Événement, ce samedi 11 juillet à Dijon, où le 17e Pleurant du tombeau des ducs de Bourgogne a été présenté au public au terme d’une procédure judiciaire de près de six années. La statue en albâtre de 42 cm de hauteur remplacera sa réplique en plâtre à partir de la rentrée prochaine.

Aussi connue sous la dénomination de « 17e pleurant », l’œuvre est attribuée au sculpteur Claus de Werve, qui est chargé de terminer une commande passée à son oncle Claus Sluter, décédé en 1406, pour le tombeau de Philippe le Hardi. Le monument funéraire, mais surtout son cortège de 42 statues en albâtre – les pleurants -, sont immédiatement considérés comme des chefs-d’œuvre exceptionnels. Philippe le Bon en fait réaliser une seconde série, toujours de 42 pièces, pour le tombeau de ses parents, Jean sans Peur et Marguerite de Bavière, à partir de 1443. 

Les deux tombeaux sont exposés à la Chartreuse de Champmol, jusqu’à ce que la Révolution française ne précipite l’ancien régime dans les oubliettes de l’histoire. Pour le 17e Pleurant, c’est le début d’une aventure extraordinaire. Nous sommes le 2 novembre 1789, les prestigieux tombeaux des Ducs de Bourgogne sont incorporés au domaine national en vertu d’un décret du jour. L’affaire semble claire : les monuments, et le cortège de 82 pleurants qui ornent ceux-ci, appartiennent à la Nation française qui se façonne en cette période révolutionnaire.

17e pleurant au Musée des Beaux-Arts de Dijon
17e pleurant, présenté au public le 11 juillet au Musée des Beaux-Arts de Dijon © ARNAUD MOREL

200 ans dans une famille parisienne, puis le tournant

En 1793, les choses changent. La révolution s’auto-dévore en cette période dite de Terreur, décapite à tour de guillotine ses enfants, et entend faire disparaitre les symboles de l’ancien régime, notamment cléricaux. Le 8 août 1793, le conseil général de la commune de Dijon décide de la destruction des tombeaux des ducs de Bourgogne, tout en prenant soin d’exclure les statuettes de chartreux qui doivent être « conservées et déposées dans un lieu convenable ». 

Conservés, les Pleurants ne le sont pas parfaitement. Douze statuettes sont mises en vente par un antiquaire de Dijon, Bertholomey. Le « pleurant n° 17 » se retrouve en 1811 chez un collectionneur privé, puis en 1813 il est acquis par une famille parisienne, qui le conserve près de 200 ans, jusqu’en 2014, où elle décide de le vendre aux enchères. C’est à cette occasion que l’État se manifeste, en refusant de délivrer un certificat d’exportation, et en exigeant la restitution de la statue. Au terme de six années de litige, le Conseil d’État arrête, le 21 juin 2018, que le pleurant n° 17 n’a jamais cessé, « depuis sa mise à disposition de la Nation en 1789, d’appartenir au domaine national puis au domaine public dont il a été irrégulièrement soustrait ». Les propriétaires restituent la statue, qui est ensuite restaurée et rejoint ses frères d’albâtre à Dijon. Le Pleurant 17 est estimé autour de 2 millions d’euros. Son retour dans la cité ducale est donc une bonne nouvelle artistique autant que financière. 

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