Homme politique, auteur, journaliste, il était avant tout un incroyable passionné de sa région. Avec la disparition de Jean-François Bazin, le 17 avril, Bourgogne Magazine* perd aussi un de ses « papas » spirituels.  Lettre-hommage par l’éditeur et fondateur de la revue Dominique Bruillot.

Jean-François Bazin à Gevrey-Chambertin, en 2010. © Jean-Luc Petit

Cher Jean-François,

Le métier de journaliste impose habituellement de rapporter l’information avec rigueur, après une solide validation des sources. Le journaliste peut la commenter, s’il le souhaite, mais dans le respect de codes éprouvés. Jamais, cependant, il ne se met en scène. Le « je » est pour lui hors-jeu.

En ces temps de grand n’importe quoi sanitaire, tu ne m’en voudras pas cher Jean-François, je vais toutefois m’accorder le droit de rompre avec ce genre de conventions. D’où cet hommage très personnel que je souhaite ici t’adresser, alors que tu nous quittes dans le désert et l’isolement du confinement.

Cette façon de partir est en accord avec ton style. Les actes les plus importants, comme l’écriture par exemple, se font dans l’humilité et le silence, deux des grandes caractéristiques liées à la drôle de période que nous traversons actuellement. Je salue déjà en toi le confrère. Jean-François Bazin était et est encore une référence pour celles et ceux qui veulent épouser la profession. Curieux de tout, véritable puits de science, toi et tes ouvrages nous ont fait voyager dans le temps et sur nos terres, portés par un amour inconditionnel de la Bourgogne. Pour le meilleur et pour le Kir, comme le suggérait l’un de tes titres. Cette passion sans bornes, on l’a savourée comme le nouvel an durant plus d’un tiers de siècle, de 1978 à 2013. Ton Almanach bourguignon, concocté avec ton vieux complice Gérard Curie (qui est aussi mon regretté parrain à la confrérie des Chevaliers du Tastevin), a rythmé et enjoué la vie des « bourguignophiles ».

« Inlassablement, à travers tes ouvrages et tes écrits de toute sorte, tu as surtout placé les intérêts de la Bourgogne au-dessus de tous les autres. »

Ce « je » hors-jeu, je le reprends volontiers pour évoquer notre premier véritable échange. Nous sommes en 1994. Tu es là, dans ton fauteuil de président de la Région Bourgogne. Catherine Sadon, aujourd’hui maire de Semur-en-Auxois, n’est pas loin, bien dans son rôle de chef de cabinet. J’hésite alors à lancer Bourgogne-Comté Magazine, car la Bourgogne ne me parait pas assez grande à elle toute seule pour faire vivre une revue. Stupide de ma part. « Ah non, surtout pas, il faut faire Bourgogne Magazine », réponds-tu aussi sec. Sitôt dit, sitôt fait. C’est la voix du bon sens qui vient de parler. Dans la foulée, la Franche-Comté ne sera pas orpheline, elle aura droit à son Pays Comtois. Grâce à toi, grâce à cette petite conversation, nous avons décidé de créer deux magazines pour le prix d’un, dans le respect des identités territoriales telles que tu les as toujours conçues, telles que nous les concevons toujours malgré les regroupements des régions.

Ce passage en politique n’est pourtant pas ce que je retiendrai le plus de toi. Il aura eu au moins le mérite de placer la culture au cœur du territoire. Ainsi cette géniale invention de la Vallée de l’image, qui a révélé en chacun de nous le formidable potentiel créatif d’une région capable de réunir en son sein Niépce, Marey et Cuvelier. Inlassablement, à travers tes ouvrages et tes écrits de toute sorte, tu as surtout placé les intérêts de la Bourgogne au-dessus de tous les autres. À chaque fois que nous avons sollicité ta collaboration, sur l’un des nombreux sujets dont tu avais la parfaite maîtrise, tu as répondu présent.

Sache combien nous sommes fiers de t’avoir publié, fiers de t’avoir régulièrement rencontré, au détour d’une séance de Tastevinage au château du Clos de Vougeot, dans le cadre d’un échange direct ou d’une interview, en toute circonstance, qui nous a permis de nous émerveiller de l’histoire d’une terre et de ses hommes.J’ai toujours, pas très loin de mon clavier, ton Dictionnaire universel du vin de Bourgogne. J’invite tout un chacun à se le procurer. Cette monumentale production ne pouvait être l’œuvre de quelqu’un d’autre que toi. Elle est le témoignage de ton immense savoir, pour des siècles et des siècles. Amen. Merci Jean-François.


* Bourgogne Magazine, DBM et DijonBeaune.fr partagent la même société d’édition, Studio.Mag, basée à Fontaine-lès-Dijon.

3 thoughts on “Jean-François Bazin, l’homme sans qui la Bourgogne ne sera plus vraiment la même”

  1. Cher Dominique,
    Avant Bourgogne Magazine, Jean François, et quelques journalistes, lançait « Vivre en Bourgogne », cinq numéros seulement je crois…Dommage! Il croyait non seulement en la Vallée de l’Image mais à faire connaître le Châtillonnais avec 5000 scouts de toute la France en 1994 pour reconstruire la ferme de Vertault et la presse nationale bien contente en août de trouver « un bon sujet » (Qui s’en soucie aujourd’hui?)
    Avec lui, avant l’heure de la vidéo, nous avons fait un diaporama sur les Espaces Verts, puis des sujets dans la Bourgogne du Sud pour La Minute Hippique de TF1, pour relancer la filière hippique. Avec lui, c’était « plié » en 10 minutes. On ne tournait pas comme l’on dit « autour du pot ». Pour moi, dans l’ordre Dominique : le journaliste, l’homme politique, l’écrivain, est resté tous les ans pour les voeux dans cette « amitié fidèle ». Je le comparais et le compare toujours au Général de Gaulle (car oui soit on l’aimait, soit on le détestait) : un homme droit, honnête (rare en politique). Quand un ami part, on regrette de ne pas lui avoir dit « çà et çà ».
    Pour reprendre un titre de film (car oui il allait au cinéma) « Au revoir, là haut ».
    Brigitte BACHELEY
    Journaliste de 1977 à 2018…entre autres à Bourgogne Magazine et autres titres

  2. J’ai bien connu Jean-François Bazin, qui enseignait à l’IUT de Dijon, comme moi-même. Je lui ai fourni quelques années les éphémérides pour son Almanach bourguignon. C’était un homme de culture, de connaissance, très curieux des choses. Journaliste de la presse écrite, il a créé une radio à Dijon. Il manquera à la Bourgogne, mais certainement beaucoup aussi à Dijon: plusieurs fois élu à la Municipalité dijonnaise, il fut le premier adjoint de Robert Poujade de 1995 à 2001.
    Je présente mes sincères condoléances à sa famille et à ses proches.

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