Après une success story à la tête d’Eurogerm, Jean-Philippe Girard a organisé la succession de son entreprise avec ses cadres et ses salariés. Libéré, le président de la nouvelle agence d’attractivité Dijon Bourgogne Invest relève le défi, avec un bureau exécutif composé de dirigeants et d’élus, de faire de la métropole un territoire d’accueil et de conquête économico-écologique. Ce passionné de montagne explique comment et pourquoi il vise de nouveaux sommets.

Jean-Philippe Girard est le président de Dijon Bourgogne Invest, nouvelle agence œuvrant à l’attractivité de la métropole. © Jean-Luc Petit

Comment on se sent quand on lâche une aventure comme Eurogerm ?
On est dans l’inconnu. Est-ce que j’ai bien fait ? N’est-il pas trop tôt ? Ne vais-je pas le regretter ? En fait, j’ouvre une troisième boucle. La première jusqu’à 30 ans a été le ski et la montagne, avec le rêve de devenir Jean-Claude Killy. La deuxième jusqu’à 60 ans avec la création d’Eurogerm, devenu un groupe international. J’ouvre cette troisième boucle au service de mon territoire et de mon pays.

Tout cela via une opération de Management Buy Out, c’est ça ?
Oui, il fallait remettre de l’audace dans Eurogerm et c’est vrai qu’on a moins d’audace à 60 ans qu’à 30 ans. Une entreprise en croissance a besoin d’audace. Plutôt que de vendre mon groupe à une multinationale, j’ai préféré la céder à mes cadres et salariés – ils sont plus de 100 – et au fonds d’investissement Naxicap, qui n’est autre que le fonds des Banques populaires et Caisses d’épargne. 

Eurogerm appartient à cette catégorie d’ETI (Entreprise de Taille Intermédiaire) qui nous font tant défaut en région…
On a une difficulté en France à passer de la PME à l’ETI. Eurogerm l’a fait nous parce que plus des deux tiers de son activité est à l’international. Construire une ETI nécessite des étapes, un esprit d’innovation et de conquête tout d’abord, puis l’acquisition d’autres entreprises pour grandir. Tout ça manque effectivement en France, et toute la question est de savoir comment construire un écosystème qui favorise l’émergence de ces ETI et de ces nouveaux champions.

La question, avec Dijon Bourgogne Invest dont vous venez de prendre les rênes, est aussi celle de l’impact de cette métropole.
Cette nouvelle agence doit être dotée d’une triple ambition : faciliter l’implantation de nouvelles entreprises de production ou de service sur la métropole ; accompagner les entreprises déjà implantées dans leurs projets d’extensions et d’investissements ; créer un écosystème performant qui permettre l’épanouissement professionnel et familial de nos cadres et salariés  

Ce qui suppose, alors qu’on vous a connu en opposition à une autre époque, de jouer dans la même équipe que François Rebsamen.
Ça n’a jamais été le sujet. J’ai toujours été proche du politique sans être en politique. Je suis en marche et François Rebsamen en mouvement. Nous sommes tous les deux convaincus que l’avenir de notre territoire passe par une approche plus écologique, plus responsable et plus humaine. J’apprécie travailler avec lui sur ces grands sujets d’avenir.

Quels sont les arguments avancés par le VRP Jean-Philippe Girard ?
Dijon a tout. Le VRP Jean-Philippe Girard se dit que demain, la qualité de vie et l’épanouissement professionnel et familial vont être déterminants. Que nous devrons améliorer sans cesse nos infrastructures réelles et virtuelles dans un triptyque économique, écologique et écoconstruit. Que nous avons une chance extraordinaire de choisir notre destin de métropole.

Quelle est la cohérence géographique du projet de Dijon Bourgogne Invest ?
C’est d’abord un projet de métropole, mais devons veiller à ne pas vider nos campagnes d’activités et d’avenir. Nos projets doivent irriguer non seulement la métropole mais aussi la Côte-d’Or et la Bourgogne-Franche-Comté. Ne pas opposer zone urbaine et zone rurale, mais en faire un atout.

Qu’est-ce que votre expérience de chef d’entreprise peut apporter de concret dans une négociation ?
Depuis ma prise de fonction , j’ai déjà rencontré plusieurs potentiels investisseurs. Ce qui les rassure, c’est de voir des chefs d’entreprise, des élus et les services concernés autour de la table. Chacun expose ses projets et ses contraintes et la décision pourra se prendre plus vite. 

Ah oui, dans quel secteur ?
Par exemple un grand projet de réhabilitation d’un site industriel dijonnais, un autre très ambitieux sur les nouvelles énergies et plusieurs projets d’extensions d’entreprises déjà implantées sur la métropole. Des contacts sont également établis avec des groupes internationaux qui souhaitent se repositionner. Si on peut trouver une solution dans ces dossiers, c’est peut-être aussi parce qu’on a le même langage, les mêmes codes. Qu’on soit petit ou grand dans le monde entrepreneurial, on a les mêmes problématiques de recrutement, d’organisation, d’investissement. La clé sera, de toute façon, chez tous ceux qui feront le dynamisme du bureau exécutif de Dijon Bourgogne Invest (ndlr, une quinzaine de patrons régionaux). La qualité de l’accueil peut faire la différence.

