Dijon Beaune Mag
À la marge de la venue, jeudi 9 juillet, du président du Medef Patrick Martin à Dijon pour la REF21, son président départemental livre sa vision des grands défis économiques du territoire. Simplification administrative, transmission, recrutement : Jean-Philippe Porcherot esquisse la feuille de route qu’il entend défendre jusqu’en 2030.

Jean-Philippe Porcherot : Derrière cette thématique, il y a une conviction simple : le pouvoir ne doit pas être seulement compris comme une position, un titre ou une capacité à décider seul. Dans l’entreprise, le pouvoir, c’est d’abord une responsabilité. C’est la capacité d’agir, d’entraîner, de transmettre, d’investir, d’embaucher et de préparer l’avenir. La présence de Patrick Martin à Dijon est évidemment un signal fort. Il est président du Medef depuis juillet 2023, avec un parcours très ancré dans l’entreprise, l’industrie, les territoires et les organisations patronales locales. Sa venue permet de relier les enjeux nationaux aux réalités vécues par les chefs d’entreprise de Côte-d’Or.
« Repenser le pouvoir », pour nous, c’est aussi se demander comment redonner du pouvoir d’agir aux entreprises ? Comment permettre aux dirigeants de ne pas seulement subir les normes, les incertitudes économiques ou les tensions de recrutement, mais de reprendre la main ? Cette idée se retrouve notamment dans l’un des sujets forts de la REF21 : la transmission d’entreprise. Transmettre le pouvoir, ce n’est pas simplement céder des titres ou organiser une succession. C’est préserver une histoire, sécuriser les équipes, organiser la gouvernance et accepter progressivement de partager puis de transmettre une responsabilité. Cette REF21 porte une idée très actuelle. Dans une période incertaine, le pouvoir utile est celui qui permet d’agir, de rassembler et de préparer la suite.
Je porterais un regard à la fois confiant et lucide. La Côte-d’Or a de vrais atouts : une position géographique stratégique, un tissu économique diversifié, une métropole dijonnaise structurante, des entreprises industrielles solides, un secteur tertiaire important, une filière santé dynamique, sans oublier l’agroalimentaire, la viticulture, le tourisme et les services aux entreprises.
La Côte-d’Or concentre une dynamique importante autour de Dijon et on peut dire que l’emploi y a progressé plus rapidement que dans l’ensemble de la Bourgogne-Franche-Comté ces dernières années. Les défaillances d’entreprises appellent aussi à la vigilance : sur la période avril 2025-mars 2026, elles progressent de 15,3 % en Côte-d’Or. C’est un signal à prendre au sérieux, notamment pour les entreprises les plus exposées aux tensions de trésorerie, aux coûts de l’énergie, aux retards de paiement ou à la baisse de la consommation.
Les secteurs les plus dynamiques me semblent être la santé, les industries liées aux savoir-faire technologiques, l’agroalimentaire, la viticulture, certains services aux entreprises, ainsi que le tourisme. La Côte-d’Or reste la première destination touristique de Bourgogne-Franche-Comté. À l’inverse, nous devons rester vigilants sur le bâtiment, en particulier le logement neuf, sur le commerce, sur certaines activités de services et sur la capacité des entreprises à recruter. Donc oui, la Côte-d’Or tient. Mais elle tient parce que ses entreprises s’adaptent en permanence. Notre rôle, au Medef Côte-d’Or, c’est précisément d’être à leurs côtés pour transformer cette résilience en dynamique durable.
Une mesure simple : avant toute nouvelle règle applicable aux entreprises, il faut un test PME, un test territoire et un principe clair : pas de nouvelle contrainte sans suppression ou allègement équivalent. Le Medef rappelle depuis longtemps que l’inflation normative, l’instabilité réglementaire et la complexité administrative sont des freins directs à l’investissement, à l’activité et à l’emploi.
Nous voulons une vraie stabilité et une vraie simplification administrative. Les chefs d’entreprise savent gérer le risque. Ils savent investir, recruter, arbitrer, négocier, se transformer. Ce qui est beaucoup plus difficile à gérer, c’est l’instabilité permanente : une norme qui change, une obligation supplémentaire, une procédure complexe, un délai administratif incertain, une règle fiscale que l’on ne peut plus anticiper. Ce que demandent les entrepreneurs, ce n’est pas un privilège. C’est de pouvoir consacrer plus de temps à leurs clients, à leurs salariés, à leurs projets, et moins de temps à remplir des dossiers.
