100 ans, 100 % gastronomique : l’accroche de la foire de Dijon ne laisse aucun doute. Ce millésime 2021 marque la sortie des impasses sanitaires, célèbre l’importance historique de l’événement et recentre son avenir sur les plaisirs gourmands. Il est enfin l’heure de passer à table. Entre la poire et le fromage, Jean Battault, président de Dijon Congrexpo, en profite pour faire un point salé-sucré sur l’avenir incertain qui entoure la reconduction de la délégation de service public du Parc des expositions fin 2022. Bon appétit.

1921. Gaston Gérard veut faire de Dijon une ville de tourisme et de gastronomie. Le maire est un expert en la matière. Il sillonne le monde pour donner des conférences, plus de 600 dans 32 pays dit-on. Son nom rayonne dans les cuisines. Il sera même immortalisé par un plat de légende, accidentellement réalisé par son épouse. Mais Gaston Gérard est avant tout le papa d’une foire qui, c’est écrit dans les livres, s’est donné pour objectif de « faire revivre les vieilles traditions culinaires et gastronomiques de la province de Bourgogne, illustrée par ses vins fameux et la cuisine non moins célèbre de ses ducs ».

La formule est un peu longuette mais elle fonctionne à merveille. Les grands de l’industrie alimentaire, comme la biscuiterie Pernot, la distillerie Lagoute et le chocolat Lanvin emboitent le pas. Organisée à ses débuts autour des salons de la mairie, la foire attire 600 000 visiteurs en 1925. On n’imagine même pas ce que cela aurait donné en pleine crise sanitaire !

Retour à la table

Avant la Seconde Guerre mondiale, l’événement sera délocalisé place Wilson puis installé dans des constructions en bois sur les allées du Parc. Après le conflit, la Ville baisse les bras. Commerçants et industriels réveillent la foire en 1949, sur le socle d’un accord passé avec la Saint-Martin, une foire agricole dans toute l’acception du terme, qui réunit veaux, vaches et chevaux. Le parc des expositions voit le jour en 1955. 2021, le maire François Rebsamen mobilise ses forces et ses troupes pour faire de la future Cité de la gastronomie et des vins la figure de proue d’une métropole récente portée sur le tourisme et l’économie. Comme en écho à l’ère Gaston Gérard.

La foire, quant à elle, ne veut plus de pays invité. La formule semble épuisée. Jean Battault s’appuie sur une équipe qui l’accompagne depuis une vingtaine d’années et opte pour un recentrage à 100 % sur la gastronomie. Le fil rouge gourmand est pour le président de Dijon Congrexpo une façon de remettre l’église entrepreneuriale au milieu du village économique de l’événementiel : « Deux initiatives portées par des chefs d’entreprise et pas des collectivités ont transcendé le temps : la foire justement, et la confrérie des Chevaliers du Tastevin. À bien des égards, elles sont l’œuvre des mêmes hommes. »

« Notre mode de gestion n’a pas d’équivalent en France, la réussite de l’événement repose sur la  compétence de l’équipe et     l’engagement des bénévoles » 

Jean Battault, président de Dijon Congrexpo

Les enjeux d’une DSP

Retour aux sources. Jean Battault prend les rênes de Dijon Congrexpo en 2000, alors qu’il préside le Medef côte-d’orien et dirige aussi une entreprise familiale, le liquoriste Gabriel Boudier. Dans la foulée, François Rebsamen arrive à la mairie de Dijon. Depuis, les relations entre Dijon Congrexpo et la mairie sont de l’ordre du « je t’aime moi non plus ». Les enjeux sont multiples il est vrai. Financiers déjà, car le cahier des charges de l’exploitation du palais des congrès et du parc des expositions fait régulièrement l’objet de discussions tendues. Mais cette position sur le toit de la foire relève aussi du domaine de l’influence et du politique. « Au Medef, on s’étonnait souvent parce que j’étais plus connu en tant que président de Dijon Congrexpo que président du syndicat », s’amuse le principal intéressé.

À la fin de l’année prochaine, la DSP (Délégation de Service Public) sera à nouveau mise en jeu. L’équipe en place semble partante pour un nouveau mandat. « Notre mode de gestion n’a pas d’équivalent en France, la réussite de l’événement repose sur la compétence de l’équipe et l’engagement des bénévoles. Cela, aucune collectivité ne saurait le faire aussi bien que nous », argumente encore Jean Battault. Les tensions avec François Rebsamen sont un secret de polichinelle. Elles s’étalent dans la presse. « Cela fait 20 ans que je propose une externalisation du parc des expositions », poursuit le président, pour qui « la vente du foncier existant financerait en grande partie l’opération et il suffirait de conserver le palais des congrès en centre-ville pour maintenir ce type d’activité très valorisante ». 

Numérique et gourmande

En attendant, il y aura bien une édition 2021. « Avec Jean Battault, nous formons un bon binôme », certifie Nadine Bazin, qui a pris la direction générale de Dijon Congrexpo au début de l’année 2019. Succédant à Yves Bruneau dont elle était la secrétaire générale, à la tête d’une équipe de 27 personnes, cette Dijonnaise de cœur applique des méthodes qui font référence dans l’industrie. Une modernité dans l’approche managériale qui va de pair avec la volonté de développer des projets de salons hybrides entre virtuel et présentiel, inspirés de l’expérience du premier salon virtuel de l’Habitat, organisé en mars de cette année.

Durant la première dizaine de novembre, quelques surprises numériques conçues avec l’agence Propulse, la société éditrice du magazine Arts & Gastronomie, devraient renouveler le tableau habituel de la foire. Mais qu’on se rassure, la partie concrètement gourmande et palpable continuera à éveiller les sens. Chocolatiers, cuisiniers, pâtissiers et autres pros seront aux premières loges de l’événement, bataillant dans des concours ou faisant la démonstration de leurs talents. La valorisation des métiers de bouche sera au cœur du propos, en relation étroite avec les filières.

Nouvelles bases

Conditions exceptionnelles obligent, il ne faut cependant pas espérer retrouver le même niveau de visiteurs de 2019, à savoir 160 000. L’édition placée sous le signe du centenaire et du recentrage gourmand est appelée à poser les bases d’un repositionnement stratégique de la foire de Dijon. Dans le même temps, elle offre la possibilité de tester de nouvelles options et de fixer de nouveaux caps autour de la convivialité et du partage qu’inspire notamment la cuisine. Mais on en reparlera une fois cette nouvelle échéance digérée.

Pratique

La Foire internationale et gastronomique de Dijon fête ses 100 ans. Pour cette édition 2021, près de 600 exposants s’installeront au parc des expositions du samedi 30 octobre au jeudi 11 novembre. Contrairement aux années précédentes, aucun pays ne sera mis à l’honneur. C’est la gastronomie qui s’invite à l’affiche de l’édition centenaire. La 5e foire internationale de France garde cependant les ingrédients qui font son succès : des exposants des secteurs de l’habitat, de l’équipement de la maison, de la mode et de l’artisanat du monde répondront présents.
Six nocturnes sont à cocher sur le calendrier cette année : samedi 30 octobre, dimanche 31 octobre, mardi 2 novembre, vendredi 5 novembre, samedi 6 novembre et mercredi 10 novembre. Ce sera aussi l’occasion de retrouver les traditionnels concours culinaires. Le concours amateur de pâtisserie viendra clôturer la foire le 11 novembre. Présidé par le pâtissier dijonnais Pierre Hubert, le thème de la compétition portera sur les tartes et les fruits de saison, et sera ouverte à toute personne âgée de 16 ans ou plus et aux personnes en formation dans le domaine de la pâtisserie. Du côté des professionnels, le 48e Grand Prix national de la gourmandise sera présidé par le pâtissier-chocolatier Fabrice Gillotte. Les compétiteurs s’affronteront sur le thème « Contes et légendes d’Irlande ». Des concours de boulangerie, de jeunes espoirs et du meilleur jambon persillé artisanal de Bourgogne rythmeront également cette quinzaine.
Dijon Congrexpo communiquera les informations sur les inscriptions et les dotations sur le site foirededijon.com. Enfin, les plus jeunes pourront découvrir une cinquantaine d’animaux du 6 au 9 novembre. Comme chaque année, le Département et la Chambre d’Agriculture de Côte d’Or mettront en avant la richesse agricole locale avec la Ferme Côte-d’Or. Après son inauguration, le samedi 6 novembre à 17 h, une démonstration et animation de danse country aura lieu le lendemain à 18 h, avant de finir en beauté avec le traditionnel défilé des animaux le mardi 9 novembre à 15 h.

Prix d’entrée : 6,50 € en plein tarif, 5,50 € en tarif réduit (CE, familles nombreuses, groupes, + 65 ans et entrées après 18 h les jours sans nocturne), 4 € pour les 13-25 ans, gratuit pour les enfants de moins de 12 ans.
Comme à son habitude, la fête foraine de Dijon accompagnera la foire du 29 octobre au 21 novembre. Informations et billetterie sur le site foirededijon.com

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