Beaune. Semi-marathon de la Vente des vins : petite ville, grande course, grand cœur

Plus de 5 000 coureurs, 300 bénévoles et des inscriptions bouclées toujours plus tôt : dans une ville de 20 000 habitants, le semi-marathon de la Vente des Vins fait figure de phénomène. Près de trente ans après sa création, il résiste à la concurrence d’un running en plein boom grâce à un modèle singulier : une organisation toujours portée par la Ville et une puissante mobilisation des acteurs locaux pour la bonne cause. Une certaine idée du sport à la beaunoise.

Philippe Dupont, chargé du semi-marathon à la Ville de Beaune, Stéphane Guidot, chargé des partenariats, Pierre-Charles Roux, adjoint aux Sports, et Vincent Leguay, directeur des Solidarités, des Sports et de l’Éducation. ©Jean-Luc Petit/DBM

Rien ne sert de courir ? Pas tout à fait. Sans jouer des coudes, avec une allure régulière, Beaune s’est fait une jolie place dans le peloton des semi-marathons français. Elle a pour elle l’extraordinaire pouvoir d’attraction du troisième week-end de novembre, un tracé viticole qui ne ressemble à aucun autre et, derrière la carte postale, un savoir-faire organisationnel au cordeau. 

Car la concurrence, elle, ne cesse de galoper : « Il existe plus de 7 000 courses en France chaque année », rappelle Philippe Dupont, cheville ouvrière du semi au service des sports de la Ville. Avec des calendriers toujours plus encombrés – la Fédération française d’athlétisme réserve déjà ses dates pour 2027 – et une fenêtre favorable qui se réduit sous l’effet du réchauffement climatique, se faire une place au soleil n’a rien d’une promenade de santé.

Et pourtant, le troisième week-end de novembre, Beaune continue de faire courir son monde. L’image est devenue un classique de la Vente des Vins : des milliers de coureurs lancés entre ville et vignoble, direction Pommard, Volnay et Meursault. Le semi ne cherche d’ailleurs pas vraiment à flatter les chasseurs de records. 

À l’heure où une partie du running privilégie les tracés urbains rapides, Beaune conserve une course de caractère.

L’édition record a réuni 5 300 coureurs sur les deux courses, auxquels s’ajoutent environ 300 participants aux autres formats. Cette année, semi et foulées affichaient complet quinze jours avant le départ, du jamais-vu. Rapportée aux 20 000 habitants de Beaune, la proportion donne le tournis.

©Semi-marathon de Beaune

Un drôle d’OVNI

Comment une petite ville réussit-elle, près de trente ans après les quelque 300 participants des débuts, à rester au top ? Une partie de la réponse se trouve derrière la ligne de départ. Car la singularité beaunoise est aussi organisationnelle : le semi reste directement porté par la Ville et son service des sports.

« Le semi et les 24 Heures sont des ovnis en France », estime Vincent Leguay, directeur des Solidarités, des Sports et de l’Éducation. Ailleurs, nombre de grands événements de course à pied ont été confiés à des sociétés privées. « Ici, nous gardons la maîtrise du parcours, des tarifs d’inscription, de la communication et de l’organisation », nuance la mairie. 

Une philosophie de service public autant qu’un sacré morceau à affronter pour une collectivité de cette taille.

Pour tous les goûts !

Au cœur de la machine, Philippe Dupont en connaît les moindres rouages. Il coordonne l’événement et son impressionnante logistique : au moins 300 bénévoles mobilisés au fil du week-end, une cinquantaine de personnes aux ravitaillements, une centaine de signaleurs, sans compter les services municipaux et les forces de sécurité.

Car au fil des années, le rendez-vous s’est enrichi bien au-delà de l’épreuve phare. Courses des écoliers, footing nocturne, course d’orientation urbaine, marche nordique, randonnée familiale et même canicross… il y en a pour tous les goûts ! Pendant 24 heures, les pratiques se succèdent et les publics se croisent. Une diversité qui permet à chacun de trouver sa façon de participer, quel que soit son âge ou son niveau.

Et l’événement peut encore continuer à faire évoluer cette offre : formats courts, relais ou challenge entreprises sont autant de pistes pour élargir les participants et fédérer autour du plaisir de bouger et de partager.

Parmi les trois causes mises en lumière lors de cette édition 2026, deux sont portées par des associations locales.  « Maxime en mouvement » se mobilise pour favoriser l’autonomie du jeune Maxime Chèze-Bourgogne (en photo), atteint d’une maladie rare (la dystoglycanopathie de type C7), et soutenir la recherche. De l’autre, HTaPFrance, basée à Levernois, agit auprès des personnes atteintes d’hypertension pulmonaire et de leurs proches, tout en contribuant à mieux faire connaître cette pathologie. ©D.R.

Une vitrine du sport beaunois

Le semi raconte beaucoup de la place prise par le sport à Beaune. Vincent Leguay dirige un service mutualisé de 80 à 90 agents, « une belle PME avec plein de projets », qui mêle événementiel, éducation par le sport, gestion des équipements et développement de la pratique.

Le nouvel adjoint aux sports Pierre-Charles Roux hérite ainsi d’un territoire où « 7 000 à 8 000 personnes sont licenciées ou adhérentes d’associations sportives. La Ville leur confie chaque année entre 350 000 et 400 000 euros et poursuit parallèlement un important cycle d’investissements ». Le plus spectaculaire : 15 millions d’euros pour le stade nautique, investissement record de la Ville, dont l’ouverture partielle est prévue en cette fin d’année. Suivront notamment de nouveaux vestiaires et une tribune au stade Jean-Guiral.

Mais Beaune cherche aussi à faire du sport un outil d’attractivité. Étapes cyclistes, 24 Heures, passage de la flamme olympique et, pourquoi pas demain, championnat de France de fléchettes : « Il y a un enjeu autour de la marque Beaune et de nos savoir-faire en matière d’organisation événementielle », souligne Vincent Leguay.

Le public organise, le privé embarque

Mais le succès tient aussi à une deuxième force, beaucoup moins administrative. Si la Ville fournit la colonne vertébrale, tout un réseau privé donne au semi sa puissance et sa couleur beaunoise.

Stéphane Guidot en est l’un des moteurs. L’entrepreneur local entretient un lien tout personnel avec l’épreuve, puisque son papa Gérard en fut la figure fondatrice. Aujourd’hui, il est au four et au moulin pour fédérer les partenaires, entre grands mécènes fidèles à l’image de Malakoff Humanis et monde viticole.

Car à Beaune, le sponsoring prend forcément un tour particulier. Des domaines offrent des vins qui contribuent à la soirée de gala organisée aux Ateliers du Cinéma et servent à lever des fonds dans le cadre d’une vente aux enchères. Vincent Latour, Fabien Coche ou Ramonet répondent présents. Cette année, ce dernier offrira même un mathusalem de Montrachet. « Qui fait cela aujourd’hui ? », s’enthousiasme Stéphane Guidot. L’an dernier, 56 000 euros ont été partagés entre trois associations. 

Voilà peut-être le véritable secret de longévité de cette course très courue. Le vignoble et la Vente des Vins lui offrent un décor que beaucoup lui envient. Mais près de trente ans de succès ne tiennent pas dans une carte postale. Il faut une collectivité qui accepte encore d’en porter la lourde organisation, une cheville ouvrière qui en connaît chaque carrefour, des centaines de bénévoles et un monde économique qui joue collectif. Une alliance public-privé, finalement très beaunoise. Et qui, année après année, tient sacrément bien la distance