La Côte-d’Or des vignes: viti, veni, vici

Connaissez-vous le promontoire de la Montagne de Frétille, sur les hauteurs de Pernand-Vergelesses, d’où on surplombe la Butte de Corton? C’est sans doute à travers ce paysage que l’on prend le mieux conscience du poids de la vigne en Côte-d’Or: majestueuse, indissociable, indispensable. Venue avec les Romains, la viticulture a rapidement vaincu la Côte… Aujourd’hui, celle qui a tant apporté à la Côte-d’Or méritait bien qu’on l’aide en retour, notamment en matière de protection de l’environnement.

Par Michel Giraud
Supplément Dijon-Beaune Mag
En partenariat avec Ferme Côte-d’Or

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Un paysage caractéristique des Climats du vignoble de Bourgogne, inscrits depuis cet été au patrimoine mondial de l’Unesco: le clos des Avaux sous les feux resplendissants de l’automne. Le nom de ce climat classé en « Beaune premier cru » vient du lieu-dit Vaux (pluriel de « val ») désignant une dépression dans la pente où sont situées les vignes. © Jean-Luc Petit

Ce jour-là, du côté de Meursault, deux enjambeurs attendent patiemment leur tour. Nous sommes sur une aire de lavage spécialisée, construite ici en 2007, sous l’impulsion du Conseil Général de l’époque (devenu « Départemental » entre-temps). Depuis, le dispositif a essaimé. Une autre station de ce genre vient d’être inaugurée à Gevrey-Chambertin, une nouvelle est annoncée très prochainement à Nuits-Saint-Georges. Au total, on comptera alors 12 stations de lavage réparties sur tout le vignoble du Sud de la Côte-d’Or, de Volnay à Pernand-Vergelesses, de Savigny-lès-Beaune à Marsannay-la-Côte.

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Le temps des vendanges (ici en Côte de Beaune) est aussi celui de l’embauche, près de 80 % de la récolte étant effectuée à la main en Côte-d’Or. Au-delà de cette main-d’œuvre temporaire, la viticulture concerne une entreprise agricole sur quatre dans le département. © Jean-Luc Petit

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Denis Thomas, vice-président du Conseil Départemental en charge de la viticulture: « En Côte-d’Or, le monde vigneron représente un acteur clé du développement durable. » © Clément Bonvalot

Le monde du vin soucieux de l’eau

« La protection de l’eau est l’une de nos préoccupations majeures », martèle Denis Thomas, le vice-président du Conseil Départemental en charge de la viticulture. Depuis 2002, le Département intervient effectivement contre les pollutions viti-vinicoles, en marge des accords-cadres passés avec la Chambre d’Agriculture. « La viticulture est un acteur clé du développement durable. La Côte-d’Or est engagée depuis de nombreuses années dans un schéma directeur de lutte contre les rejets viticoles. Ces aires de lavage ont été imaginées comme des plateformes collectives où les viticulteurs peuvent venir laver leurs cuves de produits phytosanitaires et leurs tracteurs en toute sécurité, pour éviter au maximum les rejets dans les rivières. La plus emblématique de ces aires est sans doute celle de Meursault, la première. Depuis, le système a fait boule de neige. Cela nous permet de collecter les excédents de produits polluants et de les traiter, ce qui contribue au passage à améliorer le fonctionnement des stations d’épuration. En 2009, seulement 48 % des effluents viticoles étaient traités, aujourd’hui on atteint les 95%, ce qui montre bien le bond en avant que tous les acteurs du secteur ont réalisé. »

Environnement sous surveillance

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Après le travail, un enjambeur passe à la station de lavage biologique installée à Chassagne-Montrachet. Les rejets ne finiront pas à la rivière… © D.R

