Jamait, plus « bourru » que jamais sur France Bleu

Sur France Bleu Bourgogne ce samedi et ce dimanche à midi, casquette vissée sur la tête, Yves Jamait et sa parole libre débarquent au Café des bourrus. Rappelons qu’un bourru ça râle, mais que c’est bon comme le pain.

Bourrus

Par Dominique Bruillot
Agitateur en chef du Café des bourrus

Jamait garde sa casquette sur la tête mais n’en fait pas une caricature. Avec Sanseverino et leurs deux accordéonistes fidèles et talentueux, dans son nouvel album, Il rend ainsi hommage au piano à bretelles en invitant dans la danse un monstre sacré, Azzola soi-même. « Ca n’est pas parce qu’il a des boutons qu’il est contagieux », confie l’artiste à propos de l’instrument qui l’accompagne partout… Et chauffe Marcel!

Mais voilà que débarquent les « salauds », titre d’une ultime chanson guerrière qui fera l’unanimité des bien pensants et sera reprise en chœur par tous ceux qui ne se sentent pas concernés. Nous compris, cela tombe sous le sens. « On devient salaud par hasard ou par ennui », prévient Jamait. Lui, en revanche, est resté le même. A 54 balais, finalement bien peu d’années après le début de son explosion publique, il affiche aussi une certaine sérénité.

Jamait est à nouveau papa. Ça se sent et ça se respire dans son regard sur le monde, dans sa façon de dialoguer, toujours avec cette pointe d’acidité qu’il glisse malicieusement dans un humour rythmé comme une chanson, mais avec sans doute plus de nuances, plus de liant. Jamait a désormais conscience que sur cette terre, le blanc et le noir ne s’opposent pas toujours, que ces couleurs se mélangent parfois, au risque de devenir grises comme des âmes tristes. En atteste « bleu », ce morceau qui évoque le « bleu » que l’on accroche à un pardessus, à l’usine, ce « bleu » qui n’a rien de commun avec le bleu de le mer.

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« Je me souviens »: contrairement aux apparences et à son titre, le dernier millésime de Jamait n’a rien de nostalgique. Dans cet album prometteur, il surfe sur les genres musicaux avec une fluidité nouvelle que l’on doit beaucoup aux arrangements de deux membres du groupe Tryo.

L’art n’est rien sans amour

Lui même l’admet, il est loin de vivre dans l’opulence malgré toute la vénération dont il est l’objet dans sa bonne ville de Dijon. On le reçoit donc en grande pompes au Café des bourrus de ce week-end, mais en toute décontraction, avec un verre de savigny face au micro, tradition oblige. Fraichement sorti de prison (ou il n’a fait que tenir concert, qu’on se rassure), le faux Titi dijonnais (une appellation qui l’agace parfois) prendra la parole pour évoquer ce qui le touche dans la vie.

Parmi les sujets de cet apéro plein de bons mots, la cuisine, ce premier métier enfoui dans ses souvenirs mais qui lui a laissé de goût de faire tourner les casseroles à la maison. Entendant l’hommage que lui adresse celui qui fut autrefois son formateur, le célèbre Paulo de la Fringale, il se souviendra de cette anecdote sucrée/salée à laquelle s’invita une certaine Linda Lemay, à des heures inavouables, un matin plein de fraîcheur et de vapeurs. Puis, face au chef étoilé Nicolas Isnard (Auberge de la Charme), venu au Café des bourrus pour discuter le bout de gras, il se prendra au jeu de l’analogie entre ces deux facettes de la créativité.

Après tout, créer une chanson, c’est un peu comme inventer un plat avec le fond du frigo: il faut des ingrédients, de la sensibilité, quelques instincts et un grand amour de l’autre. Sans générosité, l’art n’est rien, et Jamait le sait. Ainsi soit-il.

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