Ouvert aux musiques du monde, le 21e Tribu Festival à Dijon (28 septembre – 4 octobre) passe entre les mailles du Covid-19. Son maintien n’a pas défraichi la portée culturelle de l’événement ni entamé la conviction de Zutique Productions et son directeur Fred Ménard.

Dans le respect des consignes, l’association Zutique Productions reçoit par téléphone pour évoquer le destin du Tribu Festival. Pas facile de promouvoir, et encore moins d’organiser, un tel rendez-vous urbain dédié aux musiques du monde. « Tribu Festival est un événement convivial et chaleureux qui garde, nous l’espérons, toutes ses chances d’être maintenu », annonce-t-on prudemment par voie de presse. Le festival est prévu sur une semaine, du 28 septembre au 4 octobre, dans divers lieux de Dijon et de son agglomération.

Ce devrait être, si tout se passe bien, le premier grand événement musical de la rentrée à Dijon, hormis un rendez-vous à l’étude par la Ville, la fête de la musique et le concert de rentrée (devenu Lalalib) ayant été chamboulés par la crise sanitaire. « Nous avançons à petits pas mais nous avons tenu à faire quelque chose », soutient Fred Ménard, l’inévitable cofondateur de l’association parente d’une quinzaine de manifestations, toujours dans une démarche sociale et culturelle. Certaines ont déjà été annulées, comme Grésilles en Fête ou Beuvray Festival avec les archéologues sur le Mont Beuvray. Les actions culturelles dans le quartier des Grésilles où l’association est implantée sont, quant à elles, « en stand by ».

Olaïtan lors du Tribu Festival 2019 à Dijon
Lors du Tribu Festival 2019, Olaïtan, une fanfare vaudou venue du Bénin, avait électrisé le village du Port du canal à Dijon. À chaque édition, les premières partie au village sont gratuites. Pour 2020, il faudra se réorganiser pour recevoir le public. © BRETZEL FILM

Vigipirate puis Covid-19

La manifestation, qui brasse de 5 000 à 7 000 spectateurs moyennant un budget de 200 000 euros, a du revoir ses plans. Aux mesures de sécurité s’ajoutent les mesures sanitaires. « Nous avons connu le plan Vigipirate suite au dramatique attentat du Bataclan. Cette nouvelle contrainte sanitaire sera un paramètre drastique », concède Fred, qui entend relever le défi même s’il avoue naviguer à vue.

L’organisation de Tribu Festival mobilise à elle seule une centaine de personnes à protéger : permanents, techniciens, bénévoles et les artistes invités locaux et internationaux. Les précédentes éditions avaient, par exemple, invité des pointures comme Jeanne Added (à La Vapeur en 2018) ou le rappeur sorcier congolais Baloji. Le subjuguant Melingo, pressenti en vedette latino, a quant à lui dû annuler sa tournée européenne. Qu’en sera-t-il dans moins de quatre mois ? « Quelques événements sont calés, sur lesquels nous ne communiquons pas encore », glisse-t-on du côte de Zutique, qui a cet autre impératif de baisser les coûts de production.

La Vapeur divisée… par 12

Côté technique, le cadre est déjà posé. La distanciation sociale préconisée en salle réduit la voilure à un spectateur pour 4 m2. Autant dire peau de chagrin. Les 1 200 places de La Vapeur devront ainsi être divisées… par 12. Pragmatique, l’organisateur en chef n’envisage pas de grandes soirées de trois ou quatre groupes comme à l’accoutumée mais plutôt des mono plateaux. C’est-à-dire un seul groupe par soirée, pour éviter que le public ne se télescope lors des balances. Sinon, port du masque et nettoyage des salles après concert.

Une autre inconnue plane : celle du public, bien sûr. « Osera-t-il s’aventurer ? », s’interroge Frédéric Ménard tout en reconnaissant, à la vue des rues qui reprennent vie, que « les gens ont envie de musique et d’être ensemble pour passer cette épreuve ». En dernier ressort, un plan B prévoit d’investir les jardins publics avec de petites formations. Pourvu que les musiques du monde rythment nos longues soirées de retrouvailles.

Eric Perruchot


Festival en haut Morvan et Maison éclusière
C’est peu dire que Zutique Productions prépare l’après-Covid ! Suite à l’appel à projets lancé par VNF en mai 2019 pour redonner vie aux maisons éclusières, l’association s’active le long du canal de Bourgogne : entre le lac Kir et Plombières-lès-Dijon, la maison éclusière n° 51S qui lui échoie est appelée à devenir lieu de résidence d’artistes, avec restaurant et brasserie, tout en développant une thématique autour du dérèglement climatique et la biodiversité. Impliquée également dans le programme de développement « Villages du Futur » porté par le Pays Nivernais Morvan, l’asso dirigée par Fred Ménard planche sur un projet de festival en Haut-Morvan, comme terre d’expérimentation en territoire rural. 

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