La simplification n’est pas un sujet technique mais bien un sujet de compétitivité. Le ministère de l’Économie rappelle lui-même que la complexité des normes et des procédures affaiblit la compétitivité des entreprises, et que de nombreuses entreprises renoncent à certaines aides publiques en raison de la complexité administrative. Cette loi de simplification promulguée en mai 2026 va dans le bon sens, avec des mesures sur les démarches administratives, la commande publique et les relations avec les administrations. Mais il faut aller plus loin et surtout faire en sorte que cela se voie concrètement sur le terrain.

Sur le terrain, cette opposition a de moins en moins de sens. Bien sûr, une TPE, une PME, une ETI ou un grand groupe n’ont pas les mêmes moyens ni les mêmes contraintes. Mais ils partagent beaucoup plus de sujets communs qu’on ne l’imagine : recruter, former, investir, transmettre, financer, faire face aux normes, préserver la trésorerie, garder des marges de manœuvre.
La CPME a annoncé son changement de nom avec l’idée de représenter les TPE, PME, ETI, artisans, commerçants, indépendants et entreprises à taille humaine. Je respecte ce choix. Il confirme une chose : sur le terrain, ce qui rassemble, c’est l’acte d’entreprendre. Au Medef Côte-d’Or, nous représentons un tissu interprofessionnel très varié. Il y a des PME, des ETI, des groupes, des dirigeants familiaux, des jeunes entrepreneurs, des entreprises industrielles, des services, du commerce, du bâtiment, de la santé, de la formation. Notre rôle n’est pas d’opposer les modèles, mais de créer des passerelles.
Une grande entreprise a besoin de PME solides dans son écosystème. Une PME a besoin de donneurs d’ordre, de compétences, de partenaires financiers, d’infrastructures et d’un environnement économique stable. Les destins sont liés.
Donc oui, je crois à une forme d’union sacrée, mais pas une union de façade. Une union concrète, territoriale, autour de priorités partagées : défendre l’entreprise, soutenir l’emploi, simplifier la vie économique, préparer les compétences et donner envie d’entreprendre. Le vrai sujet n’est pas de savoir si l’on est un « petit » ou un « grand » patron, c’est de savoir si l’on donne encore suffisamment de place à celles et ceux qui prennent des risques pour créer de la valeur et de l’emploi.
Oui, j’ai évidemment cette vision en trois temps. À court terme, notre priorité est d’être au contact du terrain. Écouter les dirigeants, faire remonter leurs préoccupations, défendre leurs intérêts, leur apporter des réponses concrètes et créer des lieux d’échange utiles. La REF21 s’inscrit pleinement dans cette logique : rassembler, faire réfléchir, mais surtout donner envie d’agir.
À moyen terme, je souhaite que le MEDEF Côte-d’Or renforce son rôle de tiers de confiance pour les entrepreneurs. Sur la transmission, les compétences, la relation école-entreprise, l’attractivité des métiers, la transition écologique, l’intelligence artificielle ou encore la santé économique du territoire, nous devons être un lieu où les dirigeants trouvent à la fois de l’information, des pairs, des partenaires et une capacité d’influence.
À l’horizon 2030, j’aimerais que le Medef Côte-d’Or soit reconnu comme un acteur incontournable de l’anticipation économique territoriale. Pas seulement une organisation qui réagit quand une difficulté apparaît, mais une organisation capable d’alerter, de proposer, de fédérer et de préparer les transformations.
Le « pouvoir » idéal du MEDEF Côte-d’Or en 2030 serait donc un pouvoir d’influence, de rassemblement et de service. Le pouvoir de faire entendre la voix des entreprises avant que les décisions soient prises. Le pouvoir de rapprocher les mondes : entreprises, écoles, collectivités, services de l’État, jeunes, demandeurs d’emploi, acteurs de l’innovation.
Notre territoire a une histoire économique forte. Il a des savoir-faire, des maisons familiales, des industriels, des entrepreneurs engagés, des filières d’excellence. Notre responsabilité, c’est de respecter cet héritage tout en préparant l’avenir. En 2030, j’aimerais que l’on puisse dire que le Medef Côte-d’Or a aidé les entreprises à traverser les mutations, à transmettre, à recruter, à innover et à rester libres d’entreprendre.
REF21 du Medef Côte-d’Or.
Jeudi 9 juillet de 13h à 22h – Campus ESTP-ESEO, 11 rue Sully à Dijon.
Programme et inscriptions gratuites en ligne.