Santé. La Fondation Clément-Drevon cherche de nouveaux mécènes

Centenaire, historiquement (r)attachée à Dijon mais tournée vers une recherche sans frontières, la Fondation Clément-Drevon accompagne des travaux aussi actuels que l’IA appliquée aux troubles de la marche de l’enfant ou l’impact des fumées d’incendies sur les nouveau-nés. Pour poursuivre son essor, elle cherche aujourd’hui de nouveaux partenaires et mécènes, entreprises et particuliers. 

Philippe Winter, président de la Fondation Clément-Drevon, Anne Luton-de Haut de Sigy, administratrice, Mathieu Poinsot, délégué général et Maurice Giroud, président du Comité de sélection et de suivi des appels à projets de la Fondation (Cossap). ©Arnaud Morel/DBM

Il y a des recherches dont l’intérêt se mesure à l’épaisseur des publications scientifiques. Et celles dont on comprend vite ce qu’elles pourraient changer dans une vie : un enfant dont les troubles de la marche pourraient être diagnostiqués plus rapidement grâce à l’IA. Une future maman dont l’exposition aux fumées d’un incendie pourrait, demain, être mieux prise en compte par les médecins. Un jeune chercheur qui part se former à Genève, Oxford, Montréal ou Stanford avant de revenir exercer à Dijon. 

C’est dans cet espace, entre excellence scientifique et bénéfice très concret pour les patients, que la Fondation Clément-Drevon a choisi d’inscrire son action depuis Dijon.

Une fondation généraliste

« Nous voulons orienter la recherche vers les attentes du public mais aussi vers celles des chercheurs », résume le professeur Maurice Giroud, ancien doyen de la faculté de médecine de Dijon et président du Comité de sélection et de suivi des appels à projets de la Fondation (Cossap).

La palette des projets est volontairement large. Innovation technologique, intelligence artificielle au service de la santé, prévention du handicap, nutrition, bien vieillir, santé environnementale ou accès aux soins : huit thématiques dessinent une fondation généraliste, qui entend saisir les grandes mutations sanitaires. 

Parmi les projets soutenus, celui de Nawale Hadouiri illustre particulièrement cette volonté de faire passer la recherche du laboratoire au bénéfice du patient. 

Médecin en médecine physique et de réadaptation, elle a bénéficié d’un soutien de la Fondation pour effectuer une mobilité à Genève, au sein d’une équipe de référence dans le diagnostic des troubles de la marche de l’enfant par intelligence artificielle. L’objectif est de nourrir l’IA avec des données cliniques afin de détecter très précocement et en quelques heures des anomalies de la marche et d’en identifier les causes.

Un essai est actuellement mené auprès de 60 enfants – 30 présentant un trouble de la marche et 30 témoins. Revenue à Dijon, la chercheuse doit présenter ses premiers résultats à la fin de l’année. 

1 million d’euros investis depuis 2023

Pour la Fondation, l’enjeu est aussi « d’aider ces talents à revenir, de sorte à fidéliser l’excellence scientifique à Dijon », explique Maurice Giroud.

Autre urgence contemporaine : les conséquences sanitaires des incendies géants. Une chercheuse travaille à Montréal sur une base de 1,3 million de dossiers de nouveau-nés québécois, issus de populations exposées aux fumées des gigantesques feux de forêt qui frappent régulièrement la « belle province ». Elle cherche notamment à déterminer si cette pollution peut affecter le déroulement des grossesses, accroître les risques de retard de croissance ou favoriser les naissances prématurées.

La demande, en tout cas, est là. Lors de l’appel à projets 2026, la Fondation a reçu 22 projets représentant 2,2 millions d’euros de demandes. Neuf ont finalement été retenus, pour 300 000 euros. 

Depuis 2023, 36 projets ont été sélectionnés et suivis, pour près d’un million d’euros investis par la Fondation. Et l’ambition est désormais d’augmenter progressivement sa capacité d’intervention, avec un objectif de 500 000 euros de financement annuel.

