En coteaux, en forêt et dans ce qu’il reste de vignoble, 54 cabottes ont été fléchées à Agey par deux passionnés de constructions en pierres sèches. Un petit patrimoine dont on peut se délecter à la fraiche, au détour d’une balade.

Les cabottes font parties du patrimoine viticole bourguignon depuis deux siècles © Michel Joly

À Agey, ancienne terre viticole, deux circuits pédestres suivent le chemin des cabottes, ces petits abris de pierres extraites des vignobles. Le petit Cabotin, une boucle de 4,5 km part sur le versant est de la montagne, et Le Cabotin des champs d’un peu plus de 7 km qui franchit la Sirène, petite rivière au bas du village. Les deux boucles convergent en haut du bourg, à proximité du tilleul ancestral, là où une cabotte toute neuve est sortie de terre en 2017. Le maire, Philippe Chatillon, en a fait l’emblème patrimonial du village. Deux bénévoles en sont les chevilles ouvrières : Henri Dufour, dont l’arrière-grand-père a été vigneron, et René Durupt, marchand forain. S’épaulant mutuellement, ils se sont convertis à la construction et à la restauration de cabottes.

Une centaine jusqu’à Mâlain

« Dans les années 1850, avant le phylloxera, Agey a compté 54 hectares de vignes tout comme le village voisin de Remilly-en-Montagne », certifie à 81 ans Henri Dufour, mémoire vive du village. Lui-même a replanté pour sa propre consommation quelques arpents d’aligoté au lieu-dit Les Égelées, sensible aux frimas. « En 1929, 51 vignerons exploitaient encore 12 hectares », commente-il dans une des brochures qu’il a consacrées au sujet. S’il n’est pas encore question de renaissance du vignoble, les cabottes sont devenues l’attrait des randonneurs qui empruntent déjà le circuit labellisé « La forêt de Véluze au départ de Agey ». « Je les vois passer depuis mon jardin, ils ont été plus de 1000 l’année dernière à suivre le sentier », s’exclame-t-il, ayant pour sa part repéré une centaine de cabottes jusqu’à Mâlain. Dans les années 80, il en a lui-même édifié trois, transbahutant dans sa 2CV les pierres jusque dans ses vignes.

À sa suite, son cadet René Durupt, dit Belin, a renoué avec la technique de construction en pierres sèches. Prenant au mot le souhait du maire de voir une cabotte au cœur du village, il l’a bâtie en un mois, là où démarre les « chemins de l’Henri ». « Un plan du village de 1750 mentionne une cabotte de forme carrée », explique-t-il, réapprenant sur le tas ce savoir quasiment disparu.

Henri Dufour et René Durupt devant l'une de leur cabottes.
Henri Dufour et René Durupt © Michel Joly

Refuge contemporain

« Les cabottes que nous avons restaurées ont pu servir aux vignerons, aux pâtres et aux carriers », observe-t-il d’après des fragments d’outils retrouvés sur site. Il a quant à lui retrouvé le coup de main des maîtres constructeurs anonymes. « Il y a autant de cabottes que de bâtisseurs », assure-t-il, étudiant les assises et les structures, leurs variantes et similitudes. « Mes cabottes sont des exercices des différentes techniques de construction », résume René, recréant par exemple une cavité qui servait à maintenir les aliments au frais. Ou reconstituant en laves un toit effondré. Les cabottes deviennent idéales pour un pique-nique en pleine nature, là où autrefois il n’y avait que des cépages rustiques. Oiseaux et chiroptères viennent aussi y nicher et trouver refuge. 

Les deux sentiers comptent à ce jour 54 cabottes. Toutes ont été baptisées, comme la cabotte Jean Cornette ou la cabotte Catherine d’Embrun, en hommage à d’anciens pâtres, ou les cabottes Fer à cheval et Éléphant, pour leur forme. Rectangulaire et pourvue d’une terrasse en demi-cercle, La Belle, quant à elle, se fait désirer à flanc de coteau, après une bonne heure de marche. Chiche ?

Eric Perruchot

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