En matière de viticulture, le Conseil Départemental est clairement engagé dans une démarche environnementale à long terme: « 79 % du vignoble de Côte-d’Or est vendangé à la main, rappelle encore Denis Thomas. Ce chiffre descend à 45 % si on prend l’ensemble de la Bourgogne, qui se mécanise de plus en plus. Cependant, en Côte-d’Or, la profession est plus que jamais tournée vers une démarche écologique. Les vignerons s’engagent à travers des chartes à réduire l’utilisation des pesticides. Et ça marche! En 2015, 60 % de la surface du vignoble côte-d’orien ne reçoivent plus d’herbicides. Le Conseil Départemental y contribue et travaille en étroite collaboration avec l’Agence de l’Eau pour, par exemple, sécuriser les zones de captage d’eau potable. Dans ces endroits stratégiques, des zones “propres” sont mises en place pour préserver la qualité de la ressource. »

Et les exemples en matière de préservation de l’environnement se multiplient: le Conseil Départemental soutient aussi les viticulteurs dans la lutte contre les aléas climatiques; il s’associe à la pratique de l’enherbage entre les rangs de vigne pour stabiliser les sols face aux risques d’orage; il s’associe également à l’expérimentation de systèmes pour lutter contre la grêle, avec des rétrofusées testées depuis deux ans…

Le dernier volet de l’engagement du Département concerne la prévention des risques sanitaires: « Il s’agit là d’accompagner la veille, enchaîne Denis Thomas. Nous soutenons par exemple la CAVB, la Confédération des appellations et des vignerons de Bourgogne, dans des missions de surveillance notamment de la flavescence dorée, maladie de la vigne dont les conséquences sur le vignoble peuvent être irrémédiables. Nous agissons là au nom de la protection des végétaux. »

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Labour à cheval sur une parcelle de Richebourg, appellation grand cru de la Côte de Nuits, sur la commune de Vosne-Romanée. Une pratique ancestrale, respectueuse de la valeur de ce terroir. © Michel Joly

Des enjeux culturels et paysagers

Pour autant, si on considère que la viticulture côte-d’orienne représente à elle seule 50% de l’économie agricole du département, on comprend aisément que les enjeux liés à ce secteur vont au-delà de la seule protection des végétaux. Bien au-delà. L’influence de la vigne dépasse de beaucoup sa dimension économique, aussi vitale soit-elle. Le vignoble est aussi l’une des figures de proue du tourisme dans notre département à travers l’ouverture des domaines et le spectaculaire développement de l’œnotourisme ces dernières années.

Enfin, le vignoble côte-d’orien, avec ses parcelles qui façonnent le territoire, est le garant de la Valeur universelle exceptionnelle (reconnue par l’Unesco, lire encadré) du « paysage culturel » de nos climats viticoles, œuvre conjuguée de l’homme et de la nature, élément clé de la biodiversité côte-d’orienne. Autant de bonnes raisons, et plus, pour s’engager tous les ans dans un soutien actif de la profession…

Il faut le savoir

Une exploitation sur quatre
La viticulture concerne une entreprise agricole sur quatre en Côte-d’Or, mais sur une surface réduite: 9 460 hectares de vignes seulement (environ 2 % de la SAU du département) produisent des appellations d’origine contrôlée et des appellations d’origine protégée. Pour autant, cela représente 1 290 exploitations viticoles pour 4 800 actifs en « équivalent temps plein », soit 75 % des salariés en exploitation du département. Avec 500 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel, la viticulture représente à elle seule la moitié de l’économie agricole côte-d’orienne.

Patrimoine universel
La date du 4 juillet 2015 restera à jamais historique pour le vignoble de Bourgogne. Ce jour-là, à Bonn, en Allemagne, se tient la 39ème session du Comité du patrimoine mondial de l’Unesco. Les Climats du vignoble de Bourgogne, ces 1 247 parcelles qui s’étirent sur 60 km de Dijon aux Maranges, sont inscrits au patrimoine mondial de l’humanité au titre de « paysage culturel ». « Le Département a été derrière la candidature dès le début, rappelle Denis Thomas. Nous nous sommes engagés immédiatement aux côtés de l’association des Climats. Il faut bien avoir conscience que ce classement va avoir des conséquences positives sur les ventes de vin, certes, mais aussi plus globalement sur le tourisme et l’économie de la Côte-d’Or. Ce classement, c’est aussi l’occasion rêvée de faire comprendre à tous les habitants que la protection de la vigne aura des conséquences directes sur leur environnement. »

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