Les Papillons Blancs, du CAT à l’ESAT

Il y a soixante ans tout juste, des parents créaient les Papillons Blancs de Beaune pour voir grandir leurs enfants sereinement. Ces derniers ont bien grandi depuis, et il a fallu les accompagner dans cette émancipation. Jusqu’à leur offrir des solutions pour travailler. Ainsi naquirent le CAT, puis l’ESAT.

Par Michel Giraud
Pour Dijon-Beaune Mag #70
Photos : Jean-Luc Petit

L’histoire mérite d’être encore racontée. Tout commence avec des parents d’enfants déficients qui, délaissés, assument seuls le destin de leur progéniture en lançant l’aventure des Papillons Blancs. En 1958, à la création des Papillons Blancs de Beaune, ces gamins n’avaient alors qu’une dizaine d’années, pas plus. Ils se sont épanouis ici, sont devenus adolescents, puis adultes. Ainsi va la vie : « Au départ, le premier établissement a été créé pour ces enfants, rappelle Jacques Berthet, le directeur général de l’association. À un moment donné, ils sont devenus de jeunes adolescents pour lesquels les parents de l’époque ont envisagé une insertion professionnelle. De fait, il a fallu créer un outil. » Ainsi naquit un Centre d’aide par le travail (CAT) devenu aujourd’hui ESAT (Établissement et Service d’Aide par le Travail). « L’association a voulu se doter d’un outil adapté au milieu protégé, mais avec l’idée que si des jeunes avaient un potentiel supérieur, ils puissent aller travailler dans le milieu ordinaire. »

Prenez-en de la graine !

Installé au Clos Chameroy à Savigny-lès-Beaune, l’ESAT des Papillons Blancs accueille aujourd’hui 96 personnes en continu (90 « équivalents temps plein » dans le jargon de l’emploi). Leurs missions sont multiples : « L’exploitation de la vigne du CHU de Dijon – 17 hectares de vignoble d’un seul tenant – est une activité importante, note en premier lieu Jacques Berthet. Nous avons aussi deux équipes espaces verts et un atelier de façonnage. Nous sommes liés à des partenaires fidèles. La moutarderie Fallot nous donne par exemple chaque année du travail, et nous comptons aller plus loin ensemble. »
L’extension de la moutarderie, sur le site de l’ancien IME des Papillons, intégrera ainsi un atelier spécifique pour les travailleurs des ESAT. « C’est un atelier intégré, que l’on a déjà réalisé avec Atol. L’idée est de placer nos adultes au plus proche d’un milieu classique. C’est une fierté, il existe une vraie humanité là-dedans. » Prenons-en tous de la graine ! Et les idées ne s’arrêtent pas là ; des contacts sont noués avec l’Hypermarché Leclerc de Beaune et, dans un autre registre, la maison Alberic Bichot « avec qui nous travaillons déjà, mais l’ambition est d’aller plus loin encore ».

Chrysalides devenus papillons

L’ESAT des Papillons Blancs s’affirme comme un acteur économique du Pays beaunois. Question de survie, aussi. Jacques Berthet est transparent sur ce point : « Si nous ne sommes pas actifs sur le plan économique, nos ESAT risquent d’être en difficulté. Les aides de l’État diminuent de manière drastique, il nous faut donc réagir. Nous avons deux budgets : un pour la production, à travers lequel nos activités génèrent du chiffre d’affaires, un pour le social, qui finance l’encadrement et le fonctionnement de notre ESAT. Le premier nourrit le second pour maintenir une qualité d’accueil et d’encadrement. » En filigrane, il y a aussi le vœu, pas si pieux en fait, que les ESAT laissent place à une intégration naturelle du personnel handicapé dans le monde de l’entreprise. « Le temps où les personnes ne faisaient que de la mise sous pli est révolu, fait observer le directeur. C’était occupationnel. Aujourd’hui, nous sommes fiers d’accompagner des projets de formation, de travailler sur la reconnaissance des compétences de nos équipes, de s’associer à des centres de formation. C’est notre devoir de mener les travailleurs de l’ESAT en milieu ordinaire. »
Surgit alors l’image de ces enfants accueillis il y a 60 ans. Des chrysalides devenues papillons : «  L’autonomie vis à vis des parents est aussi importante, pose Jacques Berthet en bon connaisseur de la chose. Chacun souhaite que son enfant devienne maître de son destin et de son rapport à l’autre. Le plus bel exemple étant l’entreprise viticole (ndlr, lire encadré plus bas) : les employés ont un contrat de travail de monsieur Tout-le-monde, avec les mêmes engagements. » Une vraie reconnaissance.

Chez les Papillons Blancs, le travail dans un environnement adapté peut conduire avec le temps à un poste à part entière en milieu ordinaire. C’est en tout cas la politique de la structure beaunoise.


 Name code : EAV 

Edouard Erqué, employé épanoui de l’Entreprise Adaptée Viticole beaunoise.

Que de chemin parcouru depuis la création en 1994 de l’Entreprise Adaptée Viticole, dans la droite lignée de l’Association les Papillons Blancs de Beaune et sa région. Elle emploie aujourd’hui 50 salariés et 4 encadrants dont l’expertise est reconnu par les professionnels de la vigne et du vin. L’EAV exécute pour ses clients et sa propre parcelle (« Poirier Malchaussé » à Chorey-lès Beaune), tous les travaux manuels de la vigne : taille, sarmentage, attache des baguettes, ébourgeonnage, relevage, accolage, rognage, et la vendange. De Gevrey-Chambertin à Meursault, de Ladoix-Serrigny à Pommard, des hommes et des femmes se révèlent entre les rangs. « Former des vignerons, soutenir des projets professionnels, responsabiliser des personnes parfois en rupture sociale, tels sont les objectifs de l’EAV pour ces ouvriers, précisent les Papillons Blancs. Objectifs qui doivent être réalisés dans les conditions et avec les mêmes impératifs économiques que n’importe quelle autre entreprise. » Être exigeant, c’est aussi aider.

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