Famille Boisset, in Vougeot veritas

Nathalie et Jean-Charles Boisset ont sollicité le grand décorateur Jacques Garcia pour réinventer, à deux pas de la demeure de leur enfance, le lieu de dégustation. Tantôt baroque tantôt traditionnelle, entre images numériques et serveur automatique de grands crus, la Maison Vougeot suggère aussi leur histoire familiale. 

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Nathalie et Jean-Charles Boisset, entourant le décorateur Jacques Garcia.

Par Dominique Bruillot
Photos : Bénédicte Manière

On peut concevoir le patrimoine de deux façons différentes: soit on vénère tout ce qui est reconnu et estampillé par les Monuments Historiques, soit on construit soi-même ce patrimoine. Progressivement, sans en avoir l’air, la famille Boisset appartient au deuxième mouvement. On ne refera pas ici la fascinante success story qui a commencé en 1961 (un grand millésime), dans un modeste garage de Gevrey-Chambertin, pour atteindre ce qu’il est aujourd’hui convenu de nommer un groupe de dimension internationale. Le parcours de Jean-Claude Boisset, enfant surdoué de la Haute-Marne, n’est d’ailleurs pas sur Wikipédia : l’homme est bien trop discret pour cela.

Les Boisset ont aussi trouvé, au hasard de leurs voyages d’affaires, un bien joli port d’attache : le village de Vougeot. Avec vue sur le château des preux chevaliers du Tastevin, le fief familial s’est développé au fil de la Vouge qui inspirera son nom, la Vougeraie. Il entretient religieusement (et encore une fois très discrètement) son rapport à l’influence cistercienne. Alors que le business propulse leur nom dans le monde, c’est ici que les membres du « clan » écrivent de nouveaux chapitres de leur saga.

Trio de haut niveau

Nathalie et Jean-Charles Boisset ont donc de bonnes raisons d’être fiers de leurs gênes et de leur histoire. Ils en sont les acteurs stratégiques. La première veille sur l’image de son patronyme comme sur la prunelle de ses yeux. Son frère active quant à lui depuis de nombreuses années le développement du groupe de l’autre côté de l’Atlantique. Cette implication aux Etats-Unis l’a même conduit à fonder une famille avec Gina Gallo, la petite fille de Julio Gallo, le fondateur du deuxième distributeur mondial de vins.

Complices dans la vie, le frère et la sœur se sont donc unis dans la création d’un lieu improbable, voué à établir le lien entre l’intimité familiale qu’ils protègent à juste titre et le monde extérieur : la Maison Vougeot. À deux jets de bouteille de La Vougeraie, on ne pouvait aller plus près.

Les choses ne se faisant jamais à moitié chez les Boisset, c’est un trio hors du commun qui a été chargé de transformer une disparate cohabitation immobilière en une résidence déconnectée des codes de la tradition, sorte de cabinet de curiosités haut de gamme combiné avec les joies de la dégustation. On parle ici de celui qui est considéré comme le plus grand architecte décorateur français, Jacques Garcia lui-même ; de l’architecte en chef des Monuments Historiques (et de Versailles) Frédéric Didier ; de la photographe culinaire (et compagne du chef Thierry Marx) Mathilde de L’Ecotais.

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Retrait en liquide

Au bout du compte, la Maison Vougeot se vit plus qu’elle ne se décrit. Elle embarque son passager à l’étage dans un environnement d’or et de noir, de bulles élégantes qui font écho aux très « classieux » crémants de Jean-Charles, les JCB21, JCB69 et autres. Puis vient le moment de se glisser dans le confort baroque de quelques fauteuils en vis-à-vis d’un mur d’images qui refait l’album de famille. Avant de se laisser emporter vers des horizons spirituels en contemplant le spectacle d’une table magique habitée par les images de la matière et de la nature autour du vin. Le passager de la Maison Vougeot est ainsi mis en condition pour attaquer le gros morceau de son périple: une itinérante et magnétique dégustation…

Itinérante parce qu’elle propose, à l’envi mais avec la modération qui s’impose, de s’inviter dans les terroirs les plus personnels de la famille Boisset, ceux qui font les vins du Domaine de la Vougeraie et de la maison Jean-Claude Boisset. Magnétique, parce que du village au grand cru, au rythme qui est le sien, il suffit d’introduire sa petite carte maison, préalablement provisionnée, pour retirer à dose homéopathique le précieux liquide dont on a besoin, à la façon d’un DAB. Le décompte apparaît et le vin est servi toujours à température, car la technologie fait des miracles.

Salon de vins, boutique ou cabinet de curiosité, peu importe : la Maison de Vougeot envoûte. Bourguignonne dans la pierre, le bois et son approche de l’art de vivre, elle invite à l’ailleurs et au plaisir dans un registre vraiment nouveau. On vous l’a dit, le patrimoine est encore à inventer.

La Maison Vougeot est sur Instagram.

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4 thoughts on “Famille Boisset, in Vougeot veritas

  1. Dostert Philippe
    08/10/2016 at 13:16

    Ce que font Nathalie et Jean-Charles Boisset à la Maison Vougeot ne peut être qualifié de « construction de patrimoine » comme il est dit dans cet article. Etre la 2ième génération permet généralement de profiter en s’amusant tout en continuant sur la lancée. Tout se joue à la 3ième: fun ou finance.
    Ce qu’a réalisé Jean-Claude Boisset est tout à fait remarquable. Dommage qu’il ne soit pas sur une photo.

    1. Dominique Bruillot
      08/10/2016 at 13:45

      Bonjour Philippe. Ce point de vue que vous ne partagez pas est de la responsabilité de l’auteur de l’article que je suis. Nathalie et Jean-Charles Boisset n’y sont pour rien. La problématique de succession des générations est vieille comme le monde. Dans le cas présent, il y a de la dignité et du travail dans cette évolution. Et de la discrétion, à l’image de Jean-Claude Boisset qui ne s’affiche que très rarement en photo. C’est bien ce que nous évoquons dans l’article. Dominique Bruillot

  2. Gremy
    08/10/2016 at 10:19

    Superbe article.
    Je vendange pour La Vougeraie à Beaune, Nathalie Boisset est une personne que j’apprécie car elle est très sympathique. Dommage que je ne puisse visiter ce lieu qui doit être formidable.
    T Gremy

  3. 08/10/2016 at 05:35

    Bel article ça a l’air époustouflant…
    J’ai hâte de m’y rendre!

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