Le nom de Nuits-Saint-Georges est, grâce à ses vins, l’un des plus célèbres de la Bourgogne. Pourtant, au sein de l’appellation, on cultive une certaine humilité. Explication avec le président du syndicat de ses producteurs, Yvan Dufouleur.

On l’a dit et redit tant de fois qu’on finit par banaliser les faits : les vins de Nuits-Saint-Georges font rêver les amateurs de vin du monde entier. Et pourtant, quand on connaît bien le berceau, on sait combien et comment ses vignerons sont viscéralement attachés à l’humilité de la terre. L’explication de ce phénomène contradictoire vient en premier lieu de la nature rurale de la ville. Nuits-Saint-Georges se distingue de certaines de ses prestigieuses voisines par une posture résolument agricole. L’histoire du pays a voulu ça. L’appellation court à nouveau après l’obtention d’un grand cru pourtant évidemment mérité (le climat Saint-Georges, évoqué dans les pages précédentes), avec prudence et réserve. La prime au classement tire l’ensemble de la production vers le haut, mais entraine, inévitablement, un dérapage du foncier. Donc, des prix sur le marché.

Le sens du partage

Ce tiraillement, le président du syndicat nuiton le connaît bien. « On a toujours un déficit de reconnaissance par rapport à Gevrey-Chambertin, Chambolle-Musigny ou Vosne-Romanée, alors que les Nuits se vendent bien parce qu’il y a une forte demande », constate une fois de plus Yvan Dufouleur. Le vigneron, peu adepte des grandes phrases, ne cherche pas à analyser les raisons de ce phénomène : « J’ai seulement l’impression que beaucoup de gens achètent et stockent des « étiquettes », encourageant une démarche spéculative. »

Comment, alors, ne pas perdre son âme tout en gardant le cap d’une production de haut niveau ? Le terroir nuiton est exceptionnel. La Vente des vins des Hospices de Nuits, poussée par l’indéniable qualité de son régisseur Jean-Marc Moron, est le témoin récurrent du potentiel des sols riches et diversifiés de l’appellation. Les amateurs éclairés se plaisent à identifier le sud du nord de Nuits, soulignant une palette organoleptique unique de diversité. En même temps, les producteurs du cru ne veulent pas couper les ponts avec leur environnement. Historiquement, rituellement pourrait-on dire, ils sont attachés à ce sens du partage qui appartient au monde du vin. Les défenseurs d’une appellation ne peuvent pas s’éloigner de leur environnement proche, sous prétexte que les prix grimpent et deviennent inaccessibles au commun des mortels. Fut-il un Bourguignon amateur éclairé et déclaré du pinot noir.

Le meilleur de quoi ?

Le débat existe au sein même du syndicat. « Certains d’entre nous, sans forcément avoir de marchés locaux, happés par l’export, n’hésitent pas à participer à nos actions locales », plaide Yvan Dufouleur. Militant du fameux partage, ce producteur amoureux fou des Hautes-Côtes de Nuits, et plus particulièrement des Dames Huguettes, sait que le lien se préserve grâce à l’animation du territoire. D’ailleurs, rappelle-t-il, « un Hautes-Côtes est souvent plus exigeant de travail qu’un grand cru ! »

Le syndicat a donc investi dans un nouveau magasin, à moins d’une minute de la sortie autoroute, pour donner à qui le souhaite, l’occasion de puiser dans une offre qui regroupe les meilleurs faiseurs de Nuits. À chacun, ensuite, d’y trouver son bonheur, à des conditions acceptables. Tout le monde à Nuits-Saint-Georges, il est vrai, ne fait pas le choix d’ouvrir un caveau au public et de placer ses vins sur les tables régionales. « Mais nous restons proches de la terre, c’est notre façon de vivre », poursuit Yvan, mettant en exergue cette tendance qu’ont les journalistes « à ne mettre en avant que les grands crus qui ne se vendent pas en France, alors que la Bourgogne ne se résume pas à ça ».

L’homme est connu pour son franc-parler. Il l’assume sans complexe, allant jusqu’à nourrir son propos d’un certain scepticisme quand un média décide, de manière péremptoire, d’élire un vigneron ou un vin comme étant « le meilleur du monde ». Puis de constater ouvertement : « Certains de nos confères ont dans le même temps oublié que nous sommes avant tout de gens de la terre, un métier qui demande beaucoup d’humilité face à la nature. »

Le salon Les Nuits au Grand Jour s’inscrit dans une démarche d’ouverture. Il réunira encore une trentaine de producteurs de l’appellation. Y compris ceux qui n’ont aucun débouché sur le marché de proximité. Cet événement dans l’événement est une façon de démocratiser ce rapport parfois faussé que la société entretient avec les vins d’exception. « Notre salon est là pour faire connaître nos vins, sortir de l’entre-soi car nous voulons rester au contact des gens », en conclut Yvan.

« Les Nuits au Grand Jour »
13e édition du salon, sous les halles de Nuits.
Le samedi (14h-17h30) et le dimanche (10h-17h30).
Entrée 12 € (verre offert).

Laisser un commentaire