Moins d’un an après avoir passé la main de la présidence de la CPME, Benoit Willot relève le défi de prendre la tête de Système U Est, l’une des quatre « super » régions du groupe national et ses 4,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Mais reste plus que jamais attaché à la notion de proximité. Tous pour U, c’est aussi U pour tous.

Benoit Willot a été élu à la tête de Système U Est, l’une des quatre régions du groupe national. © Foxaep

Par Dominique Bruillot
Pour DBM79

À hue et à dia. Les mécanismes de la grande distribution fonctionnent ainsi, écartelés entre la nécessité de se positionner sur un plan national tout en préservant leur légitimité territoriale. Chez Système U, l’enjeu est d’autant plus sensible que l’enseigne est portée par de véritables patrons, propriétaires de leurs magasins, donc engagés sur leurs territoires respectifs. La mise en commun des moyens, via une centrale d’achat et une stratégie de marque, est pour eux un atout communautaire. Mais chacun doit en même temps composer (voire renforcer) son assise sur le terrain du circuit court et de la proximité, avec une véritable marge de manœuvre. Ou comment cumuler la force de l’union avec celle de l’indépendance.

Bleu-Blanc-Cœur

Système U est donc divisé en quatre grandes régions. L’Est, dont le siège social est fixé à Mulhouse, couvre l’activité de 220 magasins, quatre entrepôts (Mulhouse, Saint-Just, Saint-Vit et Rumilly) pour un volume d’affaires de l’ordre de 4,2 milliards d’euros, qui représente lui-même 21% du chiffre de l’ensemble de l’activité française de l’enseigne. Présent au sein du conseil d’administration (18 membres) de cette grande région depuis 2008, Benoit Willot en est devenu le PDG, et en même temps le président de la branche développement ExpanU Est, depuis le 1er janvier 2020. Moins d’un an après avoir passé la main à Geoffroy Sécula pour ce qui concerne la présidence de la CPME Côte-d’Or, le voilà lancé dans un nouveau défi qui devrait en appeler d’autres.

« Un super job », résume l’intéressé, qui s’est auparavant assuré d’une bonne délégation de gestion de ses deux « supermarchés » à Arc-sur-Tille et Sennecey-lès-Dijon. Il fait bien, car le « super job » en question est énergivore. « Animer, manager, prendre des décisions stratégiques, représenter de fait cette grande région auprès du comité national où j’étais déjà en tant que membre est une mission excitante qui permet d’apporter au plus haut niveau les aspérités du grand territoire que je représente », s’enthousiasme Benoit Willot. Le plus clair de son temps, désormais, il doit faire le lien entre des négociations et des logistiques communes et des commerces qui ont chacun leurs particularités. Au niveau national, Super U développe ainsi ses propres solutions de proximité comme avec la filière Bleu-Blanc-Cœur, qui implique un cahier des charges drastique autour de l’alimentation et de la santé des animaux chez plus de 7 000 agriculteurs. « Nous n’avons pas attendu la mode pour nous intéresser aux questions du circuit court et du bio, rappelle le dirigeant, même si la réalité des prix pèse en première ligne dans le subconscient du consommateur. » 

Bio à tous les étals

Partisan d’une agriculture performante et responsable, mais aussi redevable vis-à-vis « d’un consommateur qui demeure le patron et veut manger mieux et éthique », le commerçant « responsable » doit en même temps composer avec toutes les données de son marché, du bio au sans gluten en passant par la chasse au gaspi. Au bout du compte, pour ne pas dire des comptes du foyer consommateur, il y a la bataille « des prix que nous devons fixer au plus juste ». À une époque où le dumping fait souvent loi, au détriment de la qualité et du bien-être des animaux comme des clients, c’est un choix qu’il faut assumer. « La nouvelle génération, celle de nos enfants, nous oblige à avoir de réelles prises de conscience, rappelle en outre Benoit Willot. Nous y travaillons par exemple avec nos produits U directement fabriqués par des PME de l’agroalimentaire. » Cette équation aux apparences de quadrature du cercle met en scène des attentes en matière de traçabilité, d’éthique et de prix. Elle est aussi solutionnée par la possibilité, pour les patrons de grandes surfaces de l’enseigne, de solliciter les ressources locales (lire DBM n°78). Dans le même temps, le bio progresse à tous les étals, de l’ordre de 18 à 19 % par an. « Notre président national Dominique Schelcher nous porte dans cette direction, se réjouit le PDG de Système U Est. Je peux moi-même constater, au terme de 25 ans de pratique, que c’est le jour et la nuit. Sans dire que nous faisions jadis n’importe quoi, n’importe comment, ce que nous proposons est mieux et meilleur qu’hier, plus éthique. »

Le consommateur, surtout à travers les nouvelles générations, évolue lui aussi. Après des décennies de culte du plat préparé, il semblerait que l’on prenne à nouveau conscience que faire un peu de cuisine chez soi, c’est parfois aussi jubilatoire que salutaire à tous les niveaux, y compris sur un plan économique. Les bons produits n’attendent que nous.   

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