Dijon Beaune Mag
La Cité de la gastronomie et du vin de Dijon décrypte l’histoire et l’avenir de notre alimentation dans une nouvelle exposition, à découvrir jusqu’au 28 mars 2027.

Depuis ce mardi 9 juin, la Cité de la gastronomie de Dijon accueille une toute nouvelle exposition temporaire intitulée « (R)évolutions dans l’assiette ». Prévue pour durer jusqu’au 28 mars 2027, cet espace propose aux visiteurs une traversée temporelle inédite, décortiquant les mutations de nos habitudes alimentaires, de la maîtrise du feu au monde de demain.
Lors du lancement de cette expo, l’adjoint au maire de Dijon en charge des finances et de la Cité François Deseille a tenu à défendre la Cité projet face aux critiques : « Quand on entend les oiseaux de mauvais augure murmurer que la Cité ne marche pas, nous répondons avec un chiffre : 180.000 visiteurs sur une année. Cela fait de nous le troisième pôle culturel de Côte-d’Or après seulement quatre ans d’existence. »
Christine Martin, adjointe à la culture, met en avant la profondeur sociologique de cette expo : « Ce que nous mettons dans nos assiettes dit quelque chose des valeurs et des priorités de notre rapport au vivant et au monde », glisse-t-elle sous l’œil du conseiller municipal délégué au patrimoine gastronomique Florent Colombo et de Takashi Kinoshita, chef des Murisaltiens à Meursault et ambassadeur de la marque Savoir-faire 100% Côte-d’Or.

L’exposition propose douze repas reconstitués. Douze menus qui symbolisent chacun une rupture ou une innovation majeure dans l’histoire. Le voyage commence il y a 400.000 ans, au Paléolithique, où la simple pierre chaude faisait office d’ustensile tout-en-un grâce à la domestication du feu. Il traverse ensuite la révolution du Néolithique, marquée par la domestication du vivant et la découverte de la fermentation, qui donnera naissance au pain, au fromage et à la bière.
Katell Le Cars, chargée d’exposition, souligne : « Nous nous plaçons dans chaque époque pour voir quel mets, quelle technique ou quelle manière de manger a été innovant. » Les visiteurs progressent ainsi à travers les siècles jusqu’aux années 1990, décennie où la cuisine se fait « spectaculaire, sensorielle et scientifique », à l’image du célèbre plat Sound of the Sea du chef britannique Heston Blumenthal, qui associe textures marines, odeur et bande-son de la mer.
L’exposition ne se contente pas de regarder le passé ; elle interroge nos urgences contemporaines, comme l’alimentation-santé adaptée au vieillissement de la population ou encore la conquête spatiale. Les curieux peuvent ainsi découvrir la vie à bord d’un vol vers Mars où la spiruline devient le super-aliment incontournable.

Pour imaginer l’alimentation dans 50 ou 100 ans, la Cité de la gastronomie a donné carte blanche aux étudiants de l’École nationale supérieure d’art et de design de Dijon (Ensa). Encadrés par leurs professeurs, ces jeunes artistes ont imaginé quatre projets, oscillant entre humour et dystopie, comme ce concept autour de « gélules du souvenir », un futur dystopique où l’humanité tente de recréer la mémoire olfactive et sociale des repas d’autrefois, comme le poulet rôti ou la tarte aux pommes.
Amel Nafti, directrice de l’école, se réjouit de cette confrontation avec le réel : « Nos étudiants ont investi ce repas du futur avec beaucoup d’humour. Sinon, cela faisait un petit peu peur. C’est une opportunité merveilleuse de pouvoir travailler dans un cadre professionnel et d’offrir une sensibilité particulière. »
Pour porter un tel projet, l’exposition s’est entourée de figures de la gastronomie française. Johanna Le Pape, championne du monde des arts sucrés et marraine de l’événement, y voit le reflet d’une « transition sociétale profonde. Pour la première fois dans l’histoire, nous ne mangeons plus seulement en fonction de ce qui est disponible, mais de plus en plus en fonction de nos valeurs, de nos convictions et de nos besoins. La cuisine de demain ne sera pas unique, elle sera plurielle, personnalisée et consciente. »

À ses côtés, le chef doublement étoilé Jean-Paul Jeunet, parrain de l’exposition, rappelle l’importance de comprendre les mécanismes de l’évolution culinaire. Pour lui, le rôle du cuisinier reste central mais doit constamment s’adapter : « Tout au long de ma vie professionnelle, deux questions m’ont guidé : pourquoi et comment. Pourquoi faire ainsi, et comment faire autrement ? Ce questionnement constant est au cœur même de l’innovation culinaire. »
📍 Cité de la gastronomie et du vin : parvis de l’Unesco à Dijon
📅 Pôle culturel ouvert du lundi au dimanche, de 9h30 à 19h30 (du 1er mai au 30 septembre)
💶 6,50 euros par adulte, tarif réduit à 4,50 euros