J’arrive avec un gros projet et le chéquier qui va avec. Comment Dijon Bourgogne Invest compte me convaincre ?
Si vous êtes là, déjà, c’est que vous vous intéressez à notre territoire (sourires). Notre sens de l’accueil et le retour d’expérience d’entreprises déjà implantées seront très importants. La métropole abrite de belles réussites dans divers domaines (santé, alimentation, numérique, écconstruction) et il faut le faire savoir. On pourra ensuite vous présenter notre foncier disponible en quelques clics, grâce à un chargé d’affaires très expérimenté. Un travail extraordinaire a été effectué avec un cartographe. Deuxième point, les infrastructures. On a l’autoroute, le TGV. Même si on se plaint toujours un peu, Dijon est à 1h30 de Paris. C’est aussi une ville universitaire, avec des écoles spécialisées et des pôles de recherche et de compétitivité, révélateurs de talents et d’intelligence, un atout fort pour le recrutement. Puis vient le cadre de vie exceptionnel. Je mettrai ensuite en avant la sécurité. Malgré ce qu’on entend, on se sent en sécurité ici. J’ajouterais un autre argument, l’implication. C’est le sens de l’agence. Rien ne se fera si on ne bouge pas nous-même, si on ne devient pas les premiers promoteurs et ambassadeurs du projet.

Comment comptez-vous travailler avec les autres acteurs du développement économique ?
En bonne entente évidemment, s’opposer pourrait nous affaiblir et nous ne pouvons pas nous permettre cela car la concurrence est vive ! La CCI, le Medef , la CPME, les Chambres des métiers et d’agriculture, les clubs d’entreprises, les maires, les élus, tous sont nos partenaires naturels. Il en est de même pour les professions de la finance et du droit. Ne jamais oublier, enfin, que tout cela devra avoir un impact positif sur nos commerces, nos hôtels, nos restaurants, notre tourisme et nos structures d’accueil tels que le parc des expositions et le palais des congrès. Tous les autres secteurs en seront donc bénéficiaires.

Les prêts accordés durant la crise sanitaire risquent de fragiliser les entreprises qui en ont bénéficié. Que feront les banques avec le risque d’inflation qui court ? Qu’en pense l’ancien président national de la Banque populaire ?
On a vécu trois années inimaginables. Elles auraient pu être dramatiques et irréversibles pour l’emploi, pour nos entreprises et pour le pays. Les PGE, le chômage partiel, les aides ciblées ont été déterminantes. Nous pouvons remercier notre président et son gouvernement. Elles nous ont permis de passer le cap. Il faut désormais réfléchir aux remboursements de ces aides sans détruire tout ce que nous avons construit. Les banques et la Banque de France auront donc un rôle déterminant. Elles ont eu de très bons résultats sur la période, elles devraient donc pouvoir nous donner plus de moyens.

Donc, on va aussi s’occuper des entreprises existantes avec Dijon Bourgogne Invest. Avec quelle stratégie pour nos petites pépites parfois discrètes ?
Oui, on va s’en occuper car il ne faut aucun trou dans la raquette. Toutes ces entreprises ont des projets d’extension, d’investissement ou de recrutement. Les plus grandes vont nous faire bénéficier de leur expérience et les plus petites de leurs besoins. C’est pour cela que je veux créer les petits déj’ de l’agence, dès la rentrée de septembre.

Des croissants pour la croissance ?
C’est une jolie formule ! Plus sérieusement, il faut qu’elles rejoignent des groupes d’entrepreneurs, des clubs d’entreprises. Je ne crois pas au gros « machins » pour avoir une dynamique territoriale efficace. Il vaut mieux être 30 chefs d’entreprise copains qui se réunissent tous les trois mois, en pleine forme, que d’essayer de faire un plan à 200, où les gens ne se connaissent pas et passent une soirée ennuyeuse parce que c’est froid et que personne ne connaît vraiment personne. Au « grand soir », je préfère l’addition de petites initiatives. 

Y’a-t-il une attitude provinciale au fond de tout ça ?
Non, mais plutôt une urgence de remettre de la proximité et de la vérité entre nous. Il faut éviter que ceux qui sont « hors sol » décident pour nous. 

Finalement, c’est plus difficile de créer une entreprise en 2022 que de gravir le mont Blanc ?
C’est sans doute plus facile de créer son entreprise qu’il y a 20 ans, mais c’est aussi devenu plus compliqué de la faire réussir. Les dispositifs mis en place me semblent très adaptés. Celui qui me dit le contraire ne doit pas créer sa boîte, car c’est l’étape indispensable pour réussir. Gravir le mont Blanc, c’est la combinaison de beaucoup d’ingrédients : préparation, détermination, audace, humilité. Dans beaucoup d’autres contextes, ces qualités peuvent servir, je suis bien placé pour en parler.

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