La principale ville d’industrie de Bourgogne s’est remise de la disparition de Kodak, un temps son premier employeur privé. Passé ce déclic (clac !), Chalon-sur-Saône s’est inventé un avenir économique, avec l’implantation de nouvelles entreprises et un projet ambitieux d’Usinerie. À l’entrée sud, prend place un pôle de ressources censé favoriser la transition numérique des entreprises. Zoom sur le rebond économique chalonnais.

À l'entrée sud de la ville, l'imposant bâtiment de la Stef est promis à un destin hôtelier, d'autres constructions disparaîtront au profit d'une jonction naturelle avec le quartier Saint-Cosme proche, un aménagement sportif (terrain de basket) et de détente existe déjà... Toutes les photos
À l’entrée sud de la ville, la métamorphose fait son chemin. L’imposant bâtiment de la Stef est promis à un destin hôtelier, d’autres constructions disparaîtront au profit d’une jonction naturelle avec le quartier Saint-Cosme proche, un aménagement sportif (terrain de basket) et de détente existe déjà… Toutes les photos ©Jean-Luc Petit

Quand, en 2005, le géant de la photo Kodak ferme son immense site chalonnais, le principal point de production de pellicules argentiques d’Europe, qui emploie alors 2 400 personnes, l’avenir semble s’assombrir à Chalon-sur-Saône. Quinze ans plus tard, l’ancien campus de l’industriel a été totalement réaménagé, plus de 1 000 personnes y travaillent. Et le taux de chômage du bassin d’emploi s’établit à un niveau très bas de 6,8 %, malgré une population vieillissante. L’impact du Covid risque bien de perturber ce tableau idyllique d’un parfait déclic économique de Chalon-sur-Saône mais la performance demeure remarquable. « Aujourd’hui, on peut affirmer que le choc industriel du départ de Kodak a été absorbé », se félicite Sébastien Martin, président du Grand Chalon, l’agglomération chalonnaise qui gère le développement économique sur le bassin.

 

Trois nouvelles filières économiques

Chalon a eu de la chance : Kodak a assumé son rôle, en aidant à la reconversion de ses salariés et du site qu’il abandonnait. Et dans le même temps, Framatome, l’autre gros employeur industriel chalonnais, a recruté 600 employés, passant, sur ses deux sites locaux, à près de 2 000 salariés. Mais, c’est bien connu, la chance sourit aux audacieux, et, en matière économique, Chalon n’a que rarement manqué d’ambition. Celle-ci est passée, sur les 110 hectares de réserve foncière que possédait Kodak, par le développement d’une vaste zone industrielle, SaôneOr. La première tranche de cet aménagement de près de 80 hectares est quasi achevée, la seconde entame sa commercialisation.

Pour assurer celle-ci, le Grand Chalon a commandité une étude, réalisée par le cabinet Ancoris, destinée à mettre en évidence les filières d’avenir, sur lesquelles l’agence de développement économique va axer ses prospections. L’agglomération misait jusqu’alors sur trois filières, la métallurgie, la logis- tique et le numérique. Ancoris en a identifié trois autres : le nucléaire et le démantèlement, l’électronique et l’emballage.

« Nous avons cherché à regarder l’agglomération telle qu’elle est, à identifier ses forces et ses poten- tialités. Il ne faut pas se disperser et miser sur des filières pour lesquelles nous n’aurions que peu d’atouts. Ça n’aurait pas de sens, par exemple, de chercher des industriels du médicament, car nous n’avons que peu d’acteurs de ce domaine sur notre territoire », détaille Sébastien Martin.

Nouveau déclic : l’Usinerie, objectif 2021

Située aux abords de l’ancienne sucrerie, à l’entrée sud de la ville, l'Usinerie doit ouvrir ses portes en septembre 2021. Elle regroupera formation et équipements pour aider les entreprises à aborder les défis du numérique
Située aux abords de l’ancienne sucrerie, à l’entrée sud de la ville, l’Usinerie doit ouvrir ses portes en septembre 2021. Elle regroupera formation et équipements pour aider les entreprises à aborder les défis du numérique

Pour ce nouveau déclic économique, Chalon-sur-Saône mise un nouvel équipement support : l’Usinerie, située aux abords de l’ancienne sucrerie, à l’entrée sud de la ville, qui doit ouvrir ses portes en septembre 2021. Regroupant formations – du bac jusqu’au doctorat – et équipements de pointe, notamment un caisson d’immersion virtuelle, le site veut servir de support aux entreprises pour assurer leur transition numérique dans les domaines de la réalité virtuelle ou augmentée, de la robotique, ou encore de l’intelligence artificielle et du big data. S’appuyant sur les ressources de l’Ensam, l’une des meilleures écoles d’ingénieurs de France, le projet se veut un accélérateur autant qu’un pourvoyeur de ressources.

Rien ne dit, pourtant, qu’il ne connaitra pas le sort de l’autre grand projet structurant imaginé, en son temps, par Dominique Perben, Nicephore Cité, qui n’a pas tenu ses promesses économiques. Sébastien Martin balaie l’objection : « Si Nicephore Cité n’a pas eu le pouvoir transformatif qu’on espé- rait, c’est sans doute car le projet était trop en avance, dans le domaine de l’image, tandis que disparaissait le principal acteur de la filière visée, Kodak. L’Usinerie est un projet qui vise toutes les entreprises, il peut réussir. ».

 

L'ancienne sucrerie, à l'entrée sud de la ville
L’ancienne sucrerie, à l’entrée sud de la ville

La doublette de Belle Ville
C’est une des particularités de Chalon : l’exécutif local est bicéphale, avec d’un côté Gilles Platret, maire de la ville, et de l’autre Sébastien Martin, président de son agglomération. D’ordinaire, le maire de la ville principale dirige aussi l’agglomération, et les exemples contraires sont souvent le signe de profonds conflits dans le paysage politique. Rien de tel ici, le tandem qui associe deux personnalités très différentes fonctionne, et a été reconduit lors des dernières élections municipales. Certes, notre doublette est issue du même camp politique – LR – mais sa bonne entente tient sans doute plus aux personnalités complémentaires, et aux domaines de compétences bien définis. À Gilles Platret la charge de la qualité de vie des habitants, et l’aménagement urbain, à Sébastien Martin le développement économique. « Ce dernier est vraiment un homme de l’économie, obsédé par le développement auquel il consacre toute son énergie. Il a réussi à attirer de nouvelles entreprises », note un fin observateur de la vie locale. Du côté de Gilles Platret, on se félicite aussi de la bonne entente : « Mon accord avec Sébastien Martin n’est pas de façade, et il a tenu pendant toute la mandature précédente. Nous sommes à un moment de pleine collaboration entre la ville et l’agglomération, c’est essentiel de préserver cet acquis pour l’avenir », note le maire de Chalon-sur-Saône (lire son interview).

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