Raisins Amers, le fascinant thriller burgondo-américain

Il a fait un tabac à l’étranger. « Raisins Amers », documentaire co-produit en Bourgogne et de réalisation anglo-américaine, arrive sur nos écrans. Mardi 13 septembre à 20h55, ARTE diffuse l’enquête sur l’affaire Kurniawan, cet incroyable faussaire en grands vins démasqué par Laurent Ponsot, vigneron à Morey-Saint-Denis. La productrice dijonnaise Cathérine Siméon (Faites un voeu) dévoile les coulisses d’un thriller de dimension internationale.

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Laurent Ponsot, vigneron à Morey et grand acteur de cette affaire. © Ruben Atlas

Par Alexis Cappellaro
Photos: DR

L’histoire a fait le tour du monde, et laisse encore un goût amer – plutôt long en bouche – aux victimes. En août 2014, Rudy Kurniawan est condamné à 10 ans de prison pour avoir contrefait plus de 30 millions de dollars de grands vins: romanée-conti, montrachet, meursault, vosne-romanée…

La Bourgogne s’est émue de cette gigantesque arnaque. On ne badine pas avec le moût. C’est pourquoi Catherine Siméon, jeune productrice basée à Dijon, a lancé l’initiative d’un documentaire retraçant l’affaire et explorant le lucratif marché des grands vins. « Comme beaucoup, on a eu vent de l’affaire par biais de presse locale puis internationale, explique-t-elle. L’histoire nous semblait incroyable et on a décidé avec Nick (Ware, le producteur exécutif basé à Fulvy dans l’Yonne) d’aller rencontrer Laurent Ponsot, le vigneron qui a débusqué l’affaire. De cette rencontre est née l’idée de faire quelque chose. »

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L’inspection méticuleuse de bouteilles, comme pour ce Clos de la Roche (Domaine Ponsot), fut une aide à l’enquête © Jerry Rothwell

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Bill Koch, milliardaire américain, a déboursé 4 millions de dollars en fausses bouteilles.

« C’était très intriguant, Rudy Kurniawan avait 10 passeports donc un féminin »

Avec l’indispensable aide du vigneron du Domaine Ponsot à Morey-Saint-Denis, Catherine Siméon a établi des bases solides. « Pendant quatre ans, on a mené une investigation parallèle. On a découvert des détails abracadabrants. C’était très intriguant, Rudy Kurniawan avait 10 passeports donc un féminin, personne ne savait d’où venait son argent… »
Autant d’éléments susceptibles de séduire un réalisateur. Point de Bourguignon cette fois. Il a fallu aller le chercher de l’autre côté de la Manche. « Compte tenu de l’étendue de la fraude, entre la France et les États-Unis principalement, on a décidé d’aller chercher un réalisateur de langue anglaise, Jerry Rothwell. » 

Un Anglais pour traiter d’une arnaque sur le vin en Bourgogne ? Rien d’incompatible, au contraire. Et la « caution Bourgogne » était de toute façon déjà bien présente avec une assistante de réalisation elle aussi basée à Dijon et un ingénieur du son situé à Chablis. Catherine Siméon explique son choix: « On aimait ses oeuvres et le ton décalé et ironique qu’il pouvait adopter. Il a vite accepté le projet et s’est lancé dans l’aventure à 150%. Pour tout vous dire, il n’est pas un grand amateur de vin à la base. Mais c’est tant mieux, je ne voulais pas d’un réalisateur trop proche de notre culture. Un Français, a fortiori Bourguignon, n’aurait pas eu la distance suffisante pour traiter le sujet. Là, j’étais certaine qu’il y aurait un regard neuf, presque « naïf » sur l’affaire. » 

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Rudy Kurniawan reconnu coupable lors de son procès. © Jane Rosenberg

Un succès au Canada

Ce n’est qu’au moment du procès que Ruben Atlas, un jeune réalisateur américain, viendra se greffer au film. « On s’est dit que c’était malin de mutualiser nos forces. En plus, il connaissait le travail de Jerry et on les sentait sur la même longueur d’ondes. C’était un vrai travail d’équipe. Et il y avait du boulot: on est allés jusqu’en Asie… » 

La longue production « bourguigno-internationale » ne s’est pas financée toute seule. A l’époque, la région Bourgogne a consenti une aide à hauteur de 50000 euros. « Et il fallait impérativement trouver un partenaire diffuseur pour avoir les fonds suffisants et la garantie de passer sur les écrans. » La productrice se satisfait du succès du film, plébiscité lors de son avant-première au Canada début mai. « Il fait le buzz là-bas ! Il est projeté au cinéma en ce moment, et les salles rajoutent des séances. Pour l’instant, on a très largement multiplié par quatre les sommes engagées. »

Un succès qui prouve que la Bourgogne du film n’est pas réduite aux productions régionalistes. S’il manque la diffusion sur Arte mardi soir, le public bourguignon aura l’occasion d’une jolie session de rattrapage aux rencontres cinématographiques de Dijon (20-22 octobre) présidées par Emmanuelle Bercot.

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Jerry Rothwell (à gauche) et Reuben Atlas, les deux réalisateurs du film.


« Raisins Amers », mardi 13 septembre à 20h55 sur ARTE.

Réalisation: Jerry Rothwell et Reuben Atlas. Durée: 1h25
Une coproduction Faites un voeu, Met Film, Arte France et VPRO.

Rediffusions :
ven 23/09 à 9h25
mar 18/09 à 9h25

One thought on “Raisins Amers, le fascinant thriller burgondo-américain

  1. Gilles
    13/09/2016 at 05:25

    À Beaune aussi nous connaissons des affaires similaires, mais les sanctions n’ont rien à voir avec l’autre côté de l’atlantique.
    http://www.bienpublic.com/edition-cote-de-beaune/2016/06/11/valse-des-etiquettes-chez-le-negociant

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