Cap Suzon est le nom que les chefs d’entreprise locaux veulent donner à leur territoire aux confins de Fontaine, Ahuy et Dijon, né de l’ouverture de la Lino. Un quartier plein de promesses. Ces dernières années, une quinzaine de restaurants y ont poussé, tous indépendants. Notre chroniqueur Fidel Gastro s’est donc inquiété de la santé de plusieurs d’entre eux. Suivez le gourmand, ça vaut le détour.

 LE COQ EN PÂTE 
La table retrouvée

« Dites leur bien que nous sommes ouverts tout l’été, aux horaires habituels, qu’ils viennent, même s’ils pensent ne pas en avoir le temps ! » Christelle et James Diolot claironnent en chœur leur désir de faire le plein en août : « Le printemps a été très dur, on a pris du plaisir à retrouver nos clients. »
Le couple assume n’avoir rien tenté pendant le confinement. Sans regret, car « certains de nos collègues ont fait du traiteur, pour s’occuper, mais entre nous, pour que ce soit rentable, il faut vraiment du volume. » En cette journée ensoleillée de juillet, la salle est copieusement garnie. Les mesures de distanciation ont amputé l’intérieur de 15 couverts, idem pour la terrasse, « mais dans l’ensemble, la reprise ne s’est pas trop mal passée, on a retrouvé nos habitués ». Les fidèles apprécient cette adresse emblématique de la cuisine familiale et de Cap Suzon. « Au Coq en Pâte, pas besoin d’afficher « fait maison », ça se sait », lance le chef. Un gage de pérennité pour la maison. Au début du déconfinement, James et Christelle ont en effet relevé le défi des plats à emporter, s’interrogeant comme beaucoup sur les changements de comportement. Mais les gens ont naturellement repris le joli chemin qui conduit à la table. Tant mieux.
Le Coq en Pâte, forcément, n’est pas à 100% de ses capacités. « Ce sont les groupes qui nous manquent, on ne peut pas être plus de 10 à table, c’est là que se situe la perte. » Mais pour cet été, promis à de grosses chaleurs, le James s’engage à lever le pied sur la crème et les sauces généreuses. Au menu, salades et assiettes fraîcheurs. Avec toujours une formule inchangée basée sur trois entrées, trois plats et trois desserts, ainsi que quelques plats plaisir.


 

 COLOMBO 
Flo sous les halles

Florent et Sophie Colombo © Isabelle Smolinski

On connaît le Florent Colombo enjoué et blagueur. Mais le ton est un peu plus grave lorsqu’il évoque sa traversée de la crise : « Il faut tenir le bateau à flot, on a eu trois mois de tempête, il y a beau avoir une accalmie désormais, il y a de l’eau dans la cale, on écope, on renfloue. » Sur la fin du confinement, poursuivant en juin, il a proposé des plats à emporter. On l’a vu également, fidèle à sa générosité, avec d’autres confrères, cuisiner et organiser une cagnotte en ligne au profit des soignants, pompiers et gendarmes. Mais depuis la réouverture de son établissement, Florent évalue à 30 % la baisse de son chiffre d’affaire à période comparable. Le tout, ajouté à une activité traiteur au fond du trou.
Pas question pour autant de subir. L’établissement sera ouvert tout l’été, « avec une carte fraicheur de saison », hormis le week-end du 15 août. Avant l’arrivée du virus, ce grand spécialiste des œufs en meurette avait aussi signé pour un « banc » sous les halles à Dijon. Il va y développer, sous une nouvelle société nommée Côté Colombo, une activité traiteur basée sur le circuit court. Avec une pensée touchante pour son territoire d’adoption  : « On va se relever, nous avons la chance d’être dans un beau quartier, Cap Suzon, qui bouge, où les choses évoluent sans cesse, avec une belle offre de restaurants. L’été n’est pas forcément la période la plus dynamique, car nous nous appuyons beaucoup sur une clientèle professionnelle, mais la rentrée n’est pas si loin, et on va regarder devant ! »


