Malgré la crise, peu d’audiences sont sollicitées auprès du tribunal de commerce de Dijon. Selon le mandataire judiciaire Véronique Thiebaut, c’est le calme avant la tempête. Les chefs d’entreprise doivent anticiper les solutions à l’amiable. Sinon, gare à la rentrée…

Par Dominique Bruillot

La mission première des mandataires et administrateurs judiciaires est d’assister ou surveiller une entreprise en difficulté, dans le cadre d’une mission de sauvegarde ou d’un redressement. Si cette mission échoue, la liquidation est malheureusement l’issue programmée de la procédure. À Dijon, quatre études gèrent environ 500 dossiers en temps normal. Véronique Thiebaut est à la tête de l’une d’elles, au diapason du confinement : « Nous sommes tous en télétravail, j’ai fermé les bureaux le 16 mars. Notre café du matin, on le boit tous ensemble avec Zoom à l’écran. »

De son côté, le tribunal de commerce fonctionne à la demande. « Pour l’instant, c’est le grand calme. Les entreprises qui étaient déjà en difficulté avant, nous les connaissons, les autres se préoccupent d’abord de la sécurité des salariés, avec un lot désormais connu de questions : comment je ferme, comment déclencher les aides et les reports de charges, comment obtenir un PGE, etc. »

On repousse les problèmes

Véronique Thiebaut ©D.R.

Le calme avant la tempête ? Fin de semaine dernière, seules deux audiences avaient été tenues en visioconférence. « Sur avril, il fallait avoir la trésorerie pour avancer. Ça passe… ou pas. Le problème sera à la reprise, si les fournisseurs, eux-mêmes en délicatesse, exigent des paiements rapides, il y aura un effet cascade. » Véronique Thiebaut tire alors la sonnette d’alarme : « Je crains, comme toujours, que les gens, par peur des procédures, réagiront trop tard. Les procédures à l’amiable sont pourtant préconisées. Elles sont de la compétence du tribunal, qui permet de solliciter des moratoires de façon confidentielle ».

« Le fait de décaler les charges ne fait qu’augmenter la dette d’activités fragilisées par le confinement. Si l’État ne décide pas de les annuler, cela va être très compliqué. »

Tout, dans le contexte actuel, démontre que nous risquons de repousser seulement les problèmes. De reculer pour mieux sauter. « Le fait de décaler les charges ne fait qu’augmenter la dette d’activités fragilisées par le confinement. Si l’État ne décide pas d’annuler ces charges, cela va être très compliqué », s’inquiète la mandataire, qui admet que le redressement « a une certaine brutalité apparente, mais il autorise au moins d’envisager la poursuite d’activité ». Et dire que 2020 n’avait pas trop mal commencé …

Ne rien faire, c’est pire

La règle à appliquer, en résumé, est tout sauf le silence. Les entreprises sont entourées de conseils, elles peuvent être accompagnées tant qu’elles ne sont pas totalement détruites par l’incendie qui les ronge. Après, il est trop tard. « N’attendez pas, prenez les devants ! Beaucoup trop de TPE et d’artisans n’ont pas d’équipe autour d’eux, ils se sentent démunis, mais ne doivent pas craindre d’aller voir le président du tribunal. Leur pire ennemi, c’est ne rien faire. » Avec un effet supplémentaire à redouter face au déni des situations de grande fragilité : « La rentrée de septembre sera terrible. »

Les procédures ont mauvaise presse, rien de neuf à l’horizon. « Mais nous sommes dans une situation inédite, dans laquelle il faut plus que jamais anticiper, poursuit Véronique Thiebaut. Du jour au lendemain, il a fallu fermer, avec des perspectives de reprise incertaines et improvisées. » L’été sera celui de tous les dangers. Moins on sort, moins on a envie de sortir, c’est connu. Les contraintes sanitaires n’aideront pas au retour immédiat des secteurs les plus touchés comme le tourisme, les CHR et l’événementiel. « Les gens n’auront pas forcément envie de se balader, je crains qu’il y ait deux mondes qui s’affrontent ». L’anticipation des insolvabilités sera donc bien la seule façon de limiter les dégâts.


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