Le mystère de la chouette de Dijon enfin percé ?

Le journaliste dijonnais Bertrand Carlier vient de publier un ouvrage sur la chouette sculptée dans la pierre de l’église Notre-Dame. Après deux ans de recherches, il dévoile l’histoire et perce le mystère de ce totem dijonnais porte-bonheur dont on ne savait finalement pas grand-chose…

Texte et photos par Bertrand Carlier,
sauf mention contraire
Pour Bourgogne Magazine #54

On dit que quiconque la caresse de la main gauche verra exaucé son vœu le plus cher. On raconte souvent qu’elle est peut-être la signature de l’architecte qui bâtit Notre-Dame. À Dijon, tout le monde la connaît : la chouette est devenue le symbole de la ville. Mais personne ne sait ce que cette petite sculpture de pierre représente, pourquoi elle est là, ni l’origine de ses pouvoirs magiques : de fait, il n’existait aucune étude historique poussée consacrée au sujet.

Dans les vieux manuscrits

Creusée dans la pierre du contrefort nord, l’oiseau fascine. Pour preuve : Bertrand Carlier a pu concrétiser son travail de recherches grâce à une campagne de crowdfunding couronnée de succès. Environ 150 donateurs se sont mobilisés pour lever plus de 5 000 euros. La plateforme ? Ulule, naturellement.

Dijonnais de naissance, historien de formation, journaliste de métier et curieux de nature, j’ai décidé de percer le mystère. Au terme de deux ans d’enquête dans les bibliothèques et archives locales et nationales, j’ai découvert une histoire extraordinaire, qui pourrait relever de la fiction tant le surnaturel y est omniprésent : apparitions divines, fantômes, morts-nés ressuscités et autres miracles ponctuent ce destin pluriséculaire.

Première difficulté, pas des moindres : la mention écrite la plus ancienne évoquant la statue que j’ai pu trouver date de la Révolution. Un inventaire manuscrit de l’église fait état des « restes de la sculpture d’un oiseau qui parait avoir représenté une chouette ». Elle est déjà usée. D’autres indices probants pointent dans le même sens : la superstition populaire existait déjà bien avant. Par exemple, la rue « Derrière Notre-Dame » prend le nom de « rue de la Chouette » sur un plan dès 1759. Ce qui étonne car cela signifie que l’Eglise toute-puissante a laissé se développer un culte païen à même ses murs. Or comme l’écrivait l’occultiste russe Helena Blavatsky au XIXe siècle, « il est rare qu’un mythe, dans un système religieux quelconque, n’ait pas une base historique aussi bien que scientifique ».

« Tu ne te fabriqueras aucune idole, aucun objet qui représente ce qui est dans le ciel, sur la terre ou dans l’eau sous la terre ; tu ne t’inclineras pas devant des statues de ce genre, tu ne les adoreras pas. » Les quatrième et cinquième commandements sont clairs : la croyance populaire ne peut avoir été dictée par les pouvoirs religieux. Il convient donc de distinguer l’origine – de toute évidence chrétienne – de la chouette, de sa légende. C’est dans la seconde moitié du XVIIe siècle qu’un événement surnaturel se produit à Notre-Dame, attirant « un grand nombre de fidèles et de curieux » : depuis lors, malgré les efforts des ecclésiastiques pour contenir le phénomène, le rituel s’est développé. Mais l’animal était déjà là, sa signification est bien plus ancienne. À quand remonter ?

Le lancement du livre fut inauguré en présence de François Rebsamen, mercredi 12 juillet. © Ville de Dijon

Sur fond de Grand Schisme d’Occident

Pour contourner le problème de la rareté des sources anciennes, il faut s’intéresser à l’histoire de l’édifice : le dater avec précision permettrait, en conjecturant que la chouette ait été taillée à ce moment-là, de la réinscrire dans son contexte, et donc de pouvoir potentiellement en déterminer l’origine. Il est connu que la petite tour sur un contrefort de laquelle elle est placée n’est pas contemporaine du bâtiment principal, élevé lui au XIIIe siècle.

Plusieurs livres et guides affirment que l’œuvre est sculptée sur une chapelle bâtie au XVIe siècle par les Chambellan, une riche famille de marchands dijonnais. Non seulement rien ne le prouve, mais de surcroît, de nombreux éléments tendent à démontrer le contraire : en plongeant dans les comptes de l’église, on s’aperçoit que la « chapelle des Barres » a bien quelques décennies de plus que l’âge qu’on lui attribue. Elle a été construite au début du XVe siècle, au temps du duc Jean sans Peur, du Grand Schisme d’Occident et de la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons. La chouette fait référence à un épisode précis, survenu à Rome quelques années auparavant.

Il faudrait un livre pour raconter comment, de la capitale italienne, ce symbole s’est retrouvé à Dijon. Ça tombe bien, il est écrit et tout juste disponible !


 L’OUVRAGE 

La véritable histoire de la chouette de Dijon – Enquête sur l’oiseau le plus mystérieux de France, par Bertrand Carlier, 112 pages, 40 illustrations.

En vente 20 € dans les librairies Grangier et Gibert, à l’office de tourisme de Dijon ainsi qu’à la Maison Millière, rue de la Chouette.

Plus d’infos sur www.chouettededijon.fr

 

One thought on “Le mystère de la chouette de Dijon enfin percé ?

  1. M. Chouette
    13/07/2017 à 12:00

    Je méfie « d’un historien » qui ne révèle pas sa théorie, mais demande des sous pour dire « la vérité ».

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