Par Dominique Bruillot et Michel Giraud

En élevant samedi dernier Michel Equey à l’ordre national du mérite, ce sont les valeurs profondes du rugby que François Rebsamen a récompensées.

Son grand « poteau » Jo Maso et l’ex-ministre Bernard Laporte ne manquent pas une occasion de venir le saluer. Michel Equey est au rugby ce que Mère Teresa est à l’Eglise catholique : habité par la foi, hors normes, engagé, insatiable dans la générosité, aimé de tous comme il aime les autres. Avec ses vieux copains de l’amicale des anciens rugbymen de Côte-d’Or, il va de stade en stade prêcher les valeurs de son sport auprès des écoles de rugby, avec un chèque et quelques ballons.

La Moutarde

Dans son coquet pavillon du quartier Victor Hugo, il reçoit à bras ouverts celles et ceux qui partagent sa passion. Et quand cela devient sérieux, c’est à la cave qu’on finit, une guitare entre les mains, sous une pluie rafraichissante d’anecdotes et de verres de pinot noir.
Quelques dates reviennent dans la conversation. Comme ce 19 mai 1965, où les juniors du Stade Dijonnais décrochent le titre national à XV, « face au Racing Club de France au Stade Gerland à Lyon devant 35000 personnes ». Un épisode héroïque sous la conduite de Michel Equey en personne, qui en est encore tout bouleversé : « J’en ai toujours la chair de poule ! Nous n’étions que des Dijonnais dans l’équipe, des gars de la rue ! ».

Les temps ont changé. Les habitudes aussi, car « on assiste à un rugby de force, j’ai le sentiment que la tactique est un peu oubliée ». Michel a toujours refusé la tentation de devenir entraineur professionnel. L’argent est pour lui incompatible avec sa vision du rugby. Pourtant, il fut sollicité pour devenir la doublure de l’international Jérôme Gallion, au RC Toulon. Mais là n’était pas son ambition. Encore moins son envie. « Ils m’appelaient La Moutarde » s’amuse le Dijonnais, qui préféra « ne pas cirer le banc et jouer tous les dimanches à la maison.« 

Ce qui ne l’a pas empêché d’entrainer des centaines, pour ne pas dire des milliers de Côte-d’oriens, ouvrant à certains d’entre eux une vocation de dimension internationale. L’ancien demi de mêlée était un virtuose sur le terrain. Sur la touche, il aura été toute sa vie un formateur et un inspirateur hors pair !

Les Chaussettes noires

Sa vocation remonte à loin. « Ma première licence date de 1955, j’avais 10 ans, on jouait au Carrousel. J’y suis venu parce que j’avais des copains à l’École du Nord qui pratiquaient. Je me suis dit pourquoi pas ». Le virus ne le quittera plus, malgré d’autres tentations. « Je me suis un peu essayé au vélo de piste, j’ai roulé au Vélodrome de Dijon avec Trentin et Morelon, mais le rugby coulait trop dans mes veines pour le laisser tomber ! »


Michel Equey a même créé le club de Talant. Il a entrainé Beaune et Seurre, cultivant parfois le double rôle d’entraîneur et joueur. En 1978, il invente à Beaune l’Arms Park, le premier pub de Bourgogne, du nom du célèbre stade de Cardiff. Puis lance le Téléthon du Sport à Dijon en 2011. Pour gagner sa vie, il fait le taxi. Mélangeant parfois les deux car il n’est pas rare qu’un copain du rugby a besoin de lui pour un déplacement.


Véritable boîte à anecdotes, d’une générosité aussi palpable que son débit de paroles joyeuses, Michel Equey a fixé une partie de sa vie sous sa maison, dans cette fameuse (et célèbre) cave dédiée au rugby… et aux Chaussettes noires. « On en a fait des chouilles ici, on en a regardé des matches ! »
L’association des Anciens Rugbymen de la Côte-d’Or qu’il préside rassemble aujourd’hui 234 membres. Ses activités permettent de financer et soutenir les 13 écoles de rugby du département. « Notre geste est important », souligne celui qui est lui-même tombé dans la marmite de l’ovalie tout petit. Il a besoin de camarades de jeu pour entretenir la flamme. Rejoignez-le, vous ne vous ennuierez pas !

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