Village cosmopolite au cœur républicain de tradition, centre du négoce, Nuits-Saint-Georges est un des fleurons de la Côte de Nuits. Dans un contexte économique fragile, l’enjeu des vins de Nuits sera d’arriver à se repositionner et sortir au grand jour. La rencontre avec les viticulteurs des domaines, des maisons de négoce et les néo-vignerons, dont 38 seront présents lors du salon des 7 et 8 mars, offrira l’opportunité d’apprécier les jeunes millésimes.

Par Charlotte Félix
Pour DBM80

Les vins de Nuits, des Hautes-Côtes et les villages (Prémeaux, Comblanchien et Corgoloin) sont réputés pour leur corps et leur capacité à s’épanoui. Il était coutume de les laisser vieillir quelques années. Seulement, dans notre monde, de moins en moins de particuliers stockent et font vieillir du vin dans les meilleures conditions, faute de cave, très souvent. On achète donc du vin à consommer dans la soirée, sinon dans l’année. Exit les vins de garde !

Nuits au firmament

Plébiscité par Jules Verne dans son roman Autour de la Lune en 1869, starisé par la mission lunaire Apollo 15 en 1971, Nuits-Saint-Georges est également connu pour la Confrérie des Chevaliers du Tastevin créée en 1934 dans son « Caveau nuiton ». Une notoriété construite et non définie intrinsèquement qui va lustrer l’image des vins de Nuits-Saint-Georges. En 1936, Henri Gouges, véritable chantre de l’appellation, en devenant un proche collaborateur du baron Pierre Le Roy de Boiseaumarié qui créa et présida l’Inao (1947-1967), a fait reconnaître ses crus en appellation d’origine contrôlée (AOC). Un premier pas de reconnaissance lié à ses terroirs, la pierre angulaire de sa véritable identité. D’aucuns diront que Les Saint-Georges, dont il était propriétaire de parcelles, aurait mérité d’être classé en grand cru, mais il avait manifestement une vision plus démocratique de ses intérêts en accueillant dans l’appellation le village de Prémeaux-Prissey ; le climat des Saint-Georges est donc resté en premier cru comme d’autres « têtes de cuvées ». 

Terroir composite

Exposé au Levant, le paysage viticole nuiton, entre plaine et coteau, est constitué de la trilogie des grands crus (calcaires, marnes et chailles). Il révèle une identité aromatique variée et complexe de ses vins. Son encépagement en pinot noir s’étend majoritairement sur 297 ha. Le chardonnay et le pinot blanc s’expriment avec plus de discrétion sur environ 10 ha. L’amateur œnophile pourra donc apprécier 41 premiers crus dont Les Damodes situés près de Vosne-Romanée, Les Saints-Georges sur la commune de Nuits, et Les Terres Blanches sur Prémeaux-Prissey, pour les plus fameux de chaque secteur de l’appellation. Une robe intense et un côté ferme et charnu permettent aux rouges les plus structurés comme aux blancs les plus tendus dans leur jeunesse de gagner en rondeur et en amplitude avec les années. Les terroirs sont donc à redécouvrir sur de nouveaux critères d’appréciations. Les Nuits dévoilent leur fraicheur et leur vivacité !    

Salon des vignerons – Nuits au grand jour
samedi 7 et dimanche 8 mars 2020 de 10hà 17h30 – Entrée : 12 € (verre de dégustation inclus)
Les Halles (Marché Couvert)
Rue Thurot – 21700 Nuits-Saint-Georges
03 80 62 18 77 – contact@nuitsaugrandjour.com


Yvan Dufouleur © Jonas Jacquel

Yvan Dufouleur, viticulteur emblématique dont la famille est propriétaire-récoltante depuis 1596 et président du syndicat viticole de Nuits-Saint-Georges et Prémeaux-Prissey depuis 13 ans, essaie de nous donner un éclairage pour mieux comprendre et apprécier l’appellation.

Quel regard et quel intérêt portent la clientèle sur les vins de Nuits-Saint-Georges ?

L’appellation est célèbre, c’est incontestable, mais les vins de Nuits-Saint-Georges ne bénéficient pas d’une reconnaissance à la hauteur de la qualité de ses crus, que ce soit en France ou à l’étranger d’ailleurs. Pourtant, lors de concours, les vins de Nuits sont largement appréciés et récompensés, mais la clientèle ne les plébiscite pas pour autant. Quel paradoxe ! Les rouges de Nuits-Saint-Georges sont considérés par certains journalistes et sommeliers comme étant des vins de garde, durs et taniques par rapport à un Vosne-Romanée ou un Chambolle-Musigny plus souple et soyeux. Pourtant, les vins jeunes ont une finesse tout à fait appréciable mais ils sont moins connus des clients. Les villages, les Hautes-Côtes-de-Nuits et les premiers crus offrent une palette aromatique variée sur différents millésimes et nous sommes contents de voir que les nouvelles générations les dégustent avec plus de sensibilité s’affranchissant des idées reçues des Anciens. Nous avons coutume de dire que les meilleurs villages se situent du nord de Nuits, tandis que les jolis premiers crus se trouvent au sud. 

Quel investissement doit fournir aujourd’hui un viticulteur et/ou négociant de l’appellation pour rayonner sur la Côte de Nuits et au-delà ? 

Dans un premier temps, il faut pouvoir diversifier sa production afin de satisfaire sa clientèle, toujours plus exigeante. Par exemple, notre domaine (Guy et Yvan Dufouleur) compte 31 hectares de vignes (dont une petite partie dédiée au négoce) qui produisent 20 cuvées, sur la Côte de Nuits mais aussi sur la Côte de Beaune : nous travaillons sur des parcelles à Santenay, Volnay et Savigny-les-Beaune et le rapport qualité-prix semble plaire aux professionnels comme aux particuliers. Dans un second temps, il est important de développer son réseau ; c’est un investissement qui demande beaucoup de temps, de patience et d’énergie, comme le travail de la terre du reste. Enfin, un temps consacré à la dégustation est un moment de rencontre privilégiée qui permet de faire découvrir ses cuvées. 

N’y aurait-il pas un « complexe du grand cru » à Nuits-Saint-Georges ? 

Pour certains vignerons, produire un grand cru est un atout majeur car l’export représente une part importante de leur chiffre d’affaires. A défaut d’en avoir, Nuits peut cependant être fière de proposer 41 premiers crus dont quelques monopoles (Clos de la Maréchale, Clos de l’Arlot, Château Gris, etc.) qui séduisent une clientèle soucieuse d’acheter un produit rare et cher parce que, selon elle, forcément qualitatif. Or, ce n’est pas la classification qui conditionne la qualité d’un vin, c’est le travail du vigneron, de la vigne à la cave. Nous faisons notre possible pour transmettre à la clientèle ces valeurs terriennes, très importantes, pour apprécier tant les villages, les Hautes-Côtes que les premiers crus. L’étiquette ne fait pas le vin !    

Laisser un commentaire