La maison de crémant Louis Picamelot (Rully) transmise à Louis Jadot (Beaune)

Référence du crémant de Bourgogne implantée à Rully (Saône-et-Loire) depuis 1926, la maison Louis Picamelot change de propriétaire. Anticipant sa retraite, son emblématique dirigeant Philippe Chautard a choisi Louis Jadot. La maison de négoce beaunoise signe ainsi une entrée remarquée dans l’univers des grands vins effervescents bourguignons.

Philippe Chautard, petit-fils du fondateur Louis Picamelot, passe la main à la maison Louis Jadot. ©Alexis Cappellaro

Dirigée depuis plus de quarante ans par Philippe Chautard, petit-fils du fondateur Louis Picamelot, la maison rullyotine était confrontée à l’absence de succession familiale.

Arrivé dans l’entreprise en 1981, le dirigeant en avait pris la direction avec son frère Alain en 1987, avant d’en devenir l’unique gérant en 2003. Il s’est attaché à développer une signature distinguée en tout point de vue, fondée sur la notion de « crémants de terroirs », pionnière dans l’approche parcellaire des effervescents de Bourgogne.

La maison Louis Picamelot exploite aujourd’hui 19 hectares de vignes, dont près de la moitié en propriété, avec des parcelles emblématiques à Rully comme le Clos du Chaigne, à Saint-Aubin (En Chazot) et dans le Dijonnais, avec la renaissance de terroirs historiques comme En Éspoutières et le Clos Eudes III à Talant. Elle produit une dizaine de cuvées pour un volume annuel d’environ 300 000 bouteilles, distribuées sur les plus belles tables de Bourgogne et dans plus de vingt pays.

Dans les années 2000, Philippe Chautard avait marqué les esprits avec la création d’une cuverie spectaculaire de 4 000 m² creusée dans une ancienne carrière de pierre, affirmant une vision entrepreneuriale ambitieuse et une maîtrise très poussée de sa viticulture.

Confronté à une nécessaire transmission, le vigneron de 61 ans a pris le temps d’identifier un repreneur solide et respectueux de cette aventure de la bulle, construite avec patience et humilité. Selon nos informations, plusieurs maisons de vin sont venues au renseignement. Le choix s’est finalement porté vers un opérateur emblématique de la Bourgogne, aux mondes larges et à l’enracinement local.

En Espoutières, l’une des cuvées parcellaires choyées par la maison Louis Picamelot, située sur le vignoble renaissant de Talant. ©Jean-Luc Petit

Signe du dynamisme de l’AOC Crémant de Bourgogne

Pour Louis Jadot, acteur majeur de la Bourgogne avec plus de 220 hectares de vignes dont 115 en Côte-d’Or, cette acquisition constitue une diversification stratégique de premier plan. La maison, historiquement positionnée sur les vins tranquilles, n’avait jusqu’alors pas de production effervescente.

« Nous entendons assurer la pérennité et le rayonnement durable de la maison Louis Picamelot, dans un esprit de transmission respectant ses valeurs et ses équipes. Celle-ci reste ancrée à Rully et conservera son identité et son positionnement », souligne dans un communiqué Thomas Seiter, président de la maison Louis Jadot.

La marque Louis Picamelot conservera ainsi son autonomie et son ancrage territorial, tout en bénéficiant de la force de frappe commerciale et du réseau international du groupe Jadot, soutenu par son partenaire américain Kobrand Wine & Spirits.

Cette reprise confirme le dynamisme du crémant de Bourgogne, AOC tout juste cinquantenaire, aujourd’hui l’une des plus en vue, et marque un tournant symbolique avec l’entrée d’un grand nom du négoce bourguignon dans ce segment en pleine expansion.