Jean-François Honoré (54 ans) a pris ce 1er mars la direction du groupe basé à Saint-Apollinaire. Cet homme d’expérience succède au fondateur Jean-Philippe Girard, qui venait de confier à ses cadres le destin d’Eurogerm avec le soutien d’un fonds d’investissements. Fort de cette nomination, le spécialiste de la filière blé-farine-pain fixe un cap ambitieux en dépit de l’actualité qui pèse sur le marché des matières premières.

Jean-François Honoré, nouveau PDG d’Eurogerm depuis le 1er mars 2022. © D.R.

Singapour, États-Unis, Espagne : après une longue carrière internationale, vous voici à Dijon. Que vous évoque spontanément ce nouvel environnement ?

Comme je suis de nature curieuse, ce parcours m’a permis d’apprendre beaucoup sur les cultures, les personnes, les valeurs. Cette vie a toujours été conduite dans un cadre familial, qui a été et reste un élément central pour moi. La Bourgogne et sa belle ville de Dijon suit ce principe, celui de revenir en France pour la prochaine décennie et plus si possible. Breton d’adoption, je pourrais dire que cette « bordée » sera probablement la dernière de mon parcours. Mais quelle bordée ! Avec un groupe comme Eurogerm, des équipes enthousiasmantes et un métier qui allie si bien la grande tradition des métiers de bouche, la technologie, la santé, une approche durable….

Jean-Philippe Girard vous confie les clés de la boutique. Que vous inspire le parcours du fondateur et en quoi la nouvelle configuration actionnariale d’Eurogerm est-elle porteuse d’espoirs ?

On ne peut que démarrer cette réponse en parlant de culture. J’entends déjà de nombreux collaborateurs utiliser le terme « Eurogermien ». Construire une culture d’engagement, de compétences et d’intégrité ne peut être qu’une inspiration pour aller encore plus de l’avant. Une culture inclusive également, sachant qu’Eurogerm est une société qui agit sur de nombreux marchés à l’export et au travers de ses filiales. Il nous faut donc développer encore plus nos talents dans ce projet de croissance, en France sur notre site de Dijon et dans d’autres pays. La nouvelle configuration actionnariale* témoigne du caractère unique d’Eurogerm : une société de cette envergure, où tant de salariés de toutes positions sont parties prenantes du projet, c’est exceptionnel. Naxicap, l’actionnaire majoritaire, cultive cet aspect entrepreneurial. Il a facilité ce montage sur ces principes, où les autres actionnaires de longue date comme Unigrains renouvellent leur confiance dans ce projet de développement ambitieux.

Avec la tension des matières premières comme le blé, l’actualité géopolitique vous oblige à très vite mettre la main à la pâte. Quels effets sont à craindre ? Comment réagir ?

Nous ne sommes pas présents sur les marchés russes et ukrainiens, mais les tensions de la filière blé et en général de l’ensemble des matières premières sont très importantes. La volatilité de ces marchés est une tendance lourde qui testera la résistance des entreprises. Il faudra être capable de s’adapter, avec des solutions innovantes, porteuses de valeurs pour les clients. Eurogerm a tout cela dans ses gênes et la mobilisation des équipes est totale. Nous utilisons au maximum les espaces de formulation pour atténuer en partie seulement l’impact. Il y a bien évidemment des répercussions inévitables sur les prix quand on cumule tous les points inflationnistes actuels (ndlr, début mars le cours du blé frôlait les 400 euros la tonne sur Euronext contre 280 en novembre). Pour l’heure, nous agissons avec des partenaires responsables et conscients des enjeux à court et moyen termes.

Plus de 500 collaborateurs, 113 millions de CA, leader français dans son secteur. Jusqu’où Eurogerm peut-elle encore aller ?

Notre capacité d’investissement est très importante dans cette nouvelle configuration actionnariale. Nous allons déployer de nombreux projets tant sur le plan de croissance interne que de croissance par fusion acquisition. Cette capacité ne diminuera en rien notre niveau d’exigence, bien au contraire. Nous nous assurerons de la pertinence de chaque projet pour l’entreprise et consoliderons ainsi son avenir. Notre ambition demeure de double la taille du groupe dans un délai de cinq à six ans.

Vous partagez le nom du saint-patron des boulangers. Faut-il y voir un signe annonciateur de prospérité ?

Remarque bien sympathique (sourires). Pour la petite histoire, j’ai toujours associé ce nom au saint-patron des pâtissiers. Par extension, cela s’est propagé aux boulangers. Est-ce à dire que la pâtisserie va également devenir un axe stratégique de développement ? Il y a de grandes chances. On vous tiendra informé !


* En 2021, Eurogerm a été rachetée par d’actuels cadres dirigeants de l’entreprise via un montage en LMBO (Leveraged Management Buy Out), avec l’appui d’un fonds d’investissement français, Naxicap Partners).

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