 

 O LOUP BLANC 
Carole en sa maison

Carole Pianetti du Loup Blanc. © Isabelle Smolinski

Le coronavirus, elle l’a pris de plein fouet. René, son mari, a été « sévèrement touché, aujourd’hui encore, il peine à récupérer ». Un incroyable coup du sort, alors que Carole, après 26 ans de service impeccable à la Gentilhommière à Nuits-Saint-Georges, s’apprêtait à relever le défi d’ouvrir son propre établissement dans le quartier de Cap Suzon. Le Loup Blanc est pourtant le fruit d’une plaisanterie. « Des amis m’ont dit, « tu es connue comme le loup blanc, ça va marcher ! » »
Avant de devenir ce fameux Loup Blanc, l’ancienne Ruelle Autrement a donc été entièrement et très joliment rénovée. En prévision d’une ouverture qui se fera finalement le 24 août, bien plus tard que dans les plans initiaux de Carole. René, de son côté, accompagnera à son rythme la transmission de son bel établissement nuiton.
C’est d’ailleurs un ancien second de la Gentilhommière, Aurélien Riandet, qui officie en cuisine, au sein d’une équipe de huit « louveteaux » blancs, majoritairement issus de la brigade des Pianetti. Au-delà de cette fidélité pleine d’enseignements sur l’esprit de la maison, il est évident que l’assiette sera fortement inspirée de la gastronomie du chef nuiton. « Avec un super chef pâtissier » tient à préciser Carole. Et que va proposer le Loup Blanc ? Une formule plat-dessert ou entrée-plat à 18 euros, un positionnement entre le bistrot et la brasserie, un respect du produit et du circuit-court, « une carte des vins à prix doux, 70 % seront entre 18 et 39 euros. »

> Rendez-vous le 24 août. Ouvert le midi, du lundi au vendredi, les jeudis et vendredis soir.


 

 CASA ANTONIO 
Tonio en sa galerie

La Casa Antonio et son chef « Tonio » © Isabelle Smolinski

Ici, Antonio c’est « le Tonio ». Il prend pied dans la galerie commerciale en 1987, à sa sortie d’apprentissage. Le Géant d’aujourd’hui était alors un Mammouth. Douze ans plus tard, il rachète l’affaire, une briocherie. Puis, en 2010, profitant de la rénovation de la galerie marchande de l’actuel Géant Casino, il crée Casa Antonio dans ce prometteur quartier Cap Suzon. Tonio fait vite le plein. Toujours aux affaires, un salut par ci, une tape par-là, le tutoiement facile et la main dans les pâtisseries : « Ici elles sont maison ! J’y tiens, c’est l’héritage de mon apprentissage. » Autant dire que le confinement, sans tous ces gens qu’il aime, a été pour lui un long moment de solitude. « J’ai fait un peu de vente à emporter, ça m’occupait l’esprit, mais ça ne représentait que 5 % de mon chiffre d’affaires ». Heureusement, la reprise ne s’est pas trop mal passée. Tonio a retrouvé le sourire. « Nos habitués sont revenus, il manque les personnels de la zone qui sont encore en télétravail, ce n’est pas l’euphorie mais le noyau dur est là. »
Le noyau dur ? Tous ceux, nombreux, qui apprécient le caractère populaire de la maison et se lâchent de temps en temps sur une paëlla. Tonio ne fait pas dans la grande cuisine, il cuisine pour les gens sans s’apitoyer sur son sort. Bientôt, la Casa Antonio va se parer d’un nouveau décor, « au style industriel ». Bar, vitrines, tout sera revu. « Mais on gardera notre raison d’être, un lieu convivial, familial, simple. » Ici, le chef d’entreprise côtoie le cadre et l’ouvrier. L’entrecôte et le plat du jour (« qui change vraiment chaque jour ! ») sont les mêmes pour tous. Tonio, Gaétan son fils, Damien et Mélanie, « des anciens apprentis de la Casa devenus employés », s’en portent garants.


