Face aux Prussiens et aux Badois, le 30 octobre 1870, les riverains de la rue Jeannin construisent une barricade de fortune qui contribuera à sauver Dijon des flammes et lui donnera la Légion d’honneur. Un tableau d’Édouard Paupion en témoigne au musée de la Vie bourguignonne. L’historien Michel Bonnot sait tout de lui.

La guerre franco-prussienne a bien mal commencé. Jusqu’au bout, 1870 sera une année de tourments. L’est de la France est sous invasion germanique. Paris se sent menacé. Gambetta relève le défi improbable de la résistance. Commence alors la guerre des partisans, portée par des francs-tireurs qui se joignent aux Garibaldiens italiens. Avec les troupes régulières, ça passe tant bien que mal. La bataille du 30 octobre sera l’expression de ces atermoiements conflictuels.

Braves Dijonnais !

Dijon est au cœur de l’enjeu. L’armée badoise, avant-garde de l’armée prussienne, s’active sur le champ de bataille. Montmusard et les faubourgs de la ville s’embrasent. Rue Jeannin, point stratégique de la pièce dramatique qui se joue, on dresse une barricade avec tout ce que l’on trouve sous la main : du bois, des meubles, des charrettes, des pierres, des pavés…

Rappelé manu militari au front par le maire et le préfet, le général Fauconnet laisse sa peau au combat. Son engagement et le comportement héroïque de la résistance improvisée en centre-ville contribuent malgré tout à changer un peu le cours de l’histoire. Sans cette lutte qui durera de l’aube à l’aurore, l’ennemi n’aurait peut-être pas accepté les conditions d’un drapeau blanc et aurait soldé les comptes en mettant le feu à Dijon. La cité leur doit la vie. 

La scène de la rue Jeannin est représentée en grand format par le peintre dijonnais Édouard Paupion. Dans une production allégorique, qui doit sa présence au musée de la Vie bourguignonne à la ténacité d’un homme, Michel Bonnot, et un peu au hasard. Cet ancien militaire, décoré de la Légion d’honneur, collectionneur de médailles (on appelle ça un phalériste), voue une passion sans borne pour l’époque. Grâce à lui, le musée dijonnais a pu récupérer le tableau de Paupion chez l’un des descendants du peintre, alors qu’il était accroché dans une chambre, au-dessus d’un lit.

Place du 30-Octobre

La lecture que l’historien en fait est passionnante. Pointant chaque détail de la scène, Michel Bonnot s’étonne de ne pas voir les toits brûler ; rend hommage aux lieutenants Calamy et Aubine, blessés au combat ; salue la dignité quasi militante et militaire de Marie Bertault ; déplore la riposte qui mit fin à la vie de monsieur Fiet ; s’attarde sur le chapeau à plumes de Jean-Jacques Cornut. Ces personnages, peints dans les années qui ont suivi l’épisode du 30 octobre, sont disposés selon une organisation aussi dramatique que théâtrale. Ils n’ont aucun secret pour lui.
Résistants, francs-tireurs et autres volontaires de la rue Jeannin inspirent toujours le respect. Une association du nom de « Jeannin, Jeannine » chercherait ainsi à financer la création d’une œuvre commémorative avant-gardiste, qui célèbrerait le courage et l’abnégation des habitants de la rue à cette époque. Ces braves Dijonnais ne peuvent pas avoir lutté pour rien. Sans eux, Dijon aurait pu finir dans les flammes.

La statue monumentale de Paul Cabet règne désormais sur la place rebaptisée depuis peu place du 30 octobre et de la Légion d’honneur. Nous parlons d’une reconstitution de statue en réalité, mais cela est une autre histoire. Le monument recouvre les quelques centaines personnes mortes dans la bataille, qui alimentent les vers sous le macadam dijonnais. Et qui, le 19 mai 1899, justifient la publication d’un décret attribuant à Dijon la Légion d’honneur.
Vice-président du comité dijonnais de la Société des membres de la Légion d’honneur qui célèbre son centenaire, Michel Bonnot met ses talents d’orateurs au service de la mémoire. Le 30 octobre 2021, justement, il sera au musée de la Vie bourguignonne pour tenir une conférence sur la résistance des francs-tireurs dijonnais rue Jeannin. Et plus personne ne verra le tableau de Paupion comme avant.

> Samedi 30 octobre à 10 h 30 au musée de la Vie bourguignonne, rue Sainte-Anne à Dijon, conférence de Michel Bonnot sur « La résistance des francs-tireurs dijonnais sur la barricade de la rue Jeannin le 30 octobre 1870 ».

Frères de misère
Les membres de la Légion d’honneur sont réunis en société depuis cent ans. Pour célébrer cet anniversaire, leur section de Côte-d’Or a organisé un prix littéraire autour du thème de la fraternité.
Le lauréat en est l’historien
Jean-Pierre Marandin, pour son ouvrage Frères de misère paru chez Sekoya, une maison d’édition de Besançon. L’histoire est aussi poignante que dramatiquement authentique. Au cours des mois de novembre et décembre 1943, six collégiens, un surveillant et leur directeur, tous résistants, sont arrêtés à l’Institut protestant de Glay (Doubs).
Méthodiquement, l’auteur pose dans son ouvrage les éléments qui nous aident à comprendre d’où viennent ces héros malgré eux et qui, pour la plupart, mourront sur le champ de bataille de l’infamie. L’entraide entre déportés derrière les barbelés, le lien d’amitié indestructible entre frères de misère, les échanges épistolaires entre les revenants des camps et les proches des disparus, le témoignage constant de Pierre Rolinet qui raconte sa survie dans un camp de concentration nazi… Ce livre d’histoire aéré et bien édité est un thriller estampillé par la vérité.
Bientôt centenaire, Pierre Rolinet est toujours de ce monde. Sa vie extraordinaire aura moins été mise en perspective par ce livre témoin. L’institut de Glay, telle est notre époque, ne pèse pourtant que deux ou trois lignes dans Wikipédia. Grace à Frères de misère, il n’est plus un « détail » de l’histoire.

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