La légende française de la course auto vibre toujours pour la compétition de très haut niveau. Sébastien Loeb explore en parallèle de nouveaux terrains événementiels, choisis en son âme et conscience. Son engagement dans Prestige Auto Beaune, aux côtés du nouvel organisateur FrayMédia Exhibitions, témoigne d’une histoire passionnelle en cours d’écriture. Avant une prometteuse cinquième édition du salon (24 au 26 avril), DBM a croisé sa route…

À 52 ans, il n’est plus vraiment un bébé. Mais à l’évidence, Sébastien Loeb est resté un gamin de son sport. Nonuple champion du monde des rallyes WRC (2004 à 2012), l’Alsacien n’a jamais perdu son regard azur de passionné, celui qui préfère encore le baquet au micro.
Son investissement dans le salon Prestige Auto Beaune (24-26 avril) s’inscrit dans cette logique. Pas un rôle publicitaire, encore moins une simple caution médiatique. Mais une implication assumée, cohérente avec ce qu’il est et ce qu’il défend, dans le prolongement d’une complicité forgée avec le groupe FrayMédia et son fondateur Cédric Fray, spécialiste du marketing sportif et agent du pilote depuis plusieurs années. Prestige Auto Beaune, magnifique création d’un couple passionné au cœur des Champs-Élysées de la Bourgogne, imprime désormais un sérieux coup d’accélérateur. Personnellement associé à cette structure ad hoc baptisée FrayMédia Exhibitions, Sébastien Loeb ne fait pas semblant de s’engager.
Pour les quelque 35 000 personnes attendues, cette cinquième édition marquera un tournant. Au cœur du « Hall of Passion », Loeb se dévoilera entouré de six de ses voitures personnelles, comme autant de chapitres d’un récit mécanique. La Peugeot 306 Maxi, petite bombe de la fin des années 90, les trois autos avec lesquelles il a marché sur le championnat du monde des rallyes (Xsara WRC, C4 WRC et DS3 WRC), ou encore la 208 T16 Pikes Peak, recordman de la mythique épreuve américaine en 2013, feront briller les yeux des passionnés. Le grand public y croisera aussi l’exclusif, à l’image des deux « rencontres au sommet » consacrées à son vécu du Dakar, puis d’un échange croisé aussi inédit que savoureux avec Ari Vatanen.
C’est dans ce contexte que DBM a rencontré Sébastien Loeb en avant-première, dans le confort feutré d’un hôtel posé sur les rives du Léman, sous le regard lointain du Mont-Blanc, en Suisse, là où « Seb » vit depuis plus de vingt ans.
L’ambiance lodge, signée du décorateur Jacques Garcia, agit comme un étonnant miroir pour le champion tout juste revenu des sables de l’Arabie saoudite pour le Dakar. Ce « monde parallèle » qu’il veut toujours conquérir, après une quatrième place pour sa dixième participation et deux victoires d’affilée en catégorie SSV avec son team LOEB FrayMédia Motorsport créé avec le constructeur Polaris. Fin avril, à Beaune, le pilote réputé taiseux aura donc des choses à dire et à montrer…
Créé à l’été 2022 par le couple d’entrepreneurs locaux Serge et Laurence Bierry, passé assez vite de 10 000 visiteurs au Palais des Congrès à quatre fois plus, le salon annuel Prestige Auto Beaune change de vitesse. Son repreneur FrayMédia Exhibitions, porté par Cédric Fray et Sébastien Loeb, insiste sur la qualité et la nature non délocalisable de l’événement, en y ajoutant son savoir-faire et son réseau. Une centaine d’exposants de prestige, à l’image d’Aston Martin (en photo ci-contre) seront de la partie. Signe d’une continuité d’esprit et d’un surplus d’innovation : Ari Vatanen (en bas), fidèle des premières éditions, sera présent pour échanger avec Sébastien Loeb dans le cadre d’une conférence de haut niveau. ©Baptiste Paquot/DBM
Vous suivez l’aventure Prestige Auto Beaune avec Cédric Fray et ses équipes. En quoi ce projet était-il motivant ?
