Fin de chapitre pour la Lib’ de l’U

© Clement Bonvalot

© Clement Bonvalot

A Dijon, la librairie chapitre.com, connue sous son affectueux surnom de « Lib’ de l’U », risque de baisser le rideau. Faute de repreneur suite à la mise en liquidation judiciaire du réseau des 53 librairies chapitre.com dont elle fait partie, et contrairement à ses homologues de Nevers et Chalon-sur-Saône, l’établissement et ses 23 salariés ne sera probablement pas sauvé. Triste épilogue pour cette institution dijonnaise.

Par Emmanuelle de Jesus & Clément Bonvalot

Mise en liquidation par le tribunal de commerce de Paris, la chaîne de librairies Chapitre comptait 53 enseignes dans toute la France pour environ 1000 salariés. En Bourgogne, elles étaient trois : la librairie de Nevers a été la première à être sauvée, suivie par celle de Chalon-sur-Saône et ses huit salariés reprise, elle, par la librairie-papeterie Develay, de Villefranche-sur-Saône (Rhône). Restait le cas de Dijon. La librairie de la rue de la Liberté, affectueusement connue de tous les Dijonnais par son surnom de Lib’ de l’U n’aura donc pas eu la chance de ses homologues. Pas eu la chance non plus, comme ce fut le cas pour sa voisine la librairie Grangier, que les pouvoirs publics se penchent sur son cas. Au 30 janvier, date butoir pour le dépôt de la troisième vague de proposition de reprise, aucun dossier n’avait été déposé. La suite est tristement connue pour l’établissement et ses 23 salariés : la mise en liquidation judiciaire et la probable fin de l’activité pour cette véritable institution.

« C’est désolant… »

Christian, la cinquantaine, est un habitué des lieux. Il lit, assis sur une chaise derrière les grandes baies vitrées du magasin. « On évoquait justement la liquidation avec des amis ce week-end, déplore-t-il. Ca nous interpelle d’autant plus que la librairie Grangier, de l’autre côté de la place a bien failli baisser son rideau en 2013, avant que des investisseurs mettent la main à la poche. Ici, cela fait 20 ans que je viens, car je trouve tout ce dont j’ai besoin et en quantité, même si je vais aussi à la librairie Grangier. Par contre, impossible pour moi d’aller dans des librairies type Fnac. C’est un concept qui plaît, car il fait la part belle au numérique et moins au papier. Moi je m’y perds un peu là-bas. C’est désolant de voir une nouvelle librairie fermer ses portes. Mais c’est à l’image notre époque, où chaque changement de ce type se fait dans un silence terrible. Silencieux, mais tout aussi violent… et pas que pour le désastre socio-économique qui en découle. »

Depuis 60 ans à Dijon…

Journaliste et fin connaisseur de la vie intellectuelle locale, aujourd’hui consultant et écrivain, Michel Huvet s’était élevé dans son blog contre la mort des entreprises culturelles dijonnaises. A la mort annoncée de la Lib de l’U, un véritable pilier de Dijon installé depuis 60 ans dans la capitale des Ducs, il se souvient… « Jacques Bazin avait ouvert une toute petite librairie rue du Chapeau-Rouge et qui s’est mise à marcher si fort que le monsieur se mit un jour en tête de racheter le grand magasin de jouet Maison Bouet, rue de la Liberté (en 1964, ndlr). Mariage étonnant que celui du jouet (les trains électriques, les mécanos, à l’époque) et du livre mais l’avantage était – grande première à Dijon avant la Fnac – que l’on avait des entrées de deux côtés, rue de la Liberté et rue de la Poste, ou place Grangier. Au début, les jouets étaient tout en haut, au 3e étage et puis le livre s’est étalé dans les autres étages. La Lib’ de l’U avait trouvé son essor. Immense succès, le tout Dijon du savoir se retrouvait là. À Paris, un jour, à un congrès de gens du livre (je ne sais plus lequel), le directeur des Editions du Seuil me dit qu’en France, la Lib’ de la l’U égalait à ses yeux le Furet de Nord de Lille, considéré comme la première librairie de province. Sans héritier désireux de reprendre son oeuvre, Jacques Bazin vendit à l’âge de la retraite. » Plusieurs directeurs se succèdent, la librairie change plusieurs fois de nom mais reste pour toujours dans le coeur des Dijonnais la Lib’ de l’U. En 2005, c’est le rachat par le groupe Actissia et l’intégration au sein du réseau Chapitre. Lorsque Marie Grandchamp, l’actuelle directrice prend en 2006 la tête de l’établissement, elle y travaille depuis 24 ans déjà. On imagine le désarroi de celle-ci et de la vingtaine d’employés qui s’attendent dorénavant à fermer définitivement le rideau au lendemain du comité d’entreprise qui doit avoir lieu vendredi prochain.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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