Les albums d’Astérix ont apporté une véritable notoriété à la cervoise. Mais au fait, cette sorte de bière était-elle vraiment la boisson préférée des Gaulois ? Suivez le guide au MuséoParc Alésia…

La cervoise, légendaire compagnon des aventures d’Astérix et Obélix. © D.R.

Le guide, c’est Maud Goldscheider, médiatrice culturelle au MuséoParc Alésia, spécialiste du mode de vie et de la cuisine gauloise, thème abordé dans l’expo Dans les cuisines d’Alésia : « Oui, la cervoise a bien existé ; oui, elle était consommée de manière importante par les Gaulois. Je vais juste apporter un bémol, elle n’était pas la seule bière que “nos ancêtres” consommaient, loin de là. Il y avait en Gaule une multitude de boissons de ce genre, mais le nom de la cervoise est parvenu jusqu’à nous car c’est l’une des seules qui a été décrite par les auteurs antiques, puis retenue par des générations de lecteurs dans la mémoire collective, avant qu’Uderzo et Goscinny n’en remettent une louche ! »

Au commencement de la cervoise, l’orge

De la cervoise, à tout dire, on n’a pas aujourd’hui de recette précise. Les scientifiques savent seulement que les Gaulois utilisaient des grains d’orge qu’ils faisaient germer, puis griller. La mise en fermentation se déroulait ensuite dans des tonneaux, souvent à haute température. La boisson ensuite filtrée pouvait sa conserver très longtemps. En bouche, le résultat devait être très aigre, sans doute peu au goût de nos palais modernes, d’autant qu’on la dégustait à température ambiante, tiède en fait !

« Il faut avoir conscience, poursuit Maud Goldscheider, que les Gaulois cultivent énormément de céréales, et notamment de l’orge. Normal donc qu’ils cherchent à les transformer, y compris en alcool. Un peu sur le modèle de nos campagnes il y a encore quelques décennies, où face à l’abondance de fruits par exemple, on les transformait en eau de vie, un alcool alors très répandu. Si le nom de cervoise est associé aux Gaulois, ce ne sont pas eux qui ont inventé la bière. Elle existait bien avant puisque les Égyptiens déjà, du temps des pharaons, produisaient de la bière à partir de céréales. La grande différence avec nos bières actuelles réside dans le fait que les Gaulois ne connaissaient pas le houblon, mais ils pouvaient aromatiser leur cervoise avec des plantes. » 

L’expo du MuséoParc retrace avec gourmandise les mets et breuvages gallo-romains. © MuséoParc Alésia

Bière gauloise, vin romain

« Il faut comprendre qu’il n’y pas de vigne chez les Celtes à l’origine. Le vin, ce sont les Grecs, puis les Romains. Mais les Gaulois en raffolent, alors ils l’échangent contre d’autres denrées, des étoffes gauloises notamment, réputées jusqu’à Rome, des esclaves aussi. Cher, le vin est réservé à l’élite gauloise, au contraire de la bière qui est la boisson populaire par excellence. » De fait, on peut imaginer que les Gaulois consommaient de la cervoise à tous les repas ou presque. 

D’autres types de boissons alcoolisées pouvaient être produits avec d’autres céréales, voire des fruits ou du miel, comme c’était le cas pour « l’hydromel, produit à base d’eau et de miel fermenté, également très prisé dans la Gaule antique ». Ou encore « la korma, une bière de céréales mélangée avec du miel« . De tous ces breuvages, seule la cervoise, qui tiendrait son nom de Cérès, la déesse de la fertilité et des moissons, est arrivée jusque dans nos chopes. Santé !

> « Dans les cuisines d’Alésia », exposition au MuséoParc jusqu’au 31 décembre 2020 + dossier spécial sur le sujet dans Bourgogne Magazine été n°65.

En passant par la Brasserie burgonde
À Vitteaux, Nicolas Bretillon, nous invite à déguster la Cervoisétorix produite par sa micro-brasserie : « C’est bien évidemment un clin d’œil à la cervoise gauloise, sachant que son goût nous est inconnu, tout comme les plantes et les racines qui étaient probablement utilisées pour l’aromatiser. Pour autant, j’ai imaginé une base de bière blonde, dans laquelle une céréale fait la différence : le seigle, que j’incorpore en petite quantité car c’est difficile à filtrer. C’est un produit très peu houblonné, auquel j’ajoute un mélange de plantes médicinales et de fleurs. Tous ces ingrédients aromatiques lui confèrent une saveur particulière, herbacée et parfumée, mais attention ce n’est pas une bière aromatisée. » L’autre fierté de Nicolas (dont les habitués de Bibracte au début des années 2000 connaissaient déjà les talents de brasseur à travers la cervoise Julie), c’est que la Cervoisétorix soit estampillée « Auxois naturellement », les matières premières utilisées étant produites pour moitié dans un rayon de 5 km autour de Vitteaux.  
Brasserie burgonde, 10 rue de Verdun, 21350 Vitteaux – 06.78.57.29.15 – brasserie.burgonde@gmail.combrasserie-burgonde.over-blog.com

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