Carnet d’un journaliste-vendangeur #1 : les risques du métier

Parce que le terrain est encore ce qu’il y a de mieux (avec le casse-croûte du matin !), notre journaliste Guillaume Baroin a décidé de remonter la filière « Vin de Bourgogne » à sa base en coupant du raisin dans différentes exploitations. Voici le récit 100% pur jus de ses journées de vendanges. Premier épisode, les risques du métier.

Beau comme un Barbapapa rose, notre chroniqueur ne passe pas inaperçu.

par Guillaume Baroin
Photos : Thomas Lambelin

Bon. C’est le premier jour et je sais, après 24 années de pratique et encore plus de domaines testés, que les vendanges… ça fait mal. Ce n’est pas très original de le dire, mais cela m’aide à aborder mentalement cette nouvelle saison : je suis plus coutumier de la douleur de l’index foulé sur le clavier d’ordinateur que du mal de dos du cueilleur. Bien que ce ne soit pas le dernier épisode de Game of Thrones je sais que chaque année en septembre en Bourgogne : « Harvest is coming« . De même que la maréchaussée verbalise souvent au même endroit, je reviens souffrir en silence chez les mêmes vignerons.

Les enfants que la vigne ne veut pas quitter

Les deux premiers jours se méritent avec force anti-inflammatoires et gel de massage. Quand ce n’est pas une visite éclair chez l’ostéopathe ou le kiné… Il faut que le corps, tout le corps, se reforme à des gestes peu fréquents et inhabituels. Mon aérobic matinal débute à 8h dans le coteau bien pentu des Savigny premiers crus, au lieu-dit « Les Vergelesses » du domaine Françoise André à Beaune.

Nous sommes 21 (tiens donc !) inscrits à l’atelier « coupe et sourit » (les cueilleurs) et quatre à l’atelier « haltère de 40 kg et sueur de bœuf » (les porteurs). Nous sommes tous sous la coupe, et c’est le cas de le dire, d’Hervé. Il est notre gentil moniteur et néanmoins chef d’équipe. Le bougre commence par montrer à une néophyte comment effeuiller efficacement afin de dévoiler le raisin avant de le cueillir délicatement et de le mettre dans un seau. C’est simple, comme geste. Mais quand le raisin se rappelle qu’il est une liane domestiquée par le vigneron et se glisse sournoisement entre les fils ou s’accroche à la vigne voisine via un pampre vicieux, vous commencez à marmonner quelques injures. Quand en plus c’est un chardonnay jaune/vert qui est passé en mode camouflage au milieu d’un feuillage vert fourni, on fait moins le fier ! Tiens, ce qui arrive généralement ensuite vient d’arriver : Yann, mon voisin, vient de se couper l’index gauche avec son sécateur. Pour lui, pas de poupée de coton mais un gant. Un écran total aux coupures mais pas aux pincements de l’outil. C’est toujours mieux que rien.

La vigne défend ses grappes comme des enfants qu’elle ne veut pas quitter. Parfois, elle cache derrière une large feuille un rameau à la pointe biseautée qui, s’il ne vous écorche pas l’avant-bras quand vous arrachez la feuille, vous pique la joue, le menton, voire pire l’œil quand vous vous ne vous y attendez pas. Certains doivent voir de quoi je parle.

Parfois, l’ennemi est intérieur

Autre risque du métier : une maladresse commise par un allié. Un travailleur dans votre propre camp ! Il vient vous aider à terminer votre rang et, alors que l’odeur douce du café, synonyme de pause bienvenue, l’enivre… « clac », votre doigt se rougit de sang. « Désolé je t’avais pas vu ! J’ai cru que c’était un raisin… » Ni une ni deux, on cherche alors un verjus (un raisin vert et acide) pour cicatriser la plaie. Fameuse technique.

Ça fonctionne parfaitement, je l’ai deja éprouvé. Sauf que là, il n’y en a pas. Les raisins de cette année 2017 sont des gravures de mode… comme « photoshopés » par mère nature ! Pas de pourri, pas d’acide, que du raisin que l’on peut manger à table. Retour infirmerie. Si la vigne peut se montrer hostile, les installations viticoles le sont aussi. On ne compte pas les chutes dûes au tirant, ce fil oblique qui tire le piquet placé en tête de la vigne mais suffisamment loin pour ne pas rentrer dans votre champ de vision ou parfois trop tard. Quand vous prenez le pied dans son fil tendu, c’est la chute ! Et quand vous tapez dans son piquet en acier, c’est ongle cassé façon gros doigt de pied dans la table basse du salon. Mais il en faut plus pour arrêter un(e) vendangeur motivé.

Nous verrons demain que les vendanges sont comme un célèbre jeu télévisé en équipes sur une île déserte mais. Sauf qu’il reste tout le monde à la fin…

4 thoughts on “Carnet d’un journaliste-vendangeur #1 : les risques du métier

  1. Philippe Baroin
    06/09/2017 à 21:58

    Bravo fiston, mais ne va pas t’estropier le pied !.. et pour la main il faudrait peut-être dire « s’estromanier » ?
    Quoi qu’il en soit, on se rend bien compte que vendangeur est un métier à haut risque !
    Par contre, à voir les photos de vendangeuses, on constate que ça entretient bien leur ligne, ce qui n’est pas le cas de tout le monde si tu vois ce que je veux dire…. Enfin moi je dis ça, je dis rien.
    Mais bon courage et vive la vie au grand air !
    Feuilleton à suivre avec quand même un brin d’angoisse…

  2. BADEL
    06/09/2017 à 20:36

    L’article est très sympa et on voit le vécu… dommage que l’accroche contienne un accent en trop….. « a décidé » et c’était parfait!

    1. Dijon-Beaune.fr
      06/09/2017 à 22:35

      Oups ! On l’ « à » corrigé 😉

  3. 06/09/2017 à 19:01

    Bravo Guillaume!

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