Ces écrivains qui aiment la Bourgogne

La 9e édition du salon Livres en vignes aura lieu les 24 et 25 septembre, au château du Clos de Vougeot. L’occasion de s’intéresser de plus près aux acteurs de la Bourgogne littéraire, qui attirent chaque année écrivains et romanciers de tout le pays au Grand hôtel La Cloche. Le cadre et les produits maison aidant bien la chose…

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Isabelle Alonso et Gérard Gautier, fondateur des Editions de l’Armançon et éditeur incontournable de la littérature bourguignonne.

Par Alexis Cappellaro
Pour Dijon-Beaune Mag
Photos: Club des écrivains, sauf mention contraire

Du Club des écrivains de Bourgogne, il faut d’abord ôter l’idée d’une assemblée snob engoncée dans son costume en tweed. Le magnifique salon Napoléon III du Grand hôtel place Darcy impose naturellement la bonne tenue, mais l’ambiance des rencontres littéraires (entre 120 et 200 personnes chaque mois) se veut décontractée et chaleureuse. Son président Bernard Lecomte ne comptait pas faire des baise-mains pour promouvoir la Bourgogne du livre. « Ce club d’amis est là pour créer une passerelle entre les écrivains bourguignons et le monde éditorial parisien et national. C’est toujours le même problème, on a ce petit complexe provincial quand on écrit depuis le fin fond de la Bresse… »

Il y a de quoi. Qu’il soit de Bresse ou d’ailleurs, le livre en région suscite un profond désintérêt. Triste symbole, la Bourgogne n’a plus de stand dans les salons du livre depuis 2014. Dans ce contexte, les Eric Zemmour, Bernard Pivot, Vladimir Fédorovski, Jean-François Kahn, Franz-Olivier Giesbert, Macha Méril et autres invités de renom sont autant d’atouts pour conserver un lien salutaire. « Sans parler du salon Livres en Vignes, dont nous sommes les premiers partenaires, qui a fait venir 700 écrivains nationaux en neuf ans. »

Très souvent – et c’est bien l’objectif – l’ascenseur est renvoyé. « Giesbert est tombé en admiration devant notre doyen Pierre Fyot, qui avait publié une partie de ses mémoires de guerre, se souvient Bernard Lecomte. Il a décidé d’en faire un papier dans Le Point. Pour un écrivain local, assez peu connu, c’est extrêmement précieux. »

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Franz-Olivier Giesbert lève son verre à la santé du livre.

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Eric Zemmour en discussion avec Pierre Fyot.

Sur les traces du passé

Mais à belle promotion, belle réception. Le président, qui mesure l’importance des symboles, n’a pas beaucoup hésité au moment de choisir le lieu de villégiature des éminents invités. « Avec tout le respect que l’on doit aux autres hôteliers dijonnais, quand vous dites à quelqu’un qu’il ira manger et dormir à La Cloche à Dijon… A fortiori aux écrivains, qui s’intéressent souvent au passé et sont sensibles à ce genre de lieu symbolique. »

Haut lieu du patrimoine dijonnais s’il en est, l’endroit cultive une histoire commune avec les célébrités des arts et des lettres. Beaucoup ont défilé sous les portes du bâtiment haussmanien, qui garde sur ses murs deux textes encadrés de la poyaudine Colette et du mâconnais Lamartine.  « On croit savoir que Colette a séjourné ici. J’ai d’ailleurs contacté les Amis de Colette pour nommer une salle de réception en son honneur », détaille son directeur Antoine Muñoz, toujours attentif à promouvoir la culture locale. Il s’est vite pris au jeu et est devenu un partenaire à part entière des rencontres littéraires, avec tous les avantages que l’on devine.

Tous ces éléments n’échappent pas à la caricature d’une province réduite à faire des courbettes au gotha éditorial en mettant tous les atouts de son côté, clichés et poudre aux yeux compris. La réalité en est très éloignée. « On parle d’égal à égal », certifie l’organisateur. Surtout entre la poire et le fromage…

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La poyaudine Colette occupe les somptueux couloirs de La Cloche. © Christophe Remondière

Le charmant « sang des Dieux »

Pour finir de charmer l’invité, rien de tel que de se payer la cloche. « Et l’écrivain qui ne connait pas le bourgogne revient pour remplir son coffre, croyez-moi », s’amuse Bernard Lecomte. Comme pour Rabelais ou Bukowski (qui ne perdait jamais une occasion d’en consommer sans modération et le proclamait « sang des Dieux »), le vin sera peut-être leur nouvel objet de littérature. Ou un moteur du processus créatif ? L’hôte confirme, beaucoup d’invités sont déjà initiés grâce aux bons soins de la Maison Albert Bichot. Là encore, le choix du domaine beaunois n’est pas innocent. Outre son prestige international, il est sensible à la littérature sur le vin et l’art de vivre. Un prix porte d’ailleurs son nomnau salon Livres en Vignes.

Quant aux profanes, point de blâme. « Tous les Bourguignons imaginent que le monde entier connait notre vin, ce qui est faux. On veut participer à le faire découvrir. Pour Livre en Vignes, on emmène les invités dans la cave d’Albéric Bichot à Beaune. On leur fait toucher du doigt les climats. » Et l’interaction entre ces domaines d’exception fonctionne à merveille. Esprit et spiritueux ont toujours fait bon ménage.

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