Climats en bouche, les vrais mots du terroir bourguignon

Profitant de la révélation universelle des Climats de Bourgogne, Jean-Luc Debard veut redonner au terroir bourguignon les mots qu’il a fait naître. Premier président de la Maison du patrimoine oral à Anost (71), membre fondateur de lassociation Langues de Bourgogne, cet amoureux des mots et des parlers bourguignons sest lancé dans un nouveau projet: Les Climats en bouche! On ne pourrait mieux dire.

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Par Michel Giraud
Illustration : Bernard Deubelbeiss
Pour Bourgogne Magazine

« Formidable reconnaissance que ce label Unesco! Mais j’ai envie que ce soit plus qu’un simple label porté par la nouvelle génération, qu’on en profite pour s’intéresser aux anciens, aux hommes et aux femmes qui ont passé 50 ans de leur vie au service de ces climats-là. Qu’ont-ils à en dire? »

Paroles de vignerons

C’est pour le savoir que Jean-Luc Debard est allé fouiller dans leurs mots, leurs gestes. « Dans la liste de nos climats, chaque dénomination est un poème, une histoire surtout. Nous ne sommes bien sûr pas les premiers à faire cela, mais je voulais m’appuyer sur la Maison du patrimoine oral de Bourgogne, sur son expertise du collectage, pour aller encore plus loin. Je veux que l’on s’assoie à une table pour discuter avec ces anciens vignerons. Que disent-ils de ce qu’il font ou ont fait dans la vigne, dans la cave? Quels sont les mots qu’ils utilisent? Que pensent-ils de leur travail? Etc. »
Au-delà du vocabulaire, Jean-Luc Debard veut donner corps à cette reconnaissance des climats de Bourgogne: « On en voit la richesse aujourd’hui, mais on a parfois oublié ce que les anciens ont enduré dans les vignes. Dans les années 1930 par exemple, quand la côte vigneronne était un territoire pauvre où la vie était dure. »

Ebrousser ou évasiver?

Pour valider le projet, Jean-Luc a déjà fait « quelques essais », comme il dit, notamment à Marsannay-la-Côte, chez la Guite. « 40 ans dans les vignes, pensez donc! Cette rencontre a été pleine de promesses, elle nous a confortés dans notre démarche. On a déjà fait un petit film avec elle, et on a beaucoup appris sur le parler vigneron sur le cep, par exemple, lorsqu’on élimine les bourgeons trop nombreux, on utilise le verbe “ébrousser” à Marsannay, mais  “évasiver” à Chambolle. Toute cette précision de langage sur la “grande taille” et  la “petite taille”, sur la façon dont on garde “quatre crochets” dans les pinots, “un crochet et une baguette” dans les gamays… Toute cette poésie, elle mérite qu’on la collecte pour la faire connaître. Aujourd’hui nous sommes prêts à aller plus loin. Mais pas seuls. Nous allons proposer ce projet passionnant à l’Association des Climats et à d’autres. Projet qui a déjà trouvé son nom: Les Climats en bouche. Avouez que c’est beau!»

«Connaissez-vous la plante? » C’est en ces mots que la Guite nous a parlé de la jeune vigne, sourit Jean-Luc Debard. En conversant avec elle, nous avons eu droit à tout un passage passionnant sur le greffage. J’ai notamment appris que du côté de Marsannay, quand on plante une nouvelle vigne, on l’appelle la plante. Jamais je n’avais entendu cette expression. Et, comme dit la Guite, la plante va le rester bien longtemps avant de devenir vigne. Parfois, ça peut durer 5 ou 6 ans, parfois, 10 ans, il arrive même que certaines vignes le restent indéfiniment! Dans ce cas, c’est au vigneron d’améliorer son travail, parce que la plante n’accède au rang de vigne que lorsqu’il en jaillit du bon vin! »

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