Sodiver, miroir mon beau miroir

Matthieu Gauthier ne sait pas ce que lui réserve 2040 quand il se rase devant le miroir. Conjugué au tout numérique, propulsé dans les constructions de demain, le verre et son nouveau destin donnent quand même au patron de Sodiver de bonnes raisons d’être optimiste.

Par Alexis Cappellaro
Pour Dijon-Beaune Mag #70
Photo : Christophe Remondière

Il maîtrise l’art des fondamentaux. En préambule, Matthieu Gauthier aime à rappeler que son matériau de prédilection n’est rien d’autre que « de l’eau et du sable, dont les premières fabrications remontent à la Préhistoire ». L’enjeu, pour 2040, est donc moins l’utilisation même de ces ressources que les énergies mobilisées pour les transformer. « La recherche et développement liée au verre est très axée sur l’optimisation des processus de fabrication », certifie le dirigeant, naturellement attentif aux mutations de son univers. Aussi a-t-il participé récemment à une visite du pole innovation de Saint Gobain, géant français de la fabrication de matériau.

Marché volatile

Il en a tiré quelques enseignements, découvrant des produits « essentiellement hors du marché de masse », à la pointe de la technologie : écrans LCD intégrés aux crédences, vitrages actifs intégrant des panneaux solaires transparents, et aussi des vitrages chauffants « supprimant l’effet de paroi froide sur toute la surface du verre »… Le matériau est plus docile qu’il n’y paraît.
« Il serait même question, dans les années à venir, d’un verre composite pour smartphone qui, même brisé en morceaux, se reconstruirait tout seul. » Tout cela est prometteur, dans un marché « volatile » et difficile à cerner. « Le verre extra clair développé pour la pyramide du Louvre était une technologie exceptionnelle ; il est devenu un produit tout à fait commun aujourd’hui », en veut pour preuve Matthieu Gauthier qui aime, encore une fois, appréhender son métier avec pragmatisme.
Pas toujours, pourrait dire Madame, qui l’a dissuadé d’en utiliser à foison dans la maison qu’ils font construire… « même si, plaisante le coupable, j’aurais bien aimé en mettre un peu partout ».
Le bon dosage favorise en toute circonstance une utilisation optimale. Ainsi, via l’impression numérique en premier lieu, Sodiver se positionne sur ces secteurs émergeants, sans se départir des « bonnes vieilles recettes » dans le sablage et le façonnage de ces immenses plaques de verre (6 m x 3,21 m). L’entreprise dijonnaise sait traiter des demandes très pointues, comme celle d’un restaurateur d’œuvres d’art pour le musée d’Orsay. Après étude, lui sera administré un verre feuilleté antireflet deux faces, doté d’un filtre PVB préservant les nuances de couleurs.

Question de transmission

Proximité et souplesse sont les atouts de Sodiver, dont la clientèle est constitué à 40 % de particuliers. L’autre partie (magasins et galeries commerciales essentiellement) représente mine de rien 1 200 clients actifs, sur une zone de chalandise couvrant toute la grande région. Avec 25 personnes sous sa direction, Matthieu Gauthier assume tout cela sur de saines bases posées par ses aïeux.
Et considère que l’autre grand enjeu de 2040 sera surtout « la transmission des compétences et, plus important encore, la capacité à les garder ». Dans ses 3 000m2 d’ateliers, Sodiver compte beaucoup de professionnels expérimentés – « 25 ou 30 ans de boite, qui m’ont vus traîner petit dans l’atelier » – dont la fibre tutélaire est vitale. Sodiver recrute le plus souvent des jeunes venant de l’École nationale du verre à Yzeure. Et d’autres devant suivre « l’école de la vie, en apprenant sur le tas à gérer des machines par ailleurs lourdes à amortir, qu’il faut actualiser en moyenne tous les 8 ans pour veiller à notre productivité. » La dimension humaine est donc au cœur du propos.

Norme RT2020

Avec un chiffre d’affaires de trois millions d’euros lors du dernier exercice, « ce qui n’était plus arrivé depuis un petit moment », Sodiver est sur une pente plutôt ascendante. La norme RT2020, qui définit de nouveaux standards de construction, devrait aider. Elle prévoit notamment que toute construction neuve après 2020 devra produire plus d’énergie qu’elle n’en consomme. Dans cette configuration, le verre a toutes les raisons d’être l’invité d’honneur de nos chaumières. « C’est une matière noble, assez inerte, simple d’entretien, qui favorise un apport de lumière et d’espace. Les nouvelles technologies sont en train de le rendre de plus en plus vivant et intelligent », observe sagement le représentant de la sixième génération de Gauthier, à l’origine doreurs-encadreurs à Dijon au milieu du XIXe siècle. Dans la famille, on sait sans doute qu’avant de faire miroiter un brillant avenir à chacun, il convient, en bon artisan, de maîtriser les fondamentaux.

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