En lien avec la RSE des entreprises

C’est ici que commence le nouveau chapitre de l’histoire. La générosité fondatrice de Bernarde Drevon (lire encadré ci-dessous), ne peut suffire éternellement. « Dijon Métropole nous apporte un soutien financier bienvenu, mais on ne peut pas financer indéfiniment sur notre capital », confirme Philippe Winter, son président. 

La Fondation cherche donc des entreprises mécènes en BFC. Elle souhaite également s’adresser au grand public et promouvoir l’excellence de la recherche sur le territoire. Une campagne d’affichage témoignera, durant l’automne, de cette volonté.

L’appel de la fondation dépasse largement le cercle des industriels de la santé. Données médicales, intelligence artificielle, vieillissement, environnement, nutrition, innovation technologique : « Les thèmes soutenus offrent de nombreux points de rencontre avec les politiques RSE des entreprises, qui ne sont d’ailleurs pas nécessairement dans le domaine de la santé », souligne Philippe Winter.

L’autre particularité de la Fondation est sa taille. Un seul salarié, le délégué général Mathieu Poinsot, travaille aux côtés d’une vingtaine de bénévoles, dont plusieurs membres des familles fondatrices. 

Le conseil d’administration et les comités apportent leurs compétences, tandis qu’un réseau d’experts scientifiques évalue les projets. Chaque dossier fait l’objet de plusieurs expertises et le Cossap assure ensuite le contrôle scientifique et financier. « Nous voulons que chaque euro soit bien investi dans la recherche », insiste Maurice Giroud.

Élargir le cercle des donateurs

Seule Fondation Reconnue d’Utilité Publique (FRUP) à vocation médicale en Bourgogne-Franche-Comté, la Fondation est à un moment charnière. Son modèle a fait ses preuves, les candidatures se multiplient et les projets soutenus produisent leurs premiers résultats. Mais pour passer de 300 000 à 500 000 euros d’intervention annuelle, elle doit désormais élargir son cercle de donateurs.

Pour Anne Luton-de Haut de Sigy, cette évolution est un retour aux sources : « L’objectif de la famille a toujours été que l’argent soit réellement utile à la santé du plus grand nombre, avec un ancrage marqué en Bourgogne-Franche-Comté. »

Plus d’un siècle après, la Fondation Clément-Drevon propose ainsi aux entreprises comme aux particuliers une manière très concrète de donner du sens à leur contribution : financer aujourd’hui une recherche dont le véritable rendement se mesure demain, dans la qualité des soins et la vie des patients.

Fondation Clément-Drevon, depuis plus de 110 ans

L’histoire de la Fondation Clément-Drevon remonte à Dijon en 1913, lorsque Bernarde Drevon, veuve de Pierre Clément, s’associe au docteur Théophile Domec, pionnier de la chirurgie de la cataracte, pour créer un centre de soins et une fondation. Dès l’origine, l’idée est de rapprocher progrès médical et accès aux soins, notamment pour les plus démunis. La famille, aujourd’hui représentée par plusieurs membres dont Anne Luton-de Haut de Sigy, poursuit ensuite son engagement pendant plus d’un siècle. En 2007, la Fondation se sépare de la clinique Drevon, devenue trop importante pour être gérée directement. Plusieurs années sont alors consacrées à la définition d’un nouveau projet centré sur la recherche, à la refonte de la gouvernance et à la création de comités scientifiques et financiers. Les premiers appels à projets de cette nouvelle ère sont lancés en 2023. La Fondation Clément-Drevon est la seule Fondation Reconnue d’Utilité Publique (FRUP) à vocation médicale en Bourgogne-Franche-Comté.

Fondation Clément-Drevon
4 cours Général de Gaulle à Dijon
03 80 11 24 29 – clementdrevonfondation.org [email protected]