Climats de Bourgogne: trois petites plaques et après?

Une aux hospices de Beaune, une deuxième au palais des ducs de Dijon la semaine dernière, une troisième au château du Clos de Vougeot le 29 avril prochain: les plaques commémoratives et les congratulations se succèdent autour des Climats de Bourgogne. Signe qu’on va enfin entrer dans le vif du sujet et voir comment tour cela va évoluer.

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Par Dominique Bruillot

En Bourgogne, on aime parfois les honneurs. On fait bien attention aussi à ce que personne ne soit oublié. Dans la bataille des Climats, l’union sacrée des partis et des territoires est, il est vrai, la raison même du succès d’une longue et parfois laborieuse démarche. Elle sera encore le test vérité pour la suite des événements.

Le 22 mars dernier, en présence du sous-directeur général de l’Unesco Francesco Bandarin, on a donc posé deux plaques commémoratives: une en pierre de Comblanchien aux hospices de Beaune, l’autre en pierre de Corton rosé au Palais des ducs de Dijon. Une troisième pierre sera ajoutée à cet édifice de la commémoration le 29 avril prochain au château du Clos de Vougeot. Pour l’éternité, cela symbolise le lien qui nous unit désormais au patrimoine mondial.

Tout le monde était là, au deuxième jour du printemps, la main sur le cœur, pour voir éclore la satisfaction de tous face à cette noble bataille gagnée. Un communiqué officiel le souligne même avec un certain lyrisme: « François Rebsamen et Alain Suguenot ont salué la collaboration main dans la main des deux villes, Dijon et Beaune, sur ce dossier d’inscription, et ce depuis la conception du projet. »

Une bataille, certes, mais pas encore la guerre. Faisant écho à son prédécesseur Aubert de Villaine, qui se revendique porteur d’un devoir de « passeurs des Climats de Bourgogne », Guillaume d’Angerville, président de l’Association des Climats du vignoble de Bourgogne, n’a pas manqué de rappeler que nous ne sommes qu’au « début d’une nouvelle phase axée sur la protection et la valorisation du site inscrit. » Pas faux.

 

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Pas faux, car au-delà des grandes phrases et des belles embrassades protocolaires, l’enthousiasme des riverains est déjà tourné vers ce que cela va réellement changer. Chacun a hâte de voir comment l’environnement de la zone inscrite va évoluer. Chacun se demande comment le monde viticole va s’investir sur un plan culturel dans cette affaire. Chacun veut prendre la mesure du développement promis de l’œnotourisme. Chacun s’inquiète de savoir comment la filière pierre justement, si bien incarnée par cette commémoration, va renaître sous un jour nouveau.

L’association des Climats de Bourgogne donne des éléments de réponse. Par la création d’un dépliant touristique et une réflexion engagée sur la signalétique. Par le développement d’une marque de territoire « Les Climats du vognoble de Bourgogne-patrimoine mondial ». Par la « mise en place d’outils réglementaires nationaux pour la protection du site, notamment du patrimoine des villages et du paysage viticole. »

Le plan de paysage autour du bassin carrier, l’inventaire des murets et des bornes des climats font aussi partie intégrante de la mission portée par l’association que préside Guillaume d’Angerville. Laquelle devra avancer sur tous ces points d’ici l’échéance de la « revoyure » en 2017, qui va permettre à l’Unesco de faire le constat de l’avancée des travaux.

Désormais, c’est une question de philosophie et d’état d’esprit. La Bourgogne doit sa magie à un système parcellaire, à une mosaïque des terroirs unique au monde, comme en témoigne l’incroyable diversité de ses Climats. Tout se jauge et se juge au millimètre près dans nos sols. Un système bien fragile qui en fait l’exception. Mais en ces temps de vache maigre où l’argent se fait rare, un système qui peut devenir la convoitise de certains géants de l’économie bien inspirés d’accoler sans trop de discernement leur marque à autant de subtilité opportune.

Là aussi, faisons confiance à la sagesse des membres du comité de vigilance en charge du dossier. L’union sacrée, qui a si bien fonctionné dans l’étape de la conquête de l’universalité devra nous protéger des dérives.

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