La Côte-d’Or est un département qui compte en matière d’apiculture, avec le géant dijonnais Apidis mais aussi de nombreux indépendants. C’est le cas de Julien Forestier, qui a fondé il y a deux ans le Rucher des 3 Rivières à Is-sur-Tille. Itinéraire de ce « sir » des abeilles reconverti.

Julien Forestier distribue 20% de son miel en direct dans une vingtaine de points de vente en Côte-d’Or. © Jean-Luc Petit

Non, Julien Forestier ne regrette pas sa reconversion professionnelle. L’ancien technicien de rivière, licencié en 2013, a saisi l’occasion pour changer de vie et se rapprocher de la terre. « Je voulais être paysan, mais ma famille ne possède pas de terre, ce qui rend l’installation compliquée. Et comme je ne voulais pas non plus bosser comme un forcené, avec des horaires de dingue, j’ai finalement choisi l’apiculture », explique-t-il. Apiculteur, un métier proche de la nature, mais qui sait se conjuguer avec vie familiale et loisirs. Pour mettre toutes les chances de son côté, Julien passe d’abord un brevet professionnel responsable d’exploitation agricole (BPREA) en 2014, qui lui donne des bases en comptabilité, puis se fait embaucher, l’année suivante, comme saisonnier chez un apiculteur de Sens, afin de vérifier que le métier lui plait vraiment.

« Tout au long de ma formation, j’ai rencontré d’autres professionnels, pour échanger avec eux et parfaire mes connaissances », précise-t-il. Il apporte à Sens ses 20 ruches personnelles, et, pendant les deux ans où il travaille dans l’Yonne, il multiplie son cheptel pour arriver à 200 ruches lorsqu’il monte sa société, en 2018. Rétrospectivement, le trentenaire se félicite de l’accompagne–ment dont il a bénéficié, notamment de la Chambre d’agriculture ou de son association de gestion. « Il n’y a pas d’autre domaine professionnel où l’on est accompagné de la sorte », assure-t-il.

© Jean-Luc Petit

Miel d’Is-sur-Tille en pot ou en vrac

Pour assurer l’avenir économique de son entreprise, Julien démarche rapidement la grande surface voisine, à Is-sur-Tille, qui se montre très réceptive à ce miel local. Puis il étend ses recherches jusqu’à compter une vingtaine de points de vente en Côte-d’Or. « J’ai été voir les boutiques une à une, je me suis plus souvent mangé les portes qu’elles ne se sont ouvertes, mais au final, cette activité de vente directe représente 20 % de mon chiffre d’affaires. Et je vends mon miel avec mes étiquettes », sourit-il. Julien ne se leurre pas : le miel produit et vendu localement sert de produit d’appel autant que de faire-valoir aux grandes surfaces, qui acceptent à ces conditions d’oublier leur marge.

Le Rucher des Trois Rivières écoule le reste de sa production chez Bleu Blanc Ruche, l’entreprise d’Arnaud Montebourg, qui elle aussi affiche le nom du producteur sur ses pots. En cas de surplus, c’est Apidis qui collecte, mais cette fois le miel est vendu en vrac. Une chose est sûre, les débouchés ne manquent pas : la France consomme 45 000 tonnes de miel par an, mais n’en produit qu’une toute petite moitié.

Bien beau le bio…

Julien Forestier voit l’avenir avec une confiance relative, et songe à convertir son exploitation au bio. Un nouveau défi pour ce fin technicien, qui n’en mésestime pas la difficulté, ni les paradoxes. « Le passage au bio pose plusieurs problèmes. Déjà, il faut que 50 % au moins du miel soit issu de fleurs qui ne sont pas de culture. Or, ici, à Is-sur-Tille, c’est “Colza Land”, avec des cultures partout. Tout mon miel de printemps devrait êdonc tre déclassé. Ensuite, il est difficile de parvenir à maîtriser le varroa*, un parasite des abeilles qui fait des ravages, sans recours à la chimie », note-t-il. Il faut également se fournir en cire et en sucre bio, produits qui viennent souvent de très loin, d’Inde et d’Afrique. « Est-ce mieux d’être bio avec des fournitures qui font le tour de la terre avant d’arriver à Is-sur-Tille ? », fait semblant de s’interroger l’apiculteur. Au regard de ces difficultés spécifiques, le cahier des charges bio doit s’adapter et évoluer dans les prochains mois.


* Cet acarien d’origine asiatique est bien connu des apiculteurs français depuis les années 80. Il se niche sous les plaques ventrales de l’abeille pour s’en sustenter.

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