Sans la vente à la bougie, il n’aurait sans doute pas vu le jour. Le nouvel hôpital Saint-Laurent, dont les bâtiments ont été baptisés Les Didiers et Les Vignerondes, a changé la vie de ses pensionnaires. Annick Bernot en témoigne. L’animatrice démontre, rouleau de scotch et feutre en main, qu’on ne s’ennuie jamais ici.

Par Dominique Bruillot
Pour DBM80

« J’ai arrêté de compter ! » Dans un style très personnel, Annick Bernot ne dit pas tout. Elle travaille à l’Hôpital Saint-Laurent depuis plus de 20 ans, c’est sûr, mais pas la peine d’entrer dans le détail. « Au début, je voulais faire cuistot mais j’ai aussitôt été cernée par la DRH qui m’a confié une toute autre mission dans l’établissement », témoigne la pétillante animatrice, qui prend son rôle à cœur, avec un enthousiasme et un franc parler intacts : « La vie ne s’arrête pas avec le poids des années, ceux qui sont sur des fauteuils, je les pousse, pour qu’ils profitent de nos sorties. »

Un signal fort

Ici, l’âge moyen des résidents, 130 au total, dépasse les 90 ans. Des femmes très majoritairement. On appelle ça le quatrième âge. Annick a toujours avec elle un petit texte fondateur, qui la guide dans l’exécution de son œuvre. Morceau choisi : « Un bon animateur est un personnage équilibré, dynamique avec un grand sens de l’humour. Il doit savoir s’exprimer avec aisance et savoir chanter si possible. Le choix et la variété des numéros proposés doivent faire preuve d’imagination et de bon goût, afin de pouvoir divertir toutes les personnes présentes, quels que soient leur âge ou leur mobilité, sans tomber dans la trivialité. »

Le cahier des charges étant ainsi fixé, la mise en pratique se traduit par des activités aussi diverses que l’atelier cuisine, une séance de cinéma, de la zoothérapie ou encore, l’un des rendez-vous préférés des messieurs, un petit verre savouré tranquillement à la terrasse d’un café nuiton. Les familles sont elles-mêmes impliquées dans cette vie interne. Annick veille à ce qu’elles soient présentes lorsque l’on fête les anniversaires, une fois par mois et à Noël, lorsque les contes s’écoutent au son de l’accordéon.

Surtout, nous sommes à Nuits-Saint-Georges, dans un environnement prestigieux, comme l’indiquent les deux noms de climats des vins des Hospices de Nuits, démocratiquement choisis, sur la base d’une large consultation, pour désigner les nouveaux bâtiments de l’hôpital et la Maison de retraite : Les Didiers et Les Vignerondes. L’investissement, nous l’avons déjà raconté dans ces colonnes, a approché globalement les 16 millions d’euros. Sans le concours de la vente, le nouvel hôpital n’aurait sans doute jamais été inauguré en septembre 2018.

« Une construction neuve, cela peut paraître moins humain, moins chaleureux que le bâtiment historique », analyse François Poher « mais il faut bien prendre conscience que la généralisation heureuse du maintien à domicile fait que les personnes accueillies au final, ont une dépendance plus importante et nécessitent des équipements adaptés. » Le directeur des Hospices civils de Beaune (et donc de Nuits) depuis 2016, parle à juste titre d’un « véritable progrès, avec un environnement plus confortable et sécurisant, ainsi que le signal fort de la pérennité de la présence hospitalière à Nuits-Saint-Georges ».

« il fallait en débringuer 15 »

L’histoire ne dit pas encore ce que l’on fera des locaux abandonnés, dont une partie est classée aux monuments historiques. Une société spécialisée sera d’ailleurs prochainement désignée pour mener une enquête de proximité et dégager des pistes de réappropriation des lieux, ou pas. En attendant, la vie des aînés suit son Meuzin tranquille, au gré des inventions d’Annick qui pose des messages un peu partout dans la grande maison pour activer ses troupes, rouleau de scotch et feutre en main. « Il y a parmi nos résidents des gens bien plus costauds que nous, qui ont connu une vie exigeante », s’étonne toujours l’animatrice, qui apprécie pleinement ce déménagement. « Avant, pour sortir une personne, comme on était à l’étroit, il fallait en ‘‘ débringuer ’’ (sic !) quinze. Aujourd’hui on a de la place et de la lumière, les locaux sont clairs et agréables, on se sent bien. »

La preuve, avec l’enthousiasme que suscite chaque année la Vente. Tous ou presque se mettent à pied d’œuvre pour réaliser une décoration du tonnerre, dans laquelle le vin et le château du Clos de Vougeot, phare de la vie nuitonne s’il en est un, occupent une place de premier plan.

Le dimanche, quand d’autres feront monter les enchères, les pensionnaires de Saint-Laurent font la fête, leur fête à eux. Le matin, ils reçoivent, c’est un rituel, d’autant plus lorsque nous sommes, comme en 2010, à une aussi petite longueur des Municipales, le cortège de ce que les plus taquins d’entre eux appellent « les huiles essentielles ». Puis, quand vient l’heure du repas, c’est régal garanti, avec un menu très inspiré de celui qui est servi en même temps au siège des Chevaliers du Tastevin. On ne s’appelle pas « Didiers » ou « Vignerondes » par hasard. 

 

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