 

 L’ATELIER 
10 ans déjà

L’Atelier, c’est déjà une ambiance. Tout, de la moto ancienne posée devant le bar au moindre matériau, rappelle les origines industrielles du lieu. Ce qui en fait le succès. On vient ici comme on va au boulot, mais c’est pour boulotter justement, par pour boulonner. Pizza et grillades sont les grands classiques de l’établissement qui chante le sud et plonge ses visiteurs dans un trip vintage des plus agréables.
Clément Parmentier promet en octobre une grande fête qui célèbrera les 10 ans (déjà !) de l’Atelier. « Pourvu que le Covid nous laisse tranquilles », ne peut cependant s’empêcher de prier le tôlier (pour une fois, on peut se permettre cette expression !), qui apprécie la sagesse de ses clients : « Adorables, ils ont joué le jeu, ont répondu présent, comprenant la nécessaire rigueur en termes d’hygiène et de distanciation. Ça se passe plutôt bien ! »
Durant le confinement, pas de plat à emporter, mais des travaux : « On a profité de ces temps d’inactivité pour donner des coups de peinture, préparer aussi une toute nouvelle terrasse dont le mobilier vient de nous être livré. On continue à investir. Il faut être positif, même si je ne peux pas cacher ma crainte d’un rebond de l’épidémie, nous avons la chance d’avoir beaucoup de place dans la salle de restaurant pour bien répondre aux recommandations sanitaires. » Cet été, l’Atelier compte bien tourner à plein régime. « Notre carte estivale est en place, prévient Clément. Venez à Cap Suzon ! ». Ce qui nous fait penser à cette célèbre chanson des sept nains. Comment c’était déjà ? Ah oui : « Heigh ho, je reviens du boulot, pour aller à l’Atelier, et bien me régaler ! » Ou quelque chose comme ça. 

 


 

 L’AQUEDUC 
Darcy sous nos pieds

Darcy est bien là, sous nos pieds. Son aqueduc qui relie Messigny-et-Vantoux au cœur de Dijon passe exactement par ici. D’où le nom de la rue de l’Aqueduc. D’où le nom de l’établissement créé par Henry Rapezzi. Fricoter avec l’histoire n’est pas sans risque. Quand les travaux ont commencé, la crainte de porter atteinte à ce mythique conduit souterrain a entrainé le restaurateur dans quelques batailles épiques : « J’ai quand même pu faire ma terrasse, mais en assumant toute responsabilité s’il arrivait quelque chose à l’aqueduc ! » L’homme s’est fait une spécialité des zones économiques, officiant déjà à Chevigny, Cap Nord et Marsannay. « Ce quartier, je le sentais en mutation », confirme le chef d’entreprise avisé, qui a ouvert ce restaurant-grill-pizzeria le 7 mai 2013, soit deux ans avant l’inauguration de la sortie 37 de la Lino et la naissance plus récente de Cap Suzon ! Bien joué, l’Aqueduc est dans le viseur du rond-point. Pratique et efficace le midi, le service se met aux petits soins des familles et des amateurs de pizzas à emporter le soir. Huit personnes y travaillent sous la direction d’Anthony Le Moro. Une sérénité évidemment rompue par le confinement.
« On a essayé d’anticiper la reprise avec la vente à emporter mais cela a été un bide complet », constate Henry Rapezzi. Le quartier Cap Suzon compte de nombreux salariés qui ont prolongé le télétravail. « On a retrouvé près de la moitié de notre chiffre d’affaires le midi et perdu 20 % le soir », constate finalement le restaurateur, qui a fermé l’Aqueduc le dimanche et le lundi avant de revenir à six jours d’ouverture. Ici comme ailleurs, face à la crise, tout se canalise. Darcy ne dirait pas le contraire.

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