Bourguignonne dans ses moindres recoins, accueillante dans ses gènes, Chalon a aussi l’avantage d’être traversée par la Saône. Dans un contexte favorable au tourisme en Bourgogne, ces qualités donnent du nerf à son attractivité. Son maire, Gilles Platret, s’en fait le VRP naturel et incite au passage les Côte-d’Oriens à venir dans sa ville pour au moins se tremper les pieds dans l’eau !

Portrait de Gilles Platret devant le porche de la cathédrale Saint-Vincent
Gilles Platret devant le porche de la cathédrale Saint-Vincent à l’occasion du précédente Paulée de la Côte chalonnaise. Au patrimoine et au vin, l’édile souhaite ajouter une bonne dose de Saône dans l’argumentaire touristique de sa ville. © Jean-Luc Petit

« Une année sans Chalon dans la Rue, c’est un peu comme un repas sans dessert. » Le virus n’aura pas pour autant tout détruit de la volonté de Gilles Platret de maintenir Chalon à son rang de « capitale des arts de la rue ».

Crieurs et funambules sont sortis de leur confinement : ils sont cet été les joyeux annonciateurs d’un automne ensoleillé pour la vie culturelle locale. De la fin août à novembre, avec les « Rendez-vous d’automne », les week-ends seront à nouveau animés par le monde des saltimbanques, dans le respect des gestes barrières, cela va de soi.

Saône rayonnante

Depuis 1987, année de naissance de ce grand événement qui attire chaque année au bas chiffre 200 000 pèlerins, la chose était impensable. « Il est impératif de retrouver très vite le festival dans des formats intermédiaires, déconcentrés, plus intimes, pour que les flammes du spectacle ne s’éteignent pas. » La promesse positionne Gilles Platret dans le sillage de ce rendez- vous culturel avec lequel il avait pourtant eu, au tout début de son mandat, des relations parfois tendues.

L’heure est à la résilience et à l’imagination. « La situation actuelle met en relief de bonnes choses. Le crédo du ”Profitons de la proximité !” redistribue les cartes, nous avons la nécessité de nous reconnecter avec nos racines. » Dans ce contexte, le cœur ancien de la ville est un atout maître, un cadre immuable valorisé par la restauration du cloître, la place Saint-Vincent et sa majestueuse cathédrale. Il a quand même fallu redéployer son marché dans « le très haussmannien boulevard de la République », improbable bénéficiaire de cette affaire.

Saint-Vincent demeure le saint protecteur de la ville, et la place qui porte son nom, l’épicentre de Chalon-sur-Vin. « Quand la Paulée de la Côte chalonnaise revient, il y a quelque chose qui résonne comme nulle part ailleurs » s’émeut l’édile né entre les crus de ladite côte. « Mais c’est par la Saône que Chalon rayonne aussi », ajoute-t-il avec, sur des rives plus ou moins lointaines, le rêve à peine voilé d’un « musée qui lui serait consacré avec un centre d’interprétation » en lieu et place de l’actuel Musée Niépce.

Berceau de l’image

120 000 personnes échouent chaque année sur les berges chalonnaises, terminus de leurs bateaux de croisière. Des passagers aisés que les acteurs touristiques locaux ont bien évidemment en point de mire. Mais ce projet muséographique à la gloire de la rivière lente qui donna naissance à Chalon est lié à un autre dossier. Celui-ci va finir par sortir des tiroirs de la municipalité : « L’ancien hôpital attend Niépce ».

Déménager le musée de la photographie pour l’installer dans ce patrimoine si symbolique, si vide et si cher aux Chalonnais, qui patiente au bout de l’île Saint-Laurent, est un voyage au long cours. Gilles Platret ne se cache pas d’y penser en se rasant le matin, « car la civilisation de l’image est née ici, chez nous ». C’est même sans doute par l’image que Chalon a la plus grande capacité de résonance à l’échelle mondiale. Il serait temps, en effet, que ce bon vieux Nicéphore devienne le grand prophète qu’il devrait être en son pays. Dans l’immédiat, l’heure est à la quête du touriste de proximité. « Beaucoup de Côte-d’Oriens achètent déjà leur vin en Côte chalonnaise », s’amuse Gilles Platret, pointant du doigt l’inaccessibilité (avérée) des breuvages beaunois et nuitons. Lui- même amateur de vins, il s’était un temps laissé séduire par l’idée de rebaptiser sa ville du nom de Chalon-en- Bourgogne. Ce n’est plus à l’ordre du jour. Mais cela rappelle, en passant, que la plus grande ville de Saône-et-Loire cumule les arguments du patrimoine bourguignon, des saveurs bressanes et des climats de Bourgogne. Avec un plus indéniable, qui colle à son esprit guinguette : au milieu coule une rivière.

Tourisme en Bourgogne : Appel aux Dijonnais

Difficile d’y résister. Le public voisin, contraint à regarder plus près de chez lui ce qui vaut la peine d’être regardé, a toutes les bonnes raisons de faire sienne cette destination où le bien manger et le bien vivre sont une règle. Où plein de belles choses sont à découvrir. D’autant que Chalon, cité historiquement commerçante, est connue à juste titre pour être accueillante.

« Venez donc voir le spectacle réjouissant d’une belle rivière qui traverse la ville, tremper vos pieds dans l’eau, boire de grands vins à prix mesurés, acheter les meilleurs produits de la Bresse dans notre magnifique marché », lance un poil taquin le « VRP » Gilles Platret, à l’attention des Dijonnais plus particulièrement.

On lui pardonne volontiers son chauvinisme. Chalon a la réputation d’avoir une population bosseuse et humble, une image qui n’encourage pas toujours la prise de conscience de son énorme potentiel de séduction au niveau du tourisme en Bourgogne. Puisque tout change aujourd’hui, il n’est donc pas incongru non plus de penser que cet été 2020, soumis à tant de contraintes, sera la belle saison qui la révèlera au regard des autres. Côte-d’Oriens ou pas d’ailleurs !

Laisser un commentaire