Sébastien Loeb : Je connais Cédric depuis une dizaine d’années et on cherchait depuis quelques temps à construire un événement commun. Quand il m’a proposé ce projet à Beaune, j’ai tout de suite accroché. Ces dernières années, on a vu certains salons perdre un peu de leur intérêt. Je trouvais qu’il n’y avait plus grand-chose d’exceptionnel. L’idée de faire un événement avec des voitures de sport et d’exception dans une région viticole d’exception me plait. Beaune est une destination centrale en France, avec une image de qualité, qui me plait bien pour son art de vivre, étant aussi amateur d’un morceau de viande et d’un bon vin.
Les sollicitations d’agents et de potentiels associés ne doivent pas vous manquer. Qu’est-ce qui fait la différence ici ?
L’histoire s’est écrite progressivement. J’ai rencontré Cédric par le biais de Sébastien Loeb Racing, à une époque où il travaillait un peu pour le team. Les partenaires s’intéressaient souvent plus à Sébastien Loeb qu’à Sébastien Loeb Racing. On a donc commencé à travailler ensemble sur quelques partenariats. Puis d’autres sujets sont apparus : la négociation de contrats avec les équipes, la gestion des partenaires, l’organisation d’événements autour de moi. Une relation de confiance s’est installée.Aujourd’hui, il est un peu au milieu de tout ce que je fais et me facilite vraiment la vie. On se connaît, il sait ce que je sais faire, ce que j’aime et et inversement. Les négociations, l’organisation, ce n’est pas mon truc. Moi, j’aime conduire, m’amuser, et faire des événements sympas (sourires).
Que connaissez-vous de la Bourgogne, à part Prenois et Magny-Cours ?
Daniel Elena, mon copilote historique, y habite car son épouse vient de la région mâconnaise, à Burgy. J’ai passé pas mal de temps dans le coin avec lui. Vous parlez de Prenois : c’est sans doute le premier circuit sur lequel j’ai roulé, à l’époque du Rallye Jeunes, en 1997, un membre de mon ASA m’avait organisé un roulage avec une Fiesta Turbo. Depuis, je connais bien Lorenzo (ndlr, Cristofoli, le directeur du circuit).

Prestige Auto Beaune n’est donc pas un événement pour lequel vous prêtez simplement votre nom…
Non. Je me suis associé à la structure FrayMédia Exhibitions, qui porte Prestige Auto Beaune, et je serai présent tout au long du salon. Si mon emploi du temps le permet, il est possible que je vienne chaque année. Je sais que j’ai un rayonnement et un attrait pour beaucoup de projets, mais je n’ai pas envie de tout faire. J’ai énormément de demandes, il faut souvent dire non, et ce n’est pas simple. Aujourd’hui, avec Cédric, c’est plus facile à gérer. Il a aussi une vision extérieure de ce que je représente et une lecture globale de mon image, ce qui me permet de rester concentré sur l’essentiel.
C’est quoi, votre « image » ?
Je ne sais pas, je ne cherche pas à en construire une. Je suis surtout très heureux de vivre de ma passion encore aujourd’hui. Être encore sollicité par des constructeurs pour courir au Dakar ou en Championnat du monde de rallye-raid, c’est beau. Dans beaucoup de sports, à 30 ans, c’est fini. Je suis juste un passionné qui, un jour, s’est inscrit à un rallye en Alsace pour pouvoir me dire « chouette, je vais pouvoir faire la course avec quelqu’un ! ». À l’époque, il fallait s’inscrire chez le concessionnaire Peugeot du coin, je n’avais pas les moyens de m’acheter une voiture de rallye. Je me suis retrouvé premier sur 15 000 participants, puis tout est parti de là. Je n’ai jamais voulu être une star et ne réfléchis pas trop à tout cela. Ma fille, par exemple, se fout que je fasse le Dakar. Par contre elle voulait absolument que je l’emmène au GP Explorer (sourires).
Parler de sa passion, répondre aux sollicitations des médias, des partenaires et du public, cela ne coule pas toujours de source…
Évoluant dans ce milieu depuis 25 ans, je suis juste naturel, même s’il est vrai que je suis de nature timide. Au Rallye des Vins de Mâcon en 1997, j’étais plus stressé par l’interview sur le podium que par le rallye lui-même. Quand mon père (ndlr, Guy Loeb, professeur d’EPS et entraineur de gymnastique à Haguenau) faisait des discours à la gym, la salle avait beau être petite, ça m’impressionnait énormément. Mais je n’ai jamais ressenti le besoin de faire du media training, ni même de coaching mental d’ailleurs. Je gagnais sans préparation, donc je ne voyais pas pourquoi toucher à quelque chose qui fonctionnait…

Comment expliquer votre goût pour les sensations fortes ?
Du vélo, tout jeune. J’arrivais à fond dans la cour, en dérapage contrôlé, pour passer derrière le poteau à linge. Ensuite les mobylettes, sur la roue arrière, à vouloir aller plus vite que les autres. Les premières voitures, pareil… Je pouvais passer l’après-midi, seul dans un champ, à répéter un enchaînement de trois virages, dans les deux sens, jusqu’à ce que ce soit parfait. Pourquoi ? Je ne sais pas… Je n’imaginais même pas faire de la compétition. Mon père aimait bien faire un peu le con en voiture aussi. J’avais toujours le sourire quand on était dans la Manta GTE. Même dans les loisirs aujourd’hui, en vacances : quand on va à la mer, c’est jet-ski. En Suède où j’étais récemment avec Cédric, c’était pilotage sur glace et motoneige…
Il faut donc être un peu fêlé, à la base ?
Ah non, attention, je n’étais pas cinglé : j’ai toujours su garder la maîtrise. Il ne m’est jamais arrivé de couper un virage sans visibilité.
Votre parcours est marqué par des rencontres fortes. Certaines, il n’y a pas de hasard, sont liées à la Bourgogne…
Le premier à m’avoir aidé est Dominique Heintz, qui m’avait repéré aux Rallyes Jeunes et avec qui j’ai fini par m’associer sur Sébastien Loeb Racing en 2011 (ndlr, son écurie privée, fermée en 2024). Dominique roulait en rallye pour le plaisir, il m’a proposé de transférer sa passion sur moi. Il m’a ouvert les portes de la formule de promotion Citroën, chapeautée par Guy Fréquelin, un Bourguignon d’adoption. Il y en a plein d’autres bien sûr, je pense à Jean-Pierre Champeau (ndlr, industriel de Haute-Vienne). Et puis il y en a un qui a littéralement sauvé ma carrière : Richard Parisot, concessionnaire Citroën à Chalon-sur-Saône. Pour ma première saison en 1997, j’avais une 106 Groupe N d’occasion, achetée 40 000 francs à Marylise Tremblay (ndlr, ancienne lauréate du Volant Rallye Jeunes). L’année suivante, on changeait clairement de catégorie avec la Saxo Kit Car, qui devait coûter dans les 600 000 francs. Sauf qu’en essais pour le Rallye du Rouergue, je casse la voiture non assurée. Parisot a racheté une coque, qui devait coûter la moitié de la voiture, et payé une grande partie des réparations. J’ai eu la chance d’avoir des personnes qui m’ont soutenu à des moments clés. Ils m’ont donné des opportunités que j’ai su saisir.

Comme à chaque fois…
Oui. Au début, Citroën ne voulait pas me faire rouler en Xsara, jugée trop puissante. Champeau m’a fait louer une Mégane, pour montrer que je ne savais pas trop mal piloter… Ensuite, la Fédération m’a intégré dans une équipe de France, j’ai roulé en WRC, fait sixième au Tour de Corse avec une voiture privée. Chaque étape m’a permis de passer au niveau supérieur.
Et maintenant, qu’est-ce que Sébastien Loeb voudra faire quand il sera grand ?
(Sourires) Gagner le Dakar, je pense… Je ne suis pas prêt pour la fin. Quand j’ai créé le team SLR, je pensais arrêter en WRC. Au bout de deux courses derrière la barrière, j’ai vite compris que c’était trop tôt… J’aime toujours autant l’automobile et le sport auto. Garder une présence dans ce milieu pour mes vieux jours, ce serait incroyable. Peut-être que je serai encore dedans à plus de 60 ans comme Sainz ? Le Dakar, c’est trois semaines dans un monde parallèle, du sable, des cailloux, des endroits où l’on n’irait jamais de sa vie. Mais j’aime ça. On vit des moments incomparables dans la voiture, l’aventure au rythme des spéciales, la compétition sur la durée, le partage avec le copilote pendant les transferts…
À Beaune, vous retrouverez un héros du Dakar, Ari Vatanen, déjà habitué de l’événement.
C’est un vrai plaisir. Ari est vraiment lié à mes tout premiers souvenirs du Dakar. J’avais un poster de lui dans ma chambre, avec sa 205 T16… Mythique.






