Dijon Beaune Mag
Depuis le 9 mars, Vincent Delaitre est le directeur « deux en un » du tourisme de Dijon métropole et de l’office Dijon Bourgogne Tourisme & Congrès. Soucieux d’une attractivité durable au service des acteurs du territoire, cet ingénieur horticole de formation se passionne pour les interconnexions du secteur et se projette déjà sur l’application de l’IA. Tout sauf artificiel, en réalité.

Vincent Delaitre : Très positif. Comme beaucoup, j’ai été saisi par le décalage entre l’image perçue et la réalité. Dijon est une belle métropole qui a beaucoup évolué : piétonnisation, restauration du patrimoine, développement culturel. J’ai été frappé par un sentiment d’alignement entre le patrimoine, la vie des commerces, les restaurants, les musées, les événements… Tout est cohérent. La difficulté, finalement, est de raconter cette richesse sans se perdre dans un inventaire.
Je suis issu du monde de l’environnement, avec une formation d’ingénieur en horticulture. J’ai eu un déclic très jeune, à Montréal, en découvrant le Jardin botanique et le Biodôme. J’y ai vu des équipements extraordinaires, à la fois scientifiques, pédagogiques et touristiques, qui montraient que l’on pouvait concilier découverte, partage et modèle économique. Ensuite, j’ai eu des expériences très concrètes, notamment en Baie de Somme, où j’ai dirigé les jardins de l’abbaye de Valloires. J’y ai géré un site dans sa globalité, créé un restaurant de A à Z, conçu une offre originale autour du végétal… Cette réalité de l’exploitation m’a donné une compréhension fine de l’économie touristique. Puis je suis passé par le marketing territorial en Picardie, région pionnière des marques de territoire qui mettait en avant les habitants plutôt que les paysages. Ensuite, en Isère, j’ai élargi cette approche à l’attractivité globale, en connectant le tourisme avec l’économie, la recherche et l’enseignement, puis dernièrement avec Evian Tourisme & Congrès. Cette dimension transversale me passionne : le tourisme est une industrie en réseau, très éclatée, mais au cœur de beaucoup de dynamiques.
Cette architecture de direction est encore assez rare, mais très pertinente. Avec DBTC, on travaille sur la stratégie, les grandes mutations du secteur, la projection à cinq ou dix ans. On réfléchit à l’évolution des infrastructures, des mobilités, des équipements. De l’autre, on a un service très opérationnel, qui accueille et guide les visiteurs, fait la promotion, cible les marchés. Relier les deux, soit 50 collaborateurs sous une direction commune, est essentiel. Trop souvent, on travaille en silo : d’un côté l’aménagement, de l’autre la promotion. Là, on peut intégrer la connaissance des clientèles dès la conception des projets pour qu’ils soient viables au maximum.
Il faut toujours partir de l’ADN et de l’histoire du territoire. La logique concentrique est très importante : avant d’aller chercher des visiteurs à l’autre bout du monde, il faut déjà que les habitants connaissent leur ville et en soient les premiers prescripteurs. Nous devons aussi éviter certains effets où des organismes deviennent des « machines à communiquer », qui créent des tensions sur les territoires. Le développement touristique et économique doit être au service du territoire et des habitants : emplois, activité, qualité de vie. Réciproquement, si les Dijonnais ont la chance d’avoir de beaux musées gratuits et une qualité d’aménagements, c’est aussi parce que des gens de l’extérieur viennent et financent le développement.
En partie. Il ne s’agit pas d’être partout, mais d’apporter une vision. Il faut se poser une question simple : quel tourisme veut-on pour Dijon dans dix ans ? On peut choisir une logique de volume, avec toujours plus de visiteurs. Ou alors une logique de répartition dans le temps, de qualité. Ce que l’on appelle le tourisme durable.
C’est une façon cohérente et responsable de penser le développement. Si l’on considère qu’un touriste émet du carbone, alors il vaut mieux qu’il reste plus longtemps, qu’il consomme localement, qu’il se déplace à pied ou en transport en commun, plutôt que de multiplier des séjours très courts et très intensifs. Cette valeur est aussi sociale.
Le tourisme, c’est l’usage du temps libre. Et ce temps libre a une fonction sociale très forte. Il permet de recréer du lien dans les familles, entre parents, enfants, grands-parents. C’est aussi un moment de rencontre entre habitants et visiteurs, d’échange culturel. Aujourd’hui, les gens cherchent du sens. Ils ne veulent pas seulement consommer un lieu, mais vivre une expérience, apprendre, s’enrichir. Le tourisme devient un moment de transformation.
Effectivement, il ne faut pas s’obnubiler sur le nombre de visiteurs. On ne travaille pas suffisamment sur le développement du panier moyen. À Dijon, un touriste séjourne moins de deux nuits et dépense en moyenne 60 euros par jour, quand Evian dépasse la barre des 100 euros. Il y a donc une marge de progression. Notre rôle n’est pas juste de dire aux plus fortunés de venir à Dijon, mais de travailler sur la notion de valeur.
Il y en a deux principaux. D’abord, sortir d’un tourisme concentré sur six mois de l’année. Il faut absolument développer l’attractivité entre novembre et mars, en créant de vraies raisons de venir, avec des expériences solides et pas juste de la communication. Pour cela, il faut construire des axes de valorisation et mobiliser tous les acteurs du territoire. Ensuite, il y a un enjeu majeur autour du tourisme d’affaires. C’est déjà une part très importante de notre activité. 30 à 50 % du tourisme est lié au tourisme d’entreprise, des actifs qui viennent faire des séminaires, des réunions, à la demi-journée ou la journée. C’est un levier puissant : un congressiste est un futur visiteur, un prescripteur, voire un habitant ou un créateur d’entreprise. Dans un contexte de concurrence entre métropoles, c’est un axe stratégique clé pour Dijon. C’est pourquoi notre office a mis en place un bureau des congrès en 2023, qui doit continuer à s’étoffer. Les équipements suivent : le Parc des Expositions va être transformé (ndlr, un chantier à 62 millions d’euros, étalé jusqu’en 2030). On a vraiment un enjeu de fort développement de cette activité-là, et qui sert aussi mes collègues de l’économie.
Un rôle majeur. Notre métier est basé sur la relation, il faut utiliser ces outils avec discernement, mais l’IA va transformer la préparation des voyages, simplifier les choix, réduire le stress. Un Français sur trois a déjà utilisé l’IA pour planifier un séjour, et ce taux est faible comparé aux Coréens, Japonais ou Américains. Pour nos structures, il y a un enjeu de visibilité : il faut que nos contenus soient présents dans ces systèmes. Nos collègues suisses par exemple sont très en avance sur la mise en application de l’IA dans les structures touristiques. Ce qui me plait, c’est que Dijon a des centres de recherche et des ingénieurs de haute qualité sur ces sujets.
Nos équipes vont y travailler dans les prochains mois. Il s’agira d’une refonte complète de notre dispositif digital, où l’IA sera au cœur du dispositif. L’exemple du tourisme d’affaires est approprié : vous êtes une entreprise qui cherche un lieu de congrès dans un joli coin de France ? Imaginez si, demain, vous avez accès à un outil permettant de visualiser un espace pour votre congrès, de le mettre en scène en personnalisant vos aménagements et sa scénographie, de transformer le rendu en vidéo et dérouler votre journée de convention, le tout avec un chiffrage précis. Ce genre d’outil d’aide à la décision va être capital.