Dijon Beaune Mag
Elle est l’ange gardien discret des restaurants, bars et autres bonnes adresses dijonnaises. En faisant le pari du community management de proximité, Suzan Troussard montre qu’un contenu intelligent et incarné est encore possible sur nos smartphones.

« Suzanne t’emmène / Écouter les sirènes… » Ainsi chantait Graeme Allwright, le plus bourguignon des Néo-zélandais, d’après le tube de Leonard Cohen.
Millésime 96, Suzan Troussard a beau tenir son prénom de cette mélodie onirique des seventies, elle avoue ne pas être une spécialiste du chanteur qui repose à Pernand-Vergelesses. L’auteur de Jolie bouteille, sacrée bouteille inspirerait pourtant cette épicurienne revendiquée, qui en a fait sa spécialité en tant que social media manager.
Elle préfère dire « communicante de proximité », plus simple, plus imagé. Cette diplômée de marketing à BSB s’est toujours passionnée pour l’art de communiquer. « Je me voyais bien journaliste, photographe, comédienne », glisse la jeune femme, dont la première expérience en agence de communication sera finalement un tremplin décisif vers l’entreprenariat, au début des années 2020.
Suzan défriche alors le community management et la stratégie digitale à son compte, à une époque (déjà si lointaine) où tout cela ne coule pas de source. « J’ai dû construire, beaucoup expliquer », reconnait l’intéressée, non sans avoir évacué au passage quelques clichés, y compris celui de la placer dans la case fourre-tout d’influenceuse.
Passé un certain « syndrome de l’imposteur », Suzan a gagné la confiance d’une petite trentaine d’acteurs de la vie dijonnaise, dont elle pilote les réseaux sociaux au quotidien, produisant aussi photos et vidéos. Elle en est devenue une confidente respectueuse, soucieuse de construire une stratégie adaptée et patiente. « Être une machine à trends ou à contenus sponsorisés ne m’intéresse pas. Un bar de centre-ville souhaitant avoir 200.000 followers se trompe d’objectif », estime la spécialiste.
Les histoires à raconter ne manquent pas. Une tête de veau servie dans les règles de l’art Chez Copain autour des halles, l’ambiance bon enfant du Q Bistrot, l’esprit « Lib » du Café Gourmand, le partage à l’italienne de l’Atelier Focaccia, l’aventure entrepreneuriale de MEAT en passant par les gins du Secret de l’Herbier : à chacun sa vie, à chacun son récit.
Suzan accorde du sens à tout cela, alors que notre époque a besoin de consommer et que nos réseaux saturent d’injonctions en tout genre prodigués par des professionnels du bon plan.
« La fonction de CM se démocratise, il existe une place pour tout le monde à condition de bien déterminer qui fait quoi », pose-t-elle avec lucidité, avant de partager une vision personnelle de ses clients, souvent devenus proches : « L’hôtellerie et la restauration sont de beaux métiers mais la jeunesse a tendance à s’en détourner, la marque employeur et le besoin de récit positif sont de vrais enjeux. »
Relativiser une fermeture inopinée pour travaux ou expliquer un redressement judiciaire relayé sans tact par la presse (cela arrive) font aussi partie de la boite à outils. « Le savoir-être est une qualité importante », affirme l’entrepreneuse, désormais épaulée par sa précieuse alternante Manon.
« Mais je me demande si, avec l’âge, ce métier sera toujours adapté à ma personnalité », s’interroge ouvertement la Dijonnaise, qui regarde aussi avec discernement l’IA. Et de s’estimer « chanceuse d’avoir appris à travailler sans technologie formatante ».
La créativité est pour certains une nourriture du quotidien. À ce propos, Suzan livre avec amusement son test de personnalité, réalisé il y a quelques temps avec la coach professionnelle dijonnaise Carole Girard. Verdict limpide : « Je suis “travaillomane” et rêveuse. » Pas étonnant, avec un prénom à écouter les sirènes.