Moins de trois ans après sa création, la dénomination géographique complémentaire Bourgogne Côte d’Or (sans tiret) a déjà conquis les deux tiers de sa surface potentielle. Philippe Charlopin, président de l’appellation, revient sur les raisons de ce succès.

Philippe Charlopin, président de l’appellation Bourgogne Côte-d’Or © Bénédicte Manière

Les chiffres donnent le tournis : officialisée en novembre 2017, la dénomination complémentaire Bourgogne Côte d’Or a été revendiquée, immédiatement, sur près de 300 hectares de terres éligibles. En 2018, elle concernait 500 hectares, et devrait atteindre les 700 hectares à la fin de l’année. Une performance impressionnante quand on mesure que la dénomination s’applique potentiellement à environ 1 000 hectares de terres (600 pour les blancs et 400 pour les rouges) situées sur la Côte de Beaune et la Côte de Nuits, s’étendant sur une bande de 65 km de long et 1 à 2 km de large.

« Ce succès est logique et devrait se poursuivre. Il n’y a pas de raison que tous les vignerons concernés ne revendiquent pas la dénomination. Celle-ci s’inscrit dans la mode de la traçabilité et permet de se distinguer du Bourgogne générique, qui représente environ la moitié de la production de bourgognes », commente Philippe Charlopin, président d’une appellation pour laquelle il a ardemment milité. Le processus a demandé du temps, près de vingt années avant l’officialisation de cette 14e dénomination géographique complémentaire. Celle-ci est déclarative, le vigneron s’engageant à respecter un cahier des charges qui est, peu ou prou, le même que pour les appellations Village.

Un argument pour l’export

Les terres d’élection du Bourgogne Côte d’Or sont les piedmonts qui jouxtent les villages ou les premiers crus des côtes de Beaune et de Nuits. Dans certains cas, la dénomination sera préférée à l’appellation Village, estime Philippe Charlopin : « Les villages un peu moins côtés, , sans offenser personne, comme Chorey-lès-Beaune ou Santenay peuvent y avoir intérêt. » C’est que la dénomination intéresse les exportateurs, qui y voient un moyen de rapidement convaincre les acheteurs étrangers, en s’appuyant sur la notoriété des plus célèbres vins de Bourgogne. Qu’en est-il de l’intérêt financier ?

Les bourgognes-côte-d’or se vendent-il plus cher que les bourgognes génériques ? « Les vins de Bourgogne sont identifiés par leur lieu de récolte, et il est vrai que, lorsqu’ils sont produits sur les côtes de Beaune et Nuits, ils sont un peu plus chers. Mais c’était déjà le cas avant la dénomination, qui n’a pas fait significativement augmenter le prix des bouteilles », tempère le vigneron de Gevrey-Chambertin. Aux avantages prix et notoriété s’ajoute une particularité productive : un hectare de Bourgogne Côte d’Or accueille de 9 000 à 13 000 ceps de vigne, contre 5 000 pieds pour l’appellation Bourgogne générique. « Ce sont d’excellents terroirs qui supportent ce type de densité. Les bourgognes-côte-d’or bénéficient d’un élevage plus long, qui permet aussi de proposer des vins plus aboutis », tranche le président.

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