Journaliste, dégustateur, Suisse et neutre

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Jean-François Guyard est le fondateur du site spécialisé en langue allemande Vinifera Mundi. Depuis deux ans, il est devenu l’une des figures emblématiques de la population journalistique qui participe aux Grands Jours de Bourgogne. Vinifera Mundi, site gratuit, assume le coût de ses voyages et de ses dégustations sans faire payer les lecteurs. Suisse et neutre jusqu’au bout du bouchon.

Vinifera Mundi, cela veut dire « cépages du monde ». Il y a déjà, dans la dénomination, la volonté de voyager et de découvrir. Pour autant, publié en langue allemande, le site s’intéresse volontiers aux bourgognes. C’est même l’un des chevaux de bataille de son fondateur (en 2009), Jean-François Guyard.
Aimable et passionné, l’homme affiche un détachement et une empathie qui tranchent un peu avec le reste de la population présente, comme ce fut le cas récemment, dans le cadre des Grands Jours de Bourgogne. 120 journalistes représentant 27 nations ont arpenté les vignobles bourguignons durant une semaine riche en événements. Parmi eux, notre ami Suisse d’origine française (contrairement à ce que son accent n’indique plus) qui, le jour de notre rencontre, a fait un tour du côté des mâcons. « Ces vins sont d’autant plus intéressants qu’on ne les connaît pas vraiment chez nous, ils sont plus difficiles à trouver que des côtes de Beaune ou des côtes de Nuits. »
Si nos voisins Helvètes sont de fins connaisseurs et ont la capacité de dépenser environ 16 euros par bouteille, la question du prix n’est plus un tabou. « J’ai lancé une série d’articles s’interrogeant: La Bourgogne est-elle chère ? » poursuit notre interlocuteur. Sans doute faut-il y voir le signe avant-coureur de certaines migrations possibles sur les marchés, au profit des gammes dites d’entrée.
Toujours avec le même détachement, Jean-François Guyard souligne que lui et ses quatre compagnons de route de Vinifera Mundi dégustent près de 3000 vins par an. Avec des approches différentes. « Personnellement j’ai tendance à découvrir ce que je connais pas, mon camarade qui est avec moi, aux Grands Jours de Bourgogne, s’intéresse plus aux grands bourgognes. » Le but étant, au bout de la mise en ligne, de toucher un public germanophone qui appréhende encore assez mal les bourgognes et la Bourgogne. Avec une approche culturelle du vin, car ce dernier, comme le rappelle volontiers notre interlocuteur, « est fait pas des gens aux caractéristiques particulières, à l’image du regretté Didier Dagueneau ou des Bret Brothers. »

 

Totalement indépendants

Mais alors ce détachement, d’où vient-il? Peut-être du fait que les mercenaires de Vinifera Mundi ont tous un autre métier. Jean-François est lui-même responsable qualité auprès d’une banque. « J’ai un métier qui demande un hobby à côté pour rester équilibré, j’aime l’art brut mais je me concentre encore plus sur le vin, j’y passe 20 à 25 heures par semaine. » Une passion qui nécessite aussi quelques moyens et de l’engagement. Mais qui, pratiquée de la sorte selon Vinifera Mundi, permet de « garder de l’indépendance vis-à-vis des viticulteurs sans avoir besoin de pub, de salaires ou je-ne-sais-quoi-encore. »
L’accès au site est gratuit. Les dégustateurs, quant à eux, prennent en charge leurs déplacements. « J’impose même de payer au moins la moitié des bouteilles quand nous recevons un carton pour une dégustation », assure Jean-François Guyard qui aura dépensé de sa poche, le temps de son passage aux Grands jours de Bourgogne, 600 à 700 euros.
Et nos confrères journalistes alors, comment voient-ils ça? « Certains se sont posés des questions sur la viabilité du projet, aujourd’hui je constate que d’autres nous respectent voire nous admirent. Les journalistes savent que nous n’attendons pas la même chose. Nous sommes pourtant mentionnés parmi les 30 journalistes du vin en Suisse. Tous savent que si quelqu’un va sur notre site c’est soit parce qu’il s’est égaré, soit parce qu’il cherche vraiment quelque chose de précis. »
Indépendance totale, public hyper ciblé, passion pleine, neutralité suisse… en voilà de bonnes raisons de rester détacher, n’est-ce pas Monsieur Jean-François?

Pour voir le site: http://www.vinifera-mundi.ch

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