Gilbert Menut, maire-exploitant viticole

2018 sera le premier millésime du crémant de Bourgogne produit à Talant. Avec dix hectares de vignes en exploitation sur sa commune, bientôt vingt, Gilbert Menut est un maire-exploitant viticole comblé. Le plus important de l’agglomération, même.

Par Dominique Bruillot
Pour Dijon-Beaune Mag #71

En 1993, Gilbert Menut n’est pas encore maire. Mais il sait que bientôt, un habitant du bourg fera sa dernière vendange, la toute dernière de la seule petite parcelle qui demeure à Talant. Quel crève-cœur ! Talant, en 1900, c’était pas moins de 250 hectares de vignes, la moitié de la surface communale ! De plus, le bourg a une histoire intimement liée au vin. Ses premiers habitants, en 1208, étaient des vignerons en provenance de Villebichot, en Côte de Nuits. Un phylloxéra dévastateur, des guerres meurtrières et l’urbanisation ont eu raison d’un vignoble jadis rayonnant. Alors, avec le vigneron de la Cras Jean Dubois, ce Talantais pure souche impulse la plantation de 25 ares, juste derrière le complexe Marie-Thérèse-Eyquem. Plus tard, Christophe Bouvier réveillera 1,5 hectare d’un joli terroir. Et pour faire face aux tentations désordonnées des professionnels de l’immobilier, c’est le même Gilbert Menut qui, élu, inscrira dans sa profession de foi le projet de redonner son âme viticole à Talant. Avec un raisonnement plein de bon sens terrien : « Une fois qu’un terrain est employé, cela devient plus difficile de revenir sur ce qui a été fait ! » Fermez le ban (bourguignon s’entend) !

Premier exploitant de l’agglo

La suite, on la connaît. Dijon s’est emparé du Repas des Français et des Climats de Bourgogne, adoubés par l’Unesco, pour lancer son grand projet de Cité de la Gastronomie et des Vins et renouer elle aussi avec ses origines viticoles. Dans ce challenge, qui se doit de dépasser les frontières politiques et les guerres de clocher, Talant n’est pas la ville de l’agglomération la plus mal située. Marc Soyard, qui dirige le domaine de la Cras, propriété de Dijon Métropole, y exploite ainsi un hectare de bourgogne blanc, « aux Epoutières ». Là où Philippe Chautard, de la maison Louis Picamelot, a aussi planté deux autres hectares pour faire du crémant de Bourgogne. Au total, une dizaine d’hectares de vignes sont opérationnelles sur la commune de Talant, le double dans quelques années. Sans le vouloir, Gilbert Menut est ainsi devenu, sauf avis contraire, le premier exploitant viticole de l’agglomération dijonnaise. Ce qui ravit complètement l’intéressé, n’hésitant pas à rappeler que tout est affaire de patience en la circonstance : « La vigne c’est comme les fleurs, ça met un temps à pousser et puis le jour où ça fleurit, c’est évidemment épatant ! »

Cuvée fondatrice en 2021

Philippe Chautard dans sa cave de vieillissement du vin

Philippe Chautard, ici dans sa cuverie du domaine Louis Picamelot à Rully, sera un des producteurs du crémant de Talant. © Michel Joly

Le millésime 2018 sera déjà marqué par la première récolte aux Epoutières, du pinot noir et du chardonnay. Philippe Chautard est l’un des meilleurs faiseurs d’effervescents de la Bourgogne. Il aborde sereinement cette vendange historique : « La vigne a bien poussé, elle fait de beaux raisins et du bois, elle est en pleine forme. » Cette cuvée fondatrice (deux tiers de chardonnay, un tiers de pinot noir), verra le jour en 2021. Le temps d’un élevage maîtrisé dans la cuverie troglodyte (elle est à flan de carrière) du domaine Louis Picamelot à Rully, en Saône-et-Loire. Avec l’espoir de produire environ 8 000 bouteilles sur les bases d’une première récolte. Cette cuvée en appellera une autre sur laquelle Philippe Chautard, qui aura au total 8 hectares à sa disposition à Talant, fonde encore plus d’espoir. « Le prochain terroir vendangé à Talant sera au pied de la butte ; 2,35 hectares y sont plantés, du chardonnay exclusivement, et là, j’aimerais faire un crémant de terroir », s’enthousiasme le magicien des bulles. Mais il faudra attendre deux années de plus.

Une Maison des vins

Pour l’instant, la population locale se mobilise. « Nous allons chercher des vendangeurs dans le pays, une cinquantaine en tout, puis fêter cette récolte », s’engage Jean-Louis Nageotte. Ce Talantais installé ici depuis 1970, passionné d’histoire locale est lui-même très engagé dans le réveil des terroirs de sa commune. Il suit tout particulièrement un autre projet révélateur de l’identité viticole retrouvée, la transformation de la maison Alix de Vergy en Maison de la vigne et du vin. L’ancienne épicerie-dépannage, fermée depuis une vingtaine d’années, a été rachetée par la ville. Elle abrita ensuite un peu de tout, un atelier poterie notamment. À coups de grands travaux, elle deviendra un espace culturel de loisirs qui accueillera une exposition de matériel de vigneron, des salles de conférence, et un caveau. La toute récente Confrérie du Cellier de Talant, née elle aussi de l’embellie viticole, se penche sur le sujet de son animation. Fin septembre, les travaux seront terminés. En octobre, ce sera l’inauguration. Puis les choses iront vite. Le millésime 2019 s’annonce déjà exceptionnel pour le maire-exploitant viticole Gilbert Menut. 

2 thoughts on “Gilbert Menut, maire-exploitant viticole

  1. René PERNOLET
    31/08/2018 at 10:26

    Mon Père, Marcel Pernolet, achetait dans les années 1950-70 les arbres de son verger à Marcel Devillebichot, horticulteur à Talant, qui tenait toutes les semaines un banc au marché de Dijon. Il y vendait en outre les fruits de sa production personnelle. Sans doute, au moins pour sa propre consommation, cultivait-t’il de la vigne et produisait du vin? Cet horticulteur descendait certainement d’une de ces familles vigneronnes en provenance de la petite commune de Villebichot et venues s’installer au XIII° siècle à Talant: d’où le nom d’habitant « Devillebichot », venu de Villebichot.

  2. Turuban
    29/08/2018 at 09:21

    Approche intelligente, suivie et cohérente : face aux appétits immobiliers, il est sain de se souvenir que la nature a horreur du vide.

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