l’entreprise familiale va dépasser cette année la centaine de collaborateurs. Une TPE à elle seule, « gérée sans RH », en bon père de famille. « Derrière son côté impulsif et un peu ours, il est très humain », observe sans complaisance son fils Grégoire, millésime 90 ayant naturellement et assez tôt rejoint la dynamique familiale, suivi par sa jeune sœur Joséphine avec qui il gère le Clos Saint-Jacques, nouvelle halle événementielle située sur le boulevard du même nom.

Stéphanie, la maman, a eu l’œil pour la décoration. Elle a aussi le cœur pour affronter toutes les situations et le nez pour sentir les gens. Cette drôle de famille dont Netflix pourrait faire une série fonctionne toujours ensemble. « On s’écoute, on prend des décisions en commun. Mais je ne voudrais jamais l’embarquer dans un projet délirant », tranche le chef, souhaitant « faire des choses à (sa) portée et complémentaires qui, mises bout à bout, peuvent être bien gérées ». 

Une affaire de cœur

Les affaires sont aussi une affaire de cœur. « Je ne me vois pas entreprendre ailleurs. Beaune, cette petite ville de 20 000 habitants pour 2 millions de touristes, m’a tout donné », dit l’entrepreneur, pas dupe non plus de l’image de self-made-man fort en gueule et ami des personnalités qu’il peut renvoyer. Il s’en amuse. « J’ai un côté Américain dans la façon de féliciter les réussites, sans jalouser personne, car cela correspond à mon éducation », dit-il, tout en concédant dans un grand sourire « avoir toujours aimé ce côté people ». 

Denis Brogniart, rencontré il y a une vingtaine d’années dans le cadre du semi-marathon, est devenu un ami proche au point d’être invité au mariage de Grégoire. Idem pour les François-Xavier Demaison, Manu Payet, Gaspard Proust, François Berléand, Stéphane de Groodt… Le vin étant l’évident dénominateur commun de ces histoires croisées. Les Guidot se gaussent : « On vendrait des godasses, ce serait plus dur de les intéresser ! » Du Guidot dans le texte, pur jus de pinot noir.


2005/2006. La première diversification ne fait pas rêver. Porté par Version Vin, Stéphane Guidot tente d’implanter une activité de caviste puis bar à vins au sein de la belle Maison du Colombier, à quelques pas des halles. « Sans étude de marché, en faisant quelque chose qui me plaisait. Tellement beau que les clients n’osaient pas rentrer… », prend avec humour le dirigeant.

2009. Grégoire a 19 ans. Il sort de la Viti sans BEP en bon « recordman des heures de colle, non égalé à ce jour ». Mais, responsabilisé par le patriarche, il réveille le Colombier, devenu un bar de nuit où la jet set vigneronne s’y plaira pendant quatre ans jusqu’à sa revente.

2013. Début de l’histoire au village des antiquaires. Ses multiples caveaux sont un séduisant terrain d’expression pour le 21 Boulevard. Grégoire passe de « directeur de restaurant semi-gastronomique à DJ le soir » et pousse loin le bouchon du vin, avec une superbe carte qui porte la signature de Version Vin. Le chef Christophe Reuillon assure depuis le début de l’aventure, fidèle au poste.

2016. Place Carnot, l’hôtel-restaurant Le Gourmandin tenu par son amie Isabelle rencontre des difficultés. Stéphane reprend l’affaire et en fait un bistrot au style littéraire, L’Écrit’Vin. Le chef Etienne Wolff tient solidement la barre depuis l’ouverture. « Nous prenions la suite d’une institution, il fallait bien se tenir… »

2017. Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Une brasserie de la place ferme ses portes. Stéphane y crée Lazare Carnot avec son cousin lyonnais Frédéric Larcher et son épouse Isabelle. « La suite est belle puisque nous venons de racheter ensemble l’ancienne Courtepaille de Beaune ». Dans la foulée, l’agence immobilière Clos de Murs, géré par l’indispensable Claude Maufoux, intègre la TPE familiale. « Une activité passionnante, bien gérée, mais où les collaborateurs talentueux et fiables se font rares », observe dans son style cash l’entrepreneur.

2022. La mairie de Beaune cherche un nouveau destin à l’ancien centre équestre de Vignoles. Cela tombe bien, Stéphanie Guidot a transmis la passion du cheval à sa fille Joséphine. Ainsi nait l’Écurie du Pasquiers, moyennant une mise de départ de 300 000 euros, aujourd’hui gérée par la jeune diplômée de BSB à Dijon, complétée par une formation au Haras national de Cluny. « Même si l’on ne peut pas vraiment parler de modèle économique tant cette activité est bien particulière, l’ambition est d’en faire une belle écurie de propriétaires, et de développer le commerce de chevaux », développe Joséphine, millésime 2001. Il est vrai que ce monde à part demande du temps et parfois un peu de chance. Son cheval, tiens donc, s’appelle Good Luck…

2025. Le padel cartonne en France. Excité par le projet de son pote vigneron Benoit Riffault rencontré au Tennis club à Vignoles, associé à Michaël Llodra, Stéphane Guidot fait construire Beaune Padel Club dans la zone d’activités au sud de Beaune. « Le terrain était prévu pour déménager mon siège social et mes entrepôts de Version Vin, mais il manquait cela à Beaune, l’opportunité était trop belle. » Plus tôt dans l’année, les Guidot reprennent l’intégralité du village des antiquaires pour en faire, non sans débats internes, une belle halle événementielle de 500 m2 pour une capacité de 200 places assises. Joséphine et Grégoire en sont les responsables, Stéphanie la décoratrice en chef. « Un dossier épineux, je leur ai refilé la patate chaude et ils s’en sont bien sortis », apprécie le père, passée l’angoisse de voir le fiston y organiser son mariage… en octobre, quelques mois seulement après la reprise.

2026. Les projets s’accélèrent. Le Goret, jadis tenu par le folklorique José, a fermé ses grilles derrière la basilique Notre-Dame. Avec l’aide du restaurateur parisien Baptiste Roulière, Stéphane Guidot en fait L’Auberge de la Grande Vadrouille dès le mois de mars. Dans le même temps, l’ex-Courtepaille de l’entrée nord de la ville, repris avec les cousins Larcher, va s’appeler La Maison Ronde. S’ensuivront si tout va bien la reprise d’un restaurant italien, et une création qui devrait produire son petit effet, mêlant cuisine asiatique, cadre feutré et ambiance festive, en lieu et place de l’Heritage Bar et du Churchill Club, juste au-dessus du 21 Boulevard.

> Article issu de DBM n°111 (printemps 2026), à retrouver auprès de +600 dépositaires entre Dijon et Beaune.