Peur du virus, de perdre un proche, son emploi ou ses repères. Peur du désœuvrement, de l’enfermement… La pandémie et le confinement ont des raisons de générer du stress. Pour répondre à cela, une équipe de psychologues du centre hospitalier de La Chartreuse à Dijon se tient prête au bout du fil.

Par Geoffroy Morhain

En cette période anxiogène, qui ne s’est pas vu porteur du Covid-19 au premier symptôme louche ? Qui n’est pas devenu un peu parano en pensant avoir malencontreusement touché son visage après avoir empoigné l’armoire réfrigérée d’un supermarché ? 

Idées noires, ennui, inquiétude, épuisement… Chez chacun d’entre nous, le confinement a des répercussions psychologiques plus ou moins lourdes. L’éminente revue médicale britannique The Lancet a d’ailleurs publié une étude sur le sujet, à partir de données concernant différentes épidémies (Sras, Ebola et grippe H1N1 pour l’essentiel) dans dix pays à travers le monde. Il en ressort clairement qu’une durée de confinement supérieure à dix jours était prédictive de symptômes post-traumatiques, de comportements d’évitement et de colère.

Parce que toutes les détresses psychiques méritent d’être prises en charge, et le plus tôt possible, l’équipe des psychologues du centre hospitalier La Chartreuse a souhaité collectivement la création d’une cellule d’écoute dès le début du confinement. Depuis le 23 mars, dans le cadre de la gestion de crise, La Chartreuse et le CHU Dijon Bourgogne ont ainsi mis en place une plateforme départementale d’écoute, de soutien et d’orientation psychologique destinée au plus grand nombre : soignants et chômeurs, jeunes et vieux, dépressifs chroniques et cafardeux d’un jour… sans distinction ni critère, en accord avec une véritable mission de service public. 

300 appels en un mois, 75 % de femmes

Ce dispositif fonctionne grâce à la contribution de 26 psychologues volontaires. Des professionnels de l’écoute, capables de prendre en compte la singularité de chaque appel, qui assurent une permanence téléphonique dans les locaux de La Chartreuse sous la supervision d’un médecin psychiatre référent, le docteur Pierre Besse. En un mois, la plateforme a traité quelque 300 appels anonymes et confidentiels, d’une durée moyenne de 25 minutes chacun. Le profil des appelants est varié, avec quelques dominantes tout de même : environ 75 % d’entre eux sont des femmes, 50 % vivent seul, 25 % appartiennent à la classe des seniors, et la plupart n’ont jamais été suivies sur le plan mental. 

« Le confinement exacerbe les souffrances et peut faire ressurgir des traumatismes anciens. »

« Comme les profils, les détresses rencontrées sont très diverses, mais concernent surtout des troubles liés à l’anxiété voire à l’angoisse, explique une des psychologues en charge des appels. Cela peut aller d’une situation financière délicate à un décès douloureux, en passant par des problèmes de couple. En tout cas, le confinement exacerbe les souffrances et peut faire ressurgir des traumatismes anciens. » Au registre des conversations qui les ont le plus marquées, Delphine se souvient en particulier de cette étudiante atteinte par le Covid-19, cloitrée dans son petit studio, qui se débattait avec ses fantômes et ses angoisses de mort. Christine pour sa part évoque le cas d’un père dévasté par le chagrin, ne sachant comment aider son fils qui venait de perdre son épouse et se retrouvait seul avec quatre jeunes enfants. Isabelle, enfin, a été particulièrement touchée par cette dame âgée, seule et désemparée, qui avait fait toute sa carrière dans le médico-social et vivait très mal le sentiment de se sentir inutile, d’être mise à l’écart. « Le lendemain de l’allocution où le président Macron a annoncé que les personnes âgées allaient devoir rester confinées plus longtemps, on a eu beaucoup d’appel de ce type », précise la psychologue.

Isabelle Schoutith, Delphine Bon et Christine Blanc-Richard, trois des 26 psychologues du centre hospitalier La Chartreuse en charge de l’écoute des appels téléphoniques. ©D.R.

25 minutes pour apaiser

À défaut de pouvoir soigner les gens au téléphone, les écoutants de la plateforme se veulent pragmatiques : « Beaucoup sont en pleine crise d’angoisse quand ils appellent, et ça leur fait du bien de pouvoir être entendus sans être jugés. En général, ils se sentent bien mieux après avoir raccroché, on leur apporte au moins un certain soulagement, un peu d’apaisement. » Sans oublier de donner quelques conseils pratiques de temps à autre, comme « maintenir un cadre de vie avec des horaires fixes, des rituels et des activités ; conserver des relations sociales via le numérique, si c’est possible, ou le téléphone ; limiter les informations anxiogènes, surtout pas de chaîne d’info en continu ! ». Et d’orienter l’appelant vers un service médical adapté quand le besoin s’en fait ressentir.

Temporaire, cette plateforme de salubrité publique sera également accessible les 1er et 8 mai prochains, et devrait survivre au déconfinement qui, pour sûr, trimballera aussi avec lui son lot de peurs et de questionnements. Mais rien n’est encore acté. La guerre du Covid-19 est loin d’être terminée, souhaitions que les psychologues de La Chartreuse puissent continuer à livrer bataille.


Plateforme d’écoute et de soutien psychologique de Côte-d’Or : 03.80.42.48.05 du lundi au vendredi de 8h à 18h ; en dehors de ces horaires, boîte vocale et boîte mail (contact@chlcdijon.fr). Plus d’infos ici.

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