Ma nouvelle vie en Côte-d’Or #6 : Laurent Jaoui, directeur de France Bleu Bourgogne

Le nouveau directeur de France Bleu Bourgogne est un enfant du rock biberonné aux bonnes ondes et au sport. Bien dans sa vie côte-d’orienne, Laurent Jaoui place l’info de proximité et le goût des autres au sommet de sa philosophie. Portrait.

© Franck Putigny / DBM

De loin, en clignant un peu des paupières, il a des airs de Stephan Eicher. Laurent Jaoui n’a rien contre la comparaison ni contre le chanteur, étant lui-même un enfant du rock depuis sa rencontre décisive avec les émissions d’Alain Maneval. Le mythique animateur au style punk a défriché des mondes inconnus et addictifs. « Je me suis dit que parler de musique à la radio était le plus beau métier du monde », rembobine le jeune auditeur hypnotisé, qui gardera à vie une fascination pour la radio, le rock, et plus généralement « une contre-culture pop qui inclut le sport à l’anglaise. » 

Millésime 1969, Laurent Jaoui aurait logiquement aimé naître à Liverpool. Ce sera la grande couronne, pas celle d’Angleterre mais d’Antony (Hauts-de-Seine), avec un papa VRP amateur d’œnologie et une maman prof. La vie pavillonnaire est tranquille. Et le journal du lycée, dont Laurent est responsable, plante une première graine…

« T’écris comme un gendarme ! » 

Le 22 août 1988, il intègre Europe 1 et doit répondre aux auditeurs qui participent à des jeux. À 19 ans, le standardiste fait déjà l’éponge, va trainer ses basques dans le « bocal » de la rédaction et « chope tous les bons réflexes ». Le service des sports compte alors de grandes signatures. Eugène Saccomano et Pierre-Louis Basse « pouvaient débattre de Spinoza ou Hegel avant le coup d’envoi d’une finale de Coupe de France ». 

Le premier le marque profondément. « Un mec de gauche aimant Céline, très lettré, libre », qui lui a appris à mettre de l’ordre dans sa tête et ses copies. « T’écris comme un gendarme ! », fustigeait à l’époque « Sacco », rebuté par la lecture de ces « papiers ciment-truelle, comme il les appelait ». Cette expérience forge une personnalité. « Quand tu as fait les sports, tu peux tout faire », confirme le disciple. 

Laurent Jaoui a donc tout fait. Radio, télé, presse écrite, cinéma et productions audiovisuelles de toute nature rythmeront une carrière particulièrement foisonnante, entre la naissance de l’Équipe TV (1998), la direction des rédactions sports de Canal+ (2016) ou bien, plus récemment, au sein de la nouvelle chaine Prime Vidéo suite au rachat des droits TV de la Ligue 1 par le géant Amazon (2021).

Le Dijonnais est sympa !

Le journaliste continue d’écrire des histoires parallèles. Le rock ne le quitte jamais. Il explore l’histoire fascinante du château d’Hérouville et son studio d’enregistrement (voir vidéo ci-dessous) où se sont croisés des gens comme David Bowie, Iggy Pop, Jacques Higelin ou Elton John. Son dernier ouvrage, Radio rock, les grands animateurs racontent (Le Castor Astral) est un joli morceau de 288 pages débuté en mars et paru en octobre (« J’écris vite ! »). Cette liberté d’action se prolonge naturellement jusqu’à la presse écrite, avec des contributions pour l’excellente revue Schnock, dans laquelle il livre de longues interviews hétéroclites (Guy Bedos, Jean-Loup Dabadie, Jean-Patrick Capdevielle…)

À l’été 2023, Radio France viendra le chercher pour lui proposer la direction de France Bleu Bourgogne. Un beau challenge dans une belle ville. Laurent Jaoui arrive à Dijon avec une petite connaissance de la région, « pour avoir suivi l’AJA et le DFCO et effectué mon service militaire à l’école de police de Sens ».

Bien dans ses baskets dijonnaises, installé dans le quartier des antiquaires, Laurent aime se balader le soir, jeter un œil aux bars qui passent de la musique (on ne se refait pas), trouve le Dijonnais « franchement sympa contrairement à ce que l’on peut entendre », et peut déjà citer spontanément tous les recoins de la métropole comme s’il y vivait depuis trente ans. Ce qui n’est pas si étonnant.

Le goût du local

Le directeur de France Bleu Bourgogne est un boulimique de rencontres. Sa nature de journaliste de terrain prend le dessus en permanence. On l’a ainsi vu, à peine arrivé, fêter le vin bourru à Nuits-Saint-Georges, vérifier si la foire de Dijon sentait vraiment le graillon, trinquer à la paulée du Grand Hôtel La Cloche, saluer les huiles lors d’un cocktail presse organisé par le Département. Tout le monde le connait déjà. Laurent Jaoui est sympa, tout simplement, et « aime parler aux gens ». Cela rejoint la conception de son nouveau poste. 

Rue Guillaume-Tell, le directeur ne « va rien révolutionner » dans une équipe déjà bien rodée, composée d’une petite trentaine de professionnels entre journalistes, animateurs, techniciens, régisseur ou bien responsable des programmes. Sans user de faux discours provincialistes, le responsable de la station revendique un fort attachement à l’info locale, et tient à ce titre à « démythifier ce qu’il se passe dans les rédactions parisiennes ». La grille de France Bleu Bourgogne est d’ailleurs à 70 % constituée de programmes locaux, avec 9h d’antenne quotidienne (6h le week-end).

Laurent Jaoui a justement une définition bien à lui du journalisme, que nous partageons à titre personnel : « La contradiction délicieuse d’être proche des gens et de garder une distance, de ne surtout pas chercher à être l’acteur principal. » Suivant cette philosophie empreinte de modestie, ce grand observateur s’efforce de garder l’œil neuf. Partout où il se déplace, il aime acheter la PQR et la PHR. « On y retrouve tous les pans de la vie quotidienne regroupés en un seul espace. L’info de proximité est une balise pour mieux comprendre notre monde. » Au hasard de ses pérégrinations, Laurent s’est ainsi retrouvé à acheter Les Échos du Touquet. Au petit matin, l’enfant du rock a plongé dans chaque colonne, café-croissant à portée de main. Avec vue sur la Manche et, au loin, l’Angleterre adorée. C’est ce qu’on appelle déjeuner en paix.

Un guichet unique pour les nouveaux Côte-d’oriens

533 000 habitants, 698 communes, 8 763 km² de superficie et plein d’atouts. Côte-d’Or Attractivité s’est donné pour mission de vanter les charmes du département et de faciliter les installations. Elle est ainsi une interlocutrice privilégiée pour les nouveaux arrivants, qu’ils viennent « pour un jour ou pour toujours ». Un guichet unique animé par une experte du territoire, Camille Deschamps ([email protected]) répond ainsi à toutes leurs interrogations et les guide dans leur parcours de néo-Côte-d’Orien. À noter aussi l’existence d’un site internet dédié : vivre-en-cotedor.com, véritable bible du 21.