Comment rendre compte de la déflagration intime que nous avons tous ressentie lors du premier confinement Covid ? Un collectif de photographes a eu l’idée de documenter, quotidiennement, son confinement en photo. Un livre collecte ces images, « Au temps du coronavirus ».

ELIOTT SUR LA PLAGE (CLONAKILTY, Irlande) © Sebastien Revon

Tout le monde se souvient d’émotions fortes lors des jours inauguraux du premier confinement. Des rues désertes en ville, une torpeur de dimanche d’août, tous les jours. Ces instants, nous sommes nombreux à avoir essayé de les enregistrer photographiquement. Mais comment rendre compte du vide ? Collectionner des images de rues sans vie, des images d’absence, trouve vite sa limite. C’est dans le collectif, et dans l’émulation que la fine équipe de l’atelier photo associatif de Daix a déniché sa réponse. « Chacun m’envoyait ses images quotidiennement, j’en recevais une dizaine, que je renvoyais à tous. Cet échange nous a permis d’éviter trop de redondance, de ne pas trop tourner en rond photographiquement », note Jacques Revon, le chef d’orchestre de l’atelier. L’ancien journaliste et auteur joue le passeur d’images. Les clichés de chacun nourrissent ceux des autres.

Le confinement en photo

L’ENFER CE NEST PAS LES AUTRES (Daix) © Richard Rebibou

Ce travail quotidien, réalisé entre le 16 mars 2020 et le 2 septembre 2020, associe 26 photographes. Les 15 membres de l’atelier photo de Daix, et des proches, vivant à Paris, à Lyon, en Saône-et-Loire, mais aussi en Australie et en Irlande. Chacun photographie avec assiduité. À la maison, dans son appartement, à la campagne, en banlieue, en promenade. L’acte photographique prend presque valeur de prophylaxie anti-stress. « Notre groupe de photographes est presque à parité homme femme, avec des membres qui ont de 15 à 77 ans », précise Jacques Revon. L’atelier appartient à l’APCSD (Association Post Culturelle Scolaire de Daix).

1600 clichés sont réalisés, 390 sont sélectionnés pour figurer dans un ouvrage, disponible aux éditions de l’Harmattan : « Au temps du Coronavirus ». Et c’est peu dire que celui-ci évoque des souvenirs. La solidarité avec les soignants, les petites révoltes contre l’absurdité du quotidien confiné, l’importance prise par quelques gestes ou détails anodins, les nerfs à fleur de peau. Souvenez-vous, c’était l’époque où votre magazine DBM remerciait nos héros ordinaires.

DIJON CONFINEMENT CUBIQUE © Gilles Zongaro

Pour donner un contrepoint poétique à ce voyage graphique étonnant, Sébastien Revon – le fils de Jacques, pharmacien en Irlande – a rédigé 45 haïkus, ces micro-poèmes d’origine japonaise, qui parsèment les 220 pages de l’ouvrage. « Nous avons, je crois, voulu témoigner de ces instants uniques, autant pour nous-même que pour les générations futures. Pour qu’elles voient et comprennent cet événement inouï qu’a été le confinement » philosophe Jacques. Le livre, de son côté, connaît un vrai petit succès au point que les 200 exemplaires originaux sont quasi épuisés. Il est en phase de réimpression. C’est toujours bon signe.

Au temps du Coronavirus, Un collectif de photographes témoin de la vie quotidienne. Édition L’Harmattan. 220 pages 15,5 x 24 cm. 30 € en édition papier, 24 € en